LOGINChapitre 63
Cassian
Je regarde Camélia partir, et je voudrais la retenir. Chaque fibre de mon être hurle de la rattraper, de la prendre dans mes bras, de lui dire la vérité. De lui dire que chaque minute passée loin d'elle est une torture, que chaque silence que je lui impose est un supplice, que chaque regard de haine ou de tristesse qu'elle me jette est un coup de poignard qui me transperce le cœ
Chapitre 79CassianJe reçois un rapport hebdomadaire de Moreau, comme chaque semaine depuis six mois. Une enveloppe kraft, scellée, déposée sur mon bureau chaque lundi matin à la première heure, avant même que le soleil ne se lève sur l'océan. Elle contient des photos, des descriptions, des relevés. La vie de Camélia, résumée en quelques pages dactylographiées, en quelques clichés pris à distance, en quelques lignes qui me racontent ce qu'elle devient sans moi. La seule chose qui me rattache encore à elle. La seule chose qui me permet de ne pas sombrer tout à fait.Elle a trouvé un emploi dans une librairie, une petite boutique de la vieille ville, entre une boulangerie et un antiquaire. Elle passe ses journées à conseiller les clients, à ranger les rayonnages, à
Chapitre 78CaméliaSix mois ont passé. Six mois depuis que j'ai quitté le manoir, depuis que j'ai fui Lilia et Cassian, depuis que j'ai choisi de redevenir moi-même. Six mois, et le monde ne s'est pas effondré. Six mois, et j'ai survécu. Six mois, et je me suis reconstruite, brique par brique, toile par toile, jour après jour.J'ai trouvé un emploi dans une librairie, une petite boutique indépendante nichée au cœur de la vieille ville, entre une boulangerie qui exhale des odeurs de pain chaud et de croissant et un magasin d'antiquités dont la vitrine poussiéreuse expose des bibelots d'un autre siècle. La librairie est minuscule, à peine plus grande que mon studio, mais elle déborde de livres. Les murs sont tapissés de rayonnages du sol au plafond, des romans, des essais, des bandes dessinées, des r
Chapitre 77CassianLe manoir est vide. Les domestiques sont invisibles, les couloirs sont déserts, les pièces sont plongées dans l'obscurité. Lilia est partie, chassée comme une malpropre sous la pluie battante, ses hurlements résonnant encore dans ma mémoire. Eloïse est parti, humilié, ruiné, évincé du conseil d'administration, jeté dehors sans ménagement. Les ennemis sont vaincus, la guerre est gagnée, mais la victoire n'a rien apporté. Rien que le silence, le vide, et cette solitude qui m'écrase comme une chape de plomb, qui pèse sur mes épaules, qui m'empêche de respirer.J'erre la nuit, incapable de dormir, incapable de trouver le repos. Mes pas me portent à travers les couloirs déserts, le long des murs tapissés de portraits d'ancêtres qui me regardent
Chapitre 76CassianJe détruis Lilia froidement. Méthodiquement. Sans une once de pitié.En une semaine, j'anéantis tous mes ennemis. Lilia d'abord, la reine déchue, la manipulatrice démasquée. Je réunis les preuves de ses dettes, de ses crimes, de ses manipulations. Les relevés bancaires qui montrent l'argent versé par Viviane à Viktor, ces sommes colossales qui ont servi à acheter son silence et à financer sa fuite. Les courriels interceptés entre elle et Eloïse, ces messages codés où ils planifiaient ma perte, où ils échangeaient des informations sur mes déplacements, mes faiblesses, mes angles morts, où ils riaient de ma naïveté. Les témoignages de ses complices, ces hommes et ces femmes qu'elle a utilisés avant de les jeter comme des mouchoirs usag
Chapitre 75CaméliaJe trouve un petit appartement dans une ville dont je ne connais pas le nom, une ville côtière battue par les vents, peuplée de mouettes et de bateaux de pêche. L'immeuble est vieux, les murs sont décrépis, la façade est rongée par le sel et les embruns, l'escalier sent l'humidité et la marée. Mais quand je pousse la porte du studio, quand je découvre la pièce unique, le matelas posé à même le sol, la fenêtre qui donne sur l'océan gris et infini, je souris. Pour la première fois depuis des jours, depuis des semaines, depuis que Lilia est revenue et que ma vie s'est effondrée comme un château de cartes, je souris.C'est minuscule. C'est spartiate. C'est à peine meublé. Il y a un évier en porcelaine écaillée, une plaque de cuisso
Chapitre 74CaméliaJe roule sans savoir où aller.La voiture de location file sur les routes de Bretagne, et le paysage défile derrière la vitre comme un tableau impressionniste, flou, gris, noyé de pluie. Les essuie-glaces battent la mesure, un rythme régulier, hypnotique, qui scande le temps qui passe et la distance qui s'installe entre le manoir et moi. Les phares trouent l'obscurité de cette fin d'après-midi qui ressemble à un crépuscule, éclairant des morceaux de lande, des bouts de falaise, des fragments d'océan déchaîné. Je n'ai pas de destination. Je n'ai pas de plan. Je n'ai pas de carte. J'ai juste besoin de m'éloigner, de mettre des kilomètres entre elle et moi, entre lui et moi, entre cette vie qui n'était pas la mienne et celle que je vais devoir reconstruire sur les ruines de mon c&o
Chapitre 41CaméliaLe lendemain matin, je trouve la bague dans mon lit.Je me réveille seule, Cassian étant parti tôt pour le siège comme il le fait chaque matin, et je m'étire d
Chapitre 22EloïseJe l'attends dans le hall, adossé à la rampe de l'escalier, les bras croisés, un sourire poli plaqué sur le visage comme un masque de carnaval. J'ai entendu la voiture arriver bien avant qu'elle ne franchisse les grilles, j'ai entendu le moteur ronronner dans l'allée, j'ai entend
Chapitre 16Camélia_ Pourquoi ?Ma voix est un filet brisé qui s'élève dans le silence du jardin. Il s'arrête. Sa silhouette se découpe sur le halo des lanternes, et je vois ses épaules larges, sa nuque droite, ses mains qui pendent le long de son corps. Les flammes des bougies dansent dans la bri
Chapitre 5CaméliaLa porte claque derrière ma mère, et je reste seule dans le silence.Dix minutes. Elle m'a donné dix minutes pour enfiler la peau de ma sœur, pour disparaître sous le satin et la dentelle, pour devenir quelqu'un que je ne suis pas. Dix minutes pour accepter le verdict qu'elle vie







