LOGIN4 , Plus de Temps
Le téléphone resta collé contre l'oreille de Nova.Elle avait l'impression de ne plus entendre que les battements affolés de son cœur.
- Emma... explique-moi.
À l'autre bout du fil, son assistante inspira profondément avant de reprendre.
- Les virements ont tous été refusés. Les salaires prévus pour demain sont suspendus. Les fournisseurs nous appellent depuis une heure et... les banques ont gelé les comptes.Nova ferma les yeux.
- Ce n'était pas censé arriver avant plusieurs jours...
- C'est ce que nous pensions.
Un silence pesant s'installa.
-J'arrive.
Elle raccrocha sans attendre de réponse. Quelques minutes plus tard, elle était déjà dans sa voiture.Tout le trajet lui parut interminable. Elle revoyait sans cesse le visage impassible d'Alexander.
-Vous reviendrez.
Cette phrase résonnait encore dans son esprit. Elle secoua la tête.Non. Elle refusait de croire qu'il avait prévu tout cela. Lorsqu'elle arriva devant Moreau Industries, plusieurs employés attendaient déjà devant l'entrée. Leurs conversations cessèrent dès qu'ils la virent. Tous les regards se tournèrent vers elle. Nova leur adressa un sourire rassurant. Même si elle avait le ventre noué. À l'intérieur, l'atmosphère était méconnaissable. Les téléphones sonnaient sans interruption. Des employés couraient d'un bureau à l'autre.Certains parlaient à voix basse. D'autres tentaient de rassurer des clients. Emma arriva presque en courant. Son visage était défait.
- Les fournisseurs annulent leurs livraisons.
- Combien ?
- Presque tous.
Nova sentit un poids écraser sa poitrine.
- Et les clients ?
-Plusieurs viennent de suspendre leurs commandes. Ils ont appris que nos comptes étaient gelés.
Les nouvelles continuaient de tomber. Toujours plus mauvaises. Comme une avalanche impossible à arrêter.À peine eurent-elles rejoint le bureau de Nova que Julien Delmas entra à son tour. Il tenait plusieurs dossiers sous le bras. Son expression était plus grave que jamais.
-J'ai parlé au tribunal de commerce.
Nova releva les yeux.
- Qu'ont-ils dit ?
- Si la situation n'est pas régularisée rapidement...
Il hésita.
-La procédure de liquidation judiciaire sera engagée.
Ces mots résonnèrent dans le bureau. Emma porta une main à sa bouche. Nova resta immobile.
-Combien de temps nous reste-t-il ?
Julien consulta ses documents.
- Moins de quarante-huit heures.
Le silence qui suivit fut presque insupportable. Quarante-huit heures. Deux jours. Deux jours pour sauver quarante années de travail. Deux jours pour sauver plus de deux cents emplois. Nova se leva lentement. Elle s'approcha de la baie vitrée. En contrebas, les employés entraient et sortaient du bâtiment. Ils riaient parfois. Certains prenaient un café avant de retourner travailler. Ils ignoraient encore que leur avenir ne tenait plus qu'à un fil. Elle pensa à Marc, responsable de l'entrepôt depuis vingt-deux ans. À Sophie, comptable et mère de trois enfants. À Karim, qui venait d'acheter sa première maison. À tous ceux qui lui faisaient confiance. Comment allait-elle leur annoncer que tout était terminé ? Un léger coup frappa contre la porte. Emma passa la tête.
- Les représentants des employés souhaitent vous voir.
Nova acquiesça. Quelques instants plus tard, cinq salariés entrèrent dans le bureau. Le plus âgé prit la parole.
- Madame Moreau...
Il semblait chercher ses mots.
- Les rumeurs circulent.
Nova croisa leurs regards inquiets. Elle ne pouvait pas leur mentir.
- Oui... nous traversons une période très difficile.
Une jeune femme serra nerveusement son carnet contre elle.
- Est-ce que nous allons perdre notre travail ?
La question fendit le cœur de Nova. Elle aurait voulu leur promettre que tout irait bien. Mais elle n'en avait plus le droit.
-Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter cela.
- Alors il reste une chance ?
Nova hésita. Puis répondit avec sincérité.
- Tant que je serai à cette place... je ne renoncerai pas.
Ces quelques mots semblèrent leur redonner un peu d'espoir. Ils la remercièrent avant de quitter le bureau. Une fois seule avec Julien, Nova laissa enfin tomber le masque. Elle s'assit lourdement dans son fauteuil.
