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Chapitre 4

Author: Romane
J'ai jeté la convocation sur le bureau et appelé mon avocat.

« J'ai un sacré problème. J'ai besoin de ton aide. »

Après m'avoir écoutée, il est resté longtemps silencieux.

« C'est délicat. Très délicat », a-t-il fini par dire.

« Leur représentant, ou plutôt celui qui mène la charge, sait ce qu'il fait. Il a visé tes deux plus gros points faibles : les modifications de l'agencement intérieur et l'exploitation sans autorisation. Sur ces deux points, juridiquement, tu n'as presque aucune chance de gagner. »

« Et les contrats ? Ils les ont signés. »

« Comme l'a dit ce Nathan, les clauses en question risquent fort d'être jugées abusives et écartées. En face, ils sont nombreux, jeunes, et considérés comme vulnérables. Ils peuvent facilement s'attirer la sympathie du juge. Pour l'instant, que ce soit dans l'opinion publique ou sur le plan juridique, tu es très mal placée. »

« Alors, il n'y a aucune autre solution ? »

« La seule solution, c'est un accord amiable. Tu acceptes une partie de leurs demandes, une réduction de loyer ou une indemnisation, par exemple, et en échange, ils se désistent. C'est le moyen de limiter les pertes. »

J'ai raccroché.

Un accord amiable ?

Depuis la fenêtre, je voyais plusieurs locataires discuter et rire dans la salle de sport donnant sur la cour.

Sur les appareils que j'ai payés.

J'ai pris mon téléphone et envoyé une seule phrase dans le groupe des locataires.

« On se retrouve au tribunal. »

Pendant trois secondes, personne n'a répondu.

Puis Nathan a envoyé un emoji « OK ».

Le jour de l'audience, le ciel était gris et lourd.

Les bancs du public étaient pleins.

Il y avait des locataires, mais aussi des journalistes de plusieurs médias.

Nathan n'a pas pris d'avocat. Il représentait lui-même les plaignants.

Il portait un costume impeccable, les cheveux soigneusement coiffés.

Debout du côté des demandeurs, il s'exprimait avec une parfaite aisance.

Il a remis au juge un épais dossier de preuves.

Des photos des cloisons de la résidence, des photos montrant certains coins prétendument mal entretenus des cuisines, des articles trouvés sur Internet concernant les risques d'incendie dans les logements divisés en petites chambres.

À cela s'ajoutait un dossier de plus de cent pages réunissant les témoignages de tous les locataires.

Chaque témoignage débordait de détresse.

Ils m'accusaient de profiter de leur inexpérience de jeunes entrant dans la vie active pour les attirer dans des chambres « illégales ».

Ils m'accusaient de les appâter avec le mot « gratuit » pour leur servir des repas « dangereux et insalubres ».

Ils se présentaient comme d'innocents agneaux exploités et trompés par une propriétaire sans scrupules.

Le discours de Nathan était fait pour attiser les émotions.

« Madame la juge, nous ne sommes pas ici pour faire des histoires. Nous sommes de jeunes diplômés, tout juste sortis de l'université, venus dans cette grande ville avec des rêves plein la tête. Nous espérions y trouver un refuge, un endroit chaleureux. À la place, nous avons trouvé un piège rempli de mensonges et de dangers ! »

« La défenderesse, Mme Dumont, se fait passer pour la perle des proprios et récolte les éloges du public. Mais derrière cette belle image, elle enfreint la loi et met en danger la vie de plus de cent jeunes ! »

« Ce que nous réclamons, ce n'est pas de l'argent ! Nous réclamons que la loi soit respectée ! Que notre droit à un logement décent soit enfin reconnu ! »

Sa voix vibrait d'indignation, ses gestes appuyaient chaque mot.

Sur les bancs du public, ses « soutiens » affichaient tour à tour leur émotion et leur colère.

Dans la salle, quelques journalistes prenaient déjà des notes à toute vitesse.

Mon avocat a pris la parole à son tour.

Il a présenté les contrats signés ainsi que les « Notices de sécurité ».

Nathan s'est aussitôt levé pour contester.

« Madame la juge, je conteste la validité de ces documents ! Comme je viens de le démontrer, ces prétendues notices contiennent des clauses manifestement abusives, qui ne peuvent produire aucun effet ! La défenderesse a profité de sa position de force pour nous imposer des logements aménagés en violation de la réglementation, puis tenter de se dégager de toute responsabilité. La loi ne peut pas l'admettre ! »

Mon avocat a tenté de répondre, mais Nathan trouvait toujours des termes juridiques plus pointus et des arguments plus habiles pour le réduire au silence.

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