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Vaelys
Le monastère de Sainte-Élisabeth est perché sur une colline battue par les vents, entouré de cyprès et de champs de lavande qui ne sont pas encore en fleur. C’est un lieu austère, très ancien, dont les murs de pierre grise semblent absorber la lumière plutôt que la refléter. Les sœurs m’ont accueillie sans poser de questions, comme elles le font p
Chapitre 71VaelysLe monastère de Sainte-Élisabeth est perché sur une colline battue par les vents, entouré de cyprès et de champs de lavande qui ne sont pas encore en fleur. C’est un lieu austère, très ancien, dont les murs de pierre grise semblent absorber la lumière plutôt que la refléter. Les sœurs m’ont accueillie sans poser de questions, comme elles le font pour toutes les âmes en peine qui frappent à leur porte. Une cellule minuscule m’a été attribuée : un lit de bois, une chaise, un crucifix, une fenêtre étroite donnant sur la vallée. Le silence est tel qu’on y entendrait une plume tomber. C’est exactement ce que je suis venue chercher.Les premiers jours, je ne fais rien. Je dors, je marche dans les allées du cloître, je m’assieds dans
Chapitre 70KaïrenLes jours ont passé, emportant avec eux les derniers lambeaux de l’hiver. Le printemps commence à poindre sur Noctharis, et les rosiers blancs de la demeure des Serhan, qui n’étaient encore que des bourgeons frileux, se sont ouverts en une explosion de pétales immaculés. Le parc a reverdi, les fontaines ont été nettoyées, et la demeure tout entière respire une paix qu’elle n’avait pas connue depuis des décennies. Vaelys elle-même semble renaître, un peu plus chaque jour. Ses joues ont repris des couleurs, ses yeux ont perdu cette ombre perpétuelle qui les habitait. Elle sourit plus souvent, rit même parfois, et ce rire, je ne me lasse pas de l’entendre. Il est comme une musique que je croyais oubliée.Ce matin-là, je l’ai invitée à me rejoin
Chapitre 69KaïrenLa nouvelle de la libération de Vaelys s’est répandue comme une traînée de poudre. Quand la voiture franchit les portes de Noctharis, la ville est en ébullition. Des grappes de gens se sont massées le long des canaux et de l’avenue principale, brandissant des banderoles, des fleurs, des foulards blancs. Des cris s’élèvent, acclamant Vaelys, et je vois son visage passer de l’étonnement à une émotion profonde.— Qu’est-ce que… murmure-t-elle.— C’est pour toi, dis-je en lui serrant la main. Noctharis t’a adoptée.La voiture ralentit pour se frayer un chemin à travers la foule. Des visages souriants se pressent aux vitres, des mains tapotent la carrosserie, des enfants courent à côt&e
Chapitre 68VaelysJe suis dans ses bras, et je ne sens plus rien. Ni mes poignets en sang, ni mes chevilles meurtries, ni la peur qui m’a glacée jusqu’aux os pendant des heures. Il n’y a plus que lui, son odeur de cèdre et de tabac, son cœur qui bat contre ma tempe, ses mains qui me tiennent comme si j’étais la chose la plus précieuse au monde. Il m’emporte hors du pavillon, et l’air glacé du matin me frappe le visage. La brume s’élève des marais, et le ciel, à l’horizon, se teinte de rose et d’or. Je respire. Librement. Pour la première fois depuis longtemps.Kaïren me dépose avec précaution sur le siège arrière de la voiture, et il s’agenouille devant moi, sur le gravier humide. Ses mains tremblent autant que les miennes. Il ne dit rien. Il me r
Chapitre 67KaïrenLe salon décrépit du pavillon de chasse n’est plus qu’un théâtre d’ombres et de poussière. Les planches qui condamnent les fenêtres laissent filtrer une lumière grise et sale, celle d’une aube qui tarde à se lever. Les corps des hommes de main gisent sur le plancher moisi, neutralisés par mes gardes. Ruslan, le visage en sueur, retient encore un dernier sbire plaqué contre le mur. Dorian se tient près de la porte, le souffle court, les yeux fixés sur son père. Et au centre de cette scène de désolation, il y a elle. Vaelys. Attachée à une chaise, les poignets en sang, le visage pâle mais le regard toujours aussi fier. Elle ne pleure pas. Elle ne supplie pas. Elle me regarde, et dans ses yeux, je lis un mélange de soulagement et de terreur.
Chapitre 66VaelysLa pièce où je suis enfermée est une ancienne salle de réception aux murs décrépis, dont les fenêtres ont été condamnées par des planches. L’humidité suinte des pierres, et une odeur de moisi, de vieux cuir et de maladie flotte dans l’air. Je suis attachée à une chaise en bois, les poignets lacérés par les cordes, les chevilles entravées. La douleur est constante, mais je l’ignore. Ce qui me terrifie, c’est le bruit de la respiration sifflante de Lord Ashford, assis dans un fauteuil roulant, à quelques mètres de moi.Il est méconnaissable. La maladie a dévoré son corps, ne laissant qu’une carcasse décharnée, un visage creux où brillent deux yeux injectés de sang et de folie. Il tient une canne à pommeau d’argent, mais je sais qu’il ne peut plus marcher. Il est venu ici pour mourir, et il veut m’emmener avec lui.— Tu as détruit ma famille, crache-t-il d’une voix rauque, à peine audible. Ma fille en prison, mon nom traîné dans la boue, ma fortune confisquée. Et toi,