- Je ne peux pas les laisser tomber.
Julien resta silencieux. Il savait qu'aucune parole ne pourrait alléger ce fardeau.
- J'ai encore appelé plusieurs investisseurs, dit-il finalement.
-Et ?
Il secoua lentement la tête.
- Aucun n'acceptera d'intervenir maintenant.
Nova baissa les yeux.
- Il ne reste donc que...
Elle n'osa même pas prononcer son nom. Julien termina sa phrase.
- Alexander Volkov.
Le bureau replongea dans le silence. Nova repensa au contrat. Aux clauses. À ce mariage absurde. Elle sentit un frisson la parcourir.
- Il savait.
Julien fronça les sourcils.
-Quoi donc ?
- Il savait que je reviendrais.
Avant même que tout cela n'arrive. Julien ne répondit pas. Parce qu'au fond de lui... Il avait eu la même pensée. La journée s'étira dans une succession d'appels, de réunions et de mauvaises nouvelles. Chaque heure rendait la situation plus critique. En début de soirée, la plupart des employés quittèrent les bureaux. Nova, elle, resta seule. Les lumières de la ville illuminaient désormais son bureau. Elle fixait sans le voir le contrat que Julien avait laissé sur son bureau avant de partir. Elle ne l'avait même pas ouvert. Son téléphone vibra. Un numéro inconnu. Elle hésita. Puis décrocha.
- Allô ?
Un court silence.Puis une voix grave, calme et parfaitement maîtrisée.
- Bonsoir, Nova.
Son cœur s'arrêta presque. Elle reconnut immédiatement cette voix. Alexander Volkov.
- Comment avez-vous obtenu mon numéro ?
- Cette question n'est pas la plus importante.
Elle serra le téléphone un peu plus fort.
- Que voulez-vous ?
- Savoir si vous avez réfléchi.
- Je vous ai déjà donné ma réponse.
- Les circonstances ont changé.
Nova resta silencieuse. Il poursuivit d'un ton toujours aussi posé.
- Les comptes de votre entreprise sont gelés.
Trois fournisseurs ont résilié leurs contrats aujourd'hui. Deux autres le feront demain matin. Elle sentit un frisson courir le long de son dos. Comment pouvait-il être informé aussi vite ? Comme s'il lisait dans ses pensées, Alexander ajouta :
-J'aime connaître l'évolution des dossiers qui m'intéressent.
Nova ferma les yeux.
- Vous surveillez chacun de mes mouvements ?
-Seulement ceux qui comptent.
Cette réponse la troubla davantage qu'elle ne voulait l'admettre.
- Pourquoi faites-vous tout cela ?
- Je vous l'ai déjà dit.
Vous connaîtrez mes raisons en temps voulu.
Elle inspira profondément.
* Je ne peux pas épouser un homme dont j'ignore tout.
* Pourtant, vous pourriez perdre demain tout ce que vous avez construit.
Chaque mot atteignait sa cible. Il marqua une pause. Puis prononça, d'une voix calme mais sans appel :
- Mon offre expire demain à midi.
Le silence envahit la ligne.
Enfin, il ajouta :
- Réfléchissez bien, Nova.
Après demain... je ne pourrai plus rien pour vous. La communication fut coupée. Nova resta immobile, le téléphone toujours contre son oreille. Dans le bureau plongé dans l'obscurité, elle comprit que le compte à rebours venait réellement de commencer.
Il lui restait moins de vingt-quatre heures pour choisir entre sa liberté... et la survie de Moreau Industries.
