LOGINKaelanJe reste agenouillé près du corps de Damien, les yeux fixés sur son visage mort, les mots qu'il a prononcés avant de mourir tournant en boucle dans mon esprit. La divinité. La spirale brisée. La lignée des Voss. Pourquoi ? Pourquoi la divinité voulait-elle nous détruire ? Pourquoi a-t-elle exigé un tel prix pour sauver Thomas ? Pourquoi a-t-elle choisi Cecilia comme instrument de sa vengeance ?Je me relève lentement, le corps douloureux, l'esprit embrumé. La bibliothèque est silencieuse, à part le bruit lointain des combats qui s'achèvent, les cris des derniers soldats de Damien qui se rendent, les ordres de Roland qui résonnent dans les couloirs. La bataille est gagnée. Le manoir est reconquis. Mais je ne peux pas me réjouir. Pas encore. Pas tant que je n'aurai pas compris ce que Damien a voulu dire.Roland entre dans la bibliothèque, l'épée ensanglantée, le visage grave. Il voit le corps de Damien, puis il me voit, agenouillé, épuisé, l
KaelanLa nouvelle lune est une aubaine. Le ciel est noir, sans étoiles, sans lune, un ciel de velours sombre qui enveloppe le monde dans une obscurité totale. Nous nous mettons en marche à minuit, silencieux comme des ombres, nos pas étouffés par la mousse et les feuilles mortes. Trois cents hommes, vêtus de noir, armés jusqu'aux dents, avançant dans la nuit vers le manoir qui nous attend. La forêt nous engloutit, nous protège, nous cache. Nous sommes des fantômes, des spectres, des vengeurs sortis des ténèbres pour réclamer ce qui nous appartient.Roland ouvre la marche, accompagné d'une dizaine d'hommes triés sur le volet, les plus silencieux, les plus agiles, les plus expérimentés. Ils ont pour mission de pénétrer les premiers dans le souterrain, de neutraliser les sentinelles, et d'ouvrir les portes pour le reste de la troupe. Je suis juste derrière, avec le gros des troupes, mon épée à la main, mon cœur battant à tout rompre. Chaque bruit, chaque cr
KaelanLa cabane de chasseurs s'est transformée en quartier général de la reconquête. Les cartes étalées sur la table centrale, autrefois utilisées pour les repas frugaux de notre exil, sont maintenant couvertes de schémas militaires, de lignes de front, de positions ennemies et de points stratégiques soigneusement annotés par Roland et par moi-même. Les bougies consumées éclairent des visages graves et déterminés, ceux de mes fidèles compagnons, de mes soldats restés loyaux, de tous ceux qui ont répondu à l'appel de Lydia et qui se sont joints à notre cause. L'air est chargé d'une odeur de cire fondue, de cuir et de sueur, et le silence n'est rompu que par le crépitement des flammes et le murmure des conversations à voix basse.Trois cents hommes. C'est peu, terriblement peu, comparé aux milliers de soldats que Damien a mobilisés pour conquérir notre duché. Mais ce sont trois cents hommes aguerris, déterminés, prêts à mourir pour leur Duc et leur Duchess
LydiaJe suis dehors, devant la cabane, en train de couper du bois pour le feu. La hache s'élève et retombe, s'élève et retombe, dans un mouvement mécanique qui m'aide à oublier, à ne pas penser, à ne pas sentir. Les jours passent, et l'espoir s'amenuise, et je me raccroche à mes tâches, à mes gestes quotidiens, à tout ce qui peut me donner l'illusion de contrôler ma vie.Thomas joue à l'intérieur avec Margaret, Aldric et Bertram sont partis chasser, et je suis seule dans la clairière, seule avec mes pensées, seule avec ma peur, seule avec mon chagrin. La hache s'élève, retombe, et le bois se fend avec un craquement sec qui résonne dans le silence de la forêt.Et puis, je sens une présence. Un frisson me parcourt la nuque, une intuition, une certitude. Je lève les yeux, la hache suspendue au-dessus de ma tête, et je le vois.Il est là, à l'orée de la clairière, debout, titubant de fatigue, le visage creusé, le corps amaigri, mais vivant.
Kaelan Je marche depuis des jours, depuis des semaines peut-être, à travers les forêts et les collines, évitant les routes principales, évitant les patrouilles ennemies, évitant tout ce qui pourrait me ralentir ou me mettre en danger. Mon corps est encore faible, ma blessure me fait encore souffrir, mais je continue, je continue, je continue. Parce que je dois retrouver Lydia. Parce que je dois retrouver Thomas. Parce que je dois savoir ce qui s'est passé pendant que j'étais inconscient, pendant que je flottais entre la vie et la mort, pendant que je me battais contre la fièvre et la douleur. L'ermite m'a dit ce qu'il savait, ce qu'il avait entendu, ce qu'il avait deviné. La défaite de la lande de Cinder, la mort de Roland, la fuite de l'armée de Voss. Le siège du manoir, la résistance de Lydia, la chute de la forteresse. La capture d'Elias, la fuite de Lydia et de Thomas, leur disparition dans la forêt. Des rumeurs, de
Lydia Le septième anniversaire de Thomas tombe un jour de printemps, un jour de soleil et de fleurs, un jour qui aurait dû être une fête, une célébration, un moment de bonheur. Les cerisiers sauvages de la forêt sont en fleurs, leurs pétales roses tourbillonnant dans la brise légère, et les oiseaux chantent dans les branches, comme s'ils voulaient célébrer avec nous ce jour particulier. Mais dans notre cabane au cœur de la forêt, loin du manoir, loin de tout ce que nous connaissions, cet anniversaire est teinté de tristesse et de mélancolie. Thomas a sept ans aujourd'hui. Sept ans, l'âge auquel le pacte devait prendre fin s'il n'avait pas été brisé. Sept ans, l'âge auquel la divinité aux yeux d'argent devait libérer mon fils de la malédiction qui pesait sur lui. Sept ans, l'âge de la délivrance, de la fin du cauchemar, du début d'une nouvelle vie. Mais la vie n'est pas un conte de fées, et les anniversaires ne sont pas toujours des jours







