LOGINLe cri de la Mère ne s’éteignit pas ; il se mua en une vibration physique, une onde de choc qui fit pleuvoir de la poussière et des morceaux de soie morte du plafond. Le face-à-face ne dura qu’une fraction de seconde. Elle chargea avec la force d’un éboulement, ses huit pattes massives martelant le sol avec une régularité cauchemardesque.Je n'eus pas le temps de parer. L’impact fut d’une violence inouïe. Une de ses pattes antérieures me percuta de plein fouet, m’envoyant valser comme une poupée de chiffon contre la paroi de terre durcie. Un craquement sec, écoeurant, résonna dans la cavité, plus fort que le cliquetis des araignées.La douleur n'arriva pas tout de suite ; ce fut d'abord un souffle coupé, un vide sidéral dans ma poitrine. Puis, l'incendie nerveux se déclencha. Une décharge électrique remonta de mon épaule gauche, me paralysant la nuque, suivie immédiatement d'un déchirement atroce au poignet. Je retombai lourdement, le visage dans une mélasse de cadavres d'ou
L’obscurité ne m’enveloppa pas. Elle me posséda, m'envahissant par chaque pore, chaque blessure, chaque orifice.Le conduit d'entrée était une pente raide, un goulot de terre durcie et de soie fossilisée où la gravité devint instantanément mon ennemie. Dès que je lâchai la racine de l'arbre-ancêtre, je basculai. Je dévalai le boyau dans un fracas étouffé, mon corps heurtant les parois étroites, manquant à chaque seconde de rouler en boule et de me briser la nuque. Mes bottes s'enfonçaient dans une mélasse de débris organiques et de toiles gluantes qui freinaient ma chute de manière erratique. Je m’immobilisai enfin, haletante, les doigts plantés dans une paroi visqueuse qui suintait une humidité fétide.« Comment vais-je remonter cette gueule de loup ? » La pensée traversa mon esprit enfiévré avec un éclair de lucidité. Si je survivais à ce qui tapissait le fond, le retour serait une ascension vers l'impossible, une lutte contre la terre elle-même avec un bras valide et un œ
Onyxion ne m’accueillit pas avec des chants, mais avec le son du verre brisé et des hurlements étouffés par la brume. En descendant les dernières pentes rocailleuses, j’eus l’impression de pénétrer dans une plaie ouverte. La cité, que j’avais crue paisible du haut de ma falaise, n’était qu’un théâtre de paranoïa et de deuil. L’air y était saturé d’une humidité poisseuse, une exhalaison de terre remuée et de peur ancienne qui collait à mon bandage comme une main invisible.Ma vision monoculaire transformait les ruelles en un labyrinthe de perspectives tronquées. Chaque ombre projetée par les lanternes vacillantes me semblait être une patte articulée prête à fondre sur moi. Sept. Le chiffre circulait comme un venin sur les lèvres des rares passants que je croisais. Sept enfants arrachés à leurs draps en moins la nuit dernière. La garde de la ville, composée d’hommes aux armures trop lourdes et aux esprits trop lents, errait dans les artères principales, brandissant des torche
La route que je suivais n’était pas un chemin, c’était une épreuve d’endurance contre la décomposition. Mon corps n’était plus qu’un assemblage de douleurs hétéroclites que je tentais de coordonner par la seule force de ma volonté. Chaque pas résonnait dans ma boîte crânienne comme un coup de marteau sur une enclume chauffée à blanc.Mon œil gauche était désormais prisonnier d’un bandage de fortune, découpé dans le lin de ma propre chemise. Le tissu, jadis blanc, était devenu une croûte rigide de sang séché et de poussière, collant à ma paupière enflée. Il faisait écho au bandage de ma paume gauche, cette marque ancienne que je portais comme un stigmate. J’étais devenue une créature de cuir et de bandes, une silhouette asymétrique dont la vision du monde s’était réduite de moitié.« Je devais faire pitié à voir, » ironisai-je intérieurement.Le monde était plat. Sans la perception de la profondeur, les arbres de la forêt semblaient se presser contre mon visage, les racin
Je n’attendis pas qu’il m’invite. D’un mouvement lent, je m’avançai vers le bois mort du chêne calciné. La Chimère ne se retourna pas, mais ses muscles se tendirent comme des cordes de harpe. Sa peau parcheminée sembla frémir sous l’afflux d’une magie noire et d’une soif de destruction.« Tu es en retard, Écorché, » siffla-t-il. Sa voix n’était pas un son, mais un frottement de roche sur de la soie. « Lilas s’impatiente. Elle n'aime pas que l'on joue avec ses nerfs. »« L'Écorché était censé venir ? » pensai-je. Un frisson remonta le long de mon dos, une sensation d’urgence, d’en finir ici et maintenant avant que l’autre Dominant n’arrive et ne compromette tout mon plan. Je fis un pas ; une branche morte craqua sous ma botte, un son sec comme un os brisé, un avant goût de ce qui allait advenir de lui dans les prochaines minutes.« J’avais à faire sur le chemin, » dis-je, imitant le timbre froid et sans âme de celui que j’avais appris à détester. L’Aveugle
Luvia était une cité de verre et de pierre blanche, une ville aérée où l'on sentait encore le passage du vent des plaines, pur et chargé des effluves de l'herbe coupée. En traversant ses larges avenues pavées de calcaire clair, je me sentis comme une tache d'encre sur un parchemin vierge. Ici, la jeunesse était partout, vibrante et bruyante. Des étudiants aux capes brodées de leurs insignes universitaires discutaient en terrasse, leurs voix s'élevant dans un brouhaha joyeux qui me paraissait désormais appartenir à une civilisation disparue, une époque où le mot « futur » n'était pas une menace.Je voyais des livres ouverts sur des tables de bois blond, les pages blanches volant légèrement sous la brise, et j'entendais le tintement cristallin des verres qui s'entrechoquaient. L’insouciance de Luvia était presque agressive. C'était le calme avant la tempête, un interlude ensoleillé dont personne ne semblait percevoir la fin imminente.Mais la Guilde n’était pas dupe. Elle sava
Je restai pétrifiée, les yeux rivés sur ce parchemin qui, d'un simple trait de plume, raturait l’intégralité de mon existence : mes années de service, ma renommée, jusqu'à mon honneur. Je sentis le souffle glacial du vampire effleurer mon oreille, une moquerie à peine murmurée qui fit hérisser le
Le silence de la forêt n’était pas celui de la paix, mais celui de l’isolement.Je marchais depuis une heure, mes bottes s’enfonçant dans la terre humide, cherchant à mettre le plus de distance possible entre moi et cette maisonnette qui sentait trop la domesticité et l’hypocrisie. Sous la canopée
Je n'attendis pas que la créature bondisse. D'un geste sec, je posai rapidement la lanterne sur le rebord d'un fût de bière. La flamme vacilla, projetant de nouvelles ombres monstrueuses contre les murs de pierre suintants tandis que je dégainais ma seconde lame dans un sifflement métallique.
Je restai figée un instant de trop, encore à califourchon sur les genoux de cet être maudit. Mes doigts s'enfonçaient dans le velours de sa cape tandis que ma dague restait pressée contre une gorge qui ne connaissait plus le battement d'un cœur. La chaleur de ma propre colère, cette pulsation brû