LOGINLydiaJe n'aurais pas dû y aller. Je le sais, je le savais en franchissant les grilles du manoir à la tombée de la nuit, je le savais en prenant la route du village voisin, je le savais en entrant dans cette auberge discrète où Damien m'attendait depuis une heure déjà. Mais la curiosité a été plus forte que la prudence, et la colère qui m'habite depuis que j'ai retrouvé mes souvenirs m'a poussée à chercher des réponses là où je n'aurais peut-être trouvé que des mensonges.L'auberge est petite, enfumée, bondée de voyageurs et de villageois qui boivent et rient et se racontent des histoires à voix haute. Damien est assis dans un coin sombre, à une table isolée, un verre de vin à la main, et il se lève quand il me voit entrer, un sourire de bienvenue sur les lèvres.— Tu es venue, dit-il en me désignant la chaise en face de lui. J'espérais que tu viendrais, mais je n'étais pas sûr. Tu es une femme prudente, Lydia, et la prudence aurait pu te retenir
Lydia La visite de Damien Ashford au manoir, trois jours avant le rituel, est une surprise que personne n'avait prévue. Il arrive en fin de matinée, escorté de sa garde personnelle et de sa sœur Helena, sous prétexte de finaliser les négociations commerciales qui traînent depuis des semaines. Mais je vois tout de suite que ce n'est qu'un prétexte, que ce qui l'intéresse vraiment n'a rien à voir avec le commerce et tout à voir avec ce qui se passe dans le manoir. Il se tient dans le hall, vêtu d'un manteau de voyage en velours sombre, et il me regarde entrer avec un sourire qui me glace le sang. Helena est à côté de lui, discrète et mélancolique comme toujours, et elle observe la scène avec un malaise que je partage sans difficulté. — Madame la Duchesse, dit Damien en s'inclinant avec une déférence exagérée, une déférence qui frise la moquerie. Ou devrais-je dire Mademoiselle Lydia ? Il paraît que vous avez retrouvé vos sou
Il me faut un espion. Quelqu'un qui me rapportera les faits et gestes de cette femme et de son complice, quelqu'un qui me dira ce qu'ils préparent et où ils se réunissent. Il y a bien ce garde, ce grand type brun qui monte la garde dans l'aile ouest, qui a la réputation d'être vénal et peu regardant sur les moyens de gagner quelques pièces. Je l'ai vu rôder autour des cuisines, l'air affamé et misérable, et je sais que je pourrai l'acheter sans difficulté. Je sonne la cloche qui appelle les serviteurs, et quelques minutes plus tard, une servante se présente à ma porte. — Faites venir le garde Gareth, dis-je d'une voix impérieuse. Immédiatement. La servante s'incline et disparaît dans le couloir. Quelques minutes plus tard, le garde en question se présente à ma porte, l'air méfiant et curieux à la fois. C'est un homme d'une trentaine d'années, grand et musclé, avec un visage anguleux et des yeux sombres qui ne s'attardent jamais
CeciliaQuelque chose ne va pas. Quelque chose a changé dans ce manoir, et je ne parviens pas à mettre le doigt sur ce que c'est, mais je le sens, je le sens dans l'air, dans les regards des domestiques, dans le silence qui s'est installé entre les murs comme un brouillard épais et oppressant. Depuis plusieurs jours, depuis que cette maudite gouvernante a mystérieusement disparu de sa chambre de domestique pour s'installer dans les appartements des invités, le manoir tout entier retient son souffle, comme s'il attendait un événement que personne n'ose nommer.Ce matin encore, en descendant prendre mon petit-déjeuner, j'ai surpris des chuchotements dans le couloir des cuisines. Les servantes parlaient à voix basse, si basse que je n'ai pas pu saisir le sens de leurs paroles, mais j'ai vu leurs visages, leurs yeux écarquillés, leurs gestes nerveux, et j'ai compris qu'elles parlaient de cette femme. De Lydia. De la gouvernante qui n'est plus une gouvernante,
Lydia m'accompagne souvent, apprenant les invocations par cœur, répétant les gestes rituels jusqu'à ce qu'ils deviennent automatiques. Elle a changé depuis qu'elle a retrouvé la mémoire — elle est plus dure, plus déterminée, plus impitoyable. Mais je vois aussi la douleur qui se cache derrière cette façade de glace, la douleur d'une mère qui a été séparée de son enfant pendant cinq ans et qui est prête à tout pour le sauver.Kaelan, lui, reste en retrait. Il observe les préparatifs avec une attention silencieuse, posant parfois des questions précises sur les détails du rituel, mais sans jamais s'impliquer directement. Je comprends qu'il se sente coupable, qu'il se considère comme le responsable de tous nos malheurs, et qu'il ait peur de commettre une nouvelle erreur qui aggraverait encore la situation. Mais je vois aussi qu'il est déterminé à aller jusqu'au bout, à payer le prix de ses fautes, à faire tout ce qui est en son pouvoir pour libérer son fils et reconqu
EliasLa crypte oubliée est exactement comme je l'imaginais — sombre, humide, imprégnée d'une odeur de terre et de pierre et de quelque chose d'autre, quelque chose de plus ancien et de plus inquiétant, comme si les murs eux-mêmes se souvenaient des rituels qui ont été accomplis dans ces lieux depuis des siècles. Elle se trouve sous le manoir, accessible par un escalier dérobé dissimulé derrière une tapisserie dans les caves, et personne n'y a mis les pieds depuis des générations — du moins c'est ce que prétendent les domestiques, qui évitent cet endroit comme on évite un cimetière à minuit.J'ai passé la matinée à l'explorer, à examiner les pierres, à déchiffrer les inscriptions à moitié effacées qui couvrent les murs, à m'assurer que tout est en place pour le rituel que nous allons accomplir dans quatre jours. La crypte est parfaite pour ce que nous avons à faire — elle est isolée, secrète, et surtout elle est imprégnée d'une énergie ancienne qui facili