A SUIVRE
5 , La SignatureNova ne dormit pas. Elle passa la nuit assise près de la baie vitrée de son appartement, une tasse de café refroidie entre les mains. Les lumières de la ville scintillaient au loin, indifférentes au combat qui se jouait dans son esprit. Accepter. Ou tout perdre. Chaque fois qu'elle croyait avoir pris une décision, le visage de ses employés lui revenait en mémoire. Marc, qui travaillait pour l'entreprise depuis plus de vingt ans. Emma, qui avait refusé plusieurs offres d'emploi par fidélité. Les familles qui dépendaient de Moreau Industries. Puis une autre image apparaissait. Le regard gris et impénétrable d'Alexander Volkov. Il avait tout prévu. Comme s'il savait depuis le début qu'elle finirait par revenir. À six heures du matin, Nova se leva enfin. Son reflet dans le miroir lui renvoya l'image d'une femme épuisée. Ses yeux étaient cernés. Son visage était pâle. Pourtant, sa décision était prise.Elle enfila un tailleur crème, attacha soigneusement ses cheveux et qui
4 , Plus de TempsLe téléphone resta collé contre l'oreille de Nova.Elle avait l'impression de ne plus entendre que les battements affolés de son cœur.- Emma... explique-moi.À l'autre bout du fil, son assistante inspira profondément avant de reprendre.- Les virements ont tous été refusés. Les salaires prévus pour demain sont suspendus. Les fournisseurs nous appellent depuis une heure et... les banques ont gelé les comptes.Nova ferma les yeux.- Ce n'était pas censé arriver avant plusieurs jours...- C'est ce que nous pensions.Un silence pesant s'installa.-J'arrive.Elle raccrocha sans attendre de réponse. Quelques minutes plus tard, elle était déjà dans sa voiture.Tout le trajet lui parut interminable. Elle revoyait sans cesse le visage impassible d'Alexander.-Vous reviendrez.Cette phrase résonnait encore dans son esprit. Elle secoua la tête.Non. Elle refusait de croire qu'il avait prévu tout cela. Lorsqu'elle arriva devant Moreau Industries, plusieurs employés attendaient déjà
3, Le ContratLe silence s'abattit sur le bureau. Nova fixa le dossier posé devant elle comme s'il pouvait exploser à tout instant. Son nom était inscrit en lettres noires sur la couverture. Rien d'autre. Alexander Volkov ne disait pas un mot. Il semblait attendre sa réaction avec une patience presque inquiétante. Nova inspira profondément avant d'ouvrir le dossier. Les premières pages contenaient des documents juridiques. Puis elle aperçut un titre. Ses yeux s'écarquillèrent.>Elle resta immobile. Son cerveau refusait d'accepter ce qu'elle venait de lire. Elle parcourut une seconde fois la page. Non.Elle ne s'était pas trompée. Elle releva lentement la tête. Alexander la regardait toujours avec le même calme déconcertant.- C'est une plaisanterie ?- Non.- Ce dossier n'a rien à voir avec mon entreprise.- Au contraire.Sa réponse tomba avec une certitude absolue. Nova referma brutalement le dossier.- Vous m'avez fait venir jusqu'ici pour ça ?- Oui.-
2 , L'Homme Derrière la PorteLe lendemain, Nova se réveilla avant même que son réveil ne sonne. Elle avait passé une grande partie de la nuit à fixer le plafond de sa chambre. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, la même enveloppe noire réapparaissait dans son esprit.Tour Volkov. Dix heures.Aucun homme ne convoquait une inconnue de cette manière. Et pourtant... Elle allait s'y rendre. Parce qu'elle n'avait plus d'autre choix. Après s'être préparée avec le même soin que la veille, elle quitta son appartement. Durant tout le trajet, elle consulta plusieurs fois son téléphone. Aucun nouveau message. Aucun appel de la banque. Aucune bonne nouvelle. Le chauffeur de taxi ralentit devant un gratte-ciel qui semblait toucher les nuages. Nova leva lentement les yeux.La Tour Volkov dominait tout le quartier financier. Ses immenses façades de verre reflétaient le ciel gris du matin. L'endroit dégageait une impression de puissance presque intimidante. Elle inspira profondément avant de sortir
1 , La Dernière ChanceLe réveil sonna à six heures précises. Nova Moreau ouvrit les yeux après une nuit presque blanche. Depuis des semaines, le sommeil lui échappait. Chaque fois qu'elle fermait les paupières, les mêmes chiffres revenaient la hanter : des factures impayées, des prêts arrivant à échéance et des comptes bancaires qui se vidaient un peu plus chaque jour. Elle resta quelques secondes immobile, fixant le plafond de son appartement. Aujourd'hui n'était pas un jour comme les autres. Aujourd'hui pouvait être le dernier jour de l'entreprise fondée par son grand-père.Elle inspira profondément avant de repousser sa couette.- Tu peux le faire, murmura-t-elle à son propre reflet en passant devant le miroir.Une douche rapide, un tailleur bleu marine parfaitement ajusté, des escarpins noirs et ses longs cheveux châtains attachés en queue-de-cheval. Nova voulait paraître forte. Même si, au fond d'elle, tout s'effondrait.Quelques minutes plus tard, elle traversa les rues encore







