เข้าสู่ระบบChapitre 62LéandreElle a changé de ville sans prévenir, sans laisser d'adresse, sans donner d'explication, elle a quitté la maison blanche aux volets bleus, elle a quitté la falaise et l'océan, elle a disparu une fois de plus, comme elle avait disparu il y a sept ans, comme elle disparaissait toujours quand la douleur devenait trop forte, quand ma présence devenait trop lourde, quand l'étau que je resserrais autour d'elle menaçait de la broyer, et quand Moreau m'a annoncé la nouvelle, quand il m'a dit que la petite maison était vide, que les volets étaient clos, que la boîte aux lettres débordait de courrier non réclamé, j'ai senti le sol s'ouvrir sous mes pieds, j'ai senti mon cœur s'arrêter, j'ai senti cette panique ancienne, cette terreur familière, remonter du fond de mes entrailles comme une bête qu'o
Chapitre 61NaéliaJe garde l'enfant, et cette décision, je l'ai prise ce matin, en me réveillant avec le soleil qui entrait à flots par la fenêtre ouverte, avec le bruit des vagues qui montait de la falaise, avec cette sensation nouvelle qui habitait mon corps, cette sensation d'être deux au lieu d'une, d'être habitée, d'être accompagnée dans la solitude la plus absolue, et je n'ai pas eu besoin de peser le pour et le contre, je n'ai pas eu besoin de consulter qui que ce soit, je n'ai pas eu besoin de réfléchir, parce que c'était une certitude viscérale, une évidence qui s'imposait à moi avec la force d'une loi physique, d'une loi biologique, d'une loi de la nature contre laquelle rien ni personne ne pouvait rien.Je garde l'enfant, cet enfant qui est le sien, cet enfant qui a été conçu dans l
Chapitre 60LéandreJe suis venu jusqu'à sa porte, sans prévenir, sans stratégie, sans calcul, sans rien de ce qui faisait de moi l'homme que j'avais toujours été, l'homme de marbre, le manipulateur froid, le stratège qui anticipait chaque mouvement, chaque réaction, chaque conséquence, et pour la première fois de ma vie, je n'avais rien préparé, rien organisé, rien planifié, je m'étais levé ce matin avec une certitude qui ne devait rien à la raison, une certitude qui venait du ventre, des tripes, de cette partie de moi qui avait passé sept ans à se consumer et qui refusait de se consumer davantage, et j'avais pris la voiture, j'avais roulé pendant des heures à travers les routes de campagne, les forêts, les falaises, et j'avais fini par arriver devant cette petite maison blanche aux volets
Chapitre 59NaéliaJe suis enceinte, je l'ai su ce matin, dans la petite salle de bain de la maison au bord de la mer, avec ses murs blanchis à la chaux et sa fenêtre ouverte sur l'océan, et je suis restée là, debout devant le lavabo, le test de grossesse entre les doigts, à regarder cette petite ligne rose qui changeait tout, qui bouleversait tout, qui réduisait à néant toutes mes certitudes et toutes mes résolutions, et le bruit des vagues qui montait par la fenêtre, ce bruit que j'aimais tant, ce bruit qui couvrait mes pensées, est devenu soudain assourdissant, insupportable, comme si l'océan tout entier hurlait à mes oreilles.Un enfant, un enfant qui grandit en moi, un enfant qui est le sien, le fruit de cette nuit de rage et de passion dans la bibliothèque, de cette nuit où je l'ai embrassé av
Chapitre 58LéandreMon psy dit que l'obsession est une maladie, il me le répète chaque mardi à quinze heures, dans son cabinet aux murs tapissés de livres et aux fenêtres qui donnent sur un jardin calme, et il le dit avec cette voix posée, cette voix de clinicien qui a l'habitude des cas difficiles, des patients rétifs, des âmes torturées qui refusent de guérir, il le dit en croisant les mains sur son bureau, en me regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune, et chaque fois, je hoche la tête, je prends des notes mentales, je fais semblant d'acquiescer, mais au fond de moi, tout au fond, là où la raison n'a plus cours et où seules les passions règnent, je sais qu'il a tort, je sais qu'il se trompe, je sais que mon obsession n'est pas une maladie, ou du moins pas seulement, parce que si c'était une maladie, elle m'aurait tu&e
Chapitre 57NaéliaIl a fait rouvrir la librairie où grand-mère m'emmenait enfant, cette petite librairie de la rue des Rosiers, coincée entre une boulangerie et un cordonnier, avec sa façade en bois sculpté et son enseigne en fer forgé qui grinçait au moindre coup de vent, et je l'ai appris ce matin, en ouvrant une enveloppe sans nom d'expéditeur, sans adresse de retour, juste mon prénom écrit sur le papier kraft d'une écriture que je connaissais trop bien, cette écriture fine et penchée qui appartenait à l'homme que je fuyais et que je n'arrivais pas à oublier.La photo était à l'intérieur, une seule photo, rien d'autre, pas un mot, pas une explication, pas une justification, et sur cette photo, je voyais la librairie de mon enfance, cette librairie que je croyais disparue depuis des années, fermée, abandonnée, remplacée par un commerce sans âme, et elle était là, ressuscitée, magnifique, avec sa façade repeinte en bleu nuit, ses vitrines garnies de livres neufs et anciens, ses guir







