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Chapitre 8

last update publish date: 2026-05-09 18:05:53

Chapitre 8

Vaelys

Onze ans plus tôt.

Le printemps éclate dans les jardins des Serhan comme une symphonie de couleurs et de parfums. Les glycines qui courent le long de la pergola sont en pleine floraison, leurs grappes mauves et blanches cascadant jusqu'au sol en rideaux vaporeux. Les rosiers anciens, plantés par ma grand-mère, embaument l'air de leurs fragrances sucrées, et les magnolias déploient leurs larges fleurs blanc rosé comme des offrandes au ciel. Le bassin central reflète un azur sans nuages, et les carpes koï glissent paresseusement sous les nénuphars. C'est le jardin de mon enfance, mon refuge, mon paradis. Et ce soir, il est le théâtre d'un moment que je n'oublierai jamais.

Je m'appelle Vaelys Serhan, j'ai dix-neuf ans, et je suis amoureuse de Kaïren Volkov depuis le premier jour où je l'ai vu. Trois ans se sont écoulés depuis cette rencontre, trois années de regards volés, de conversations interminables, de promenades secrètes, de lettres échangées en cachette. Nos pères sont des alliés, presque des amis, et pourtant Kaïren a toujours gardé une distance étrange, comme s'il avait peur de ce qu'il ressentait. Mais ce soir, il m'a demandé de le rejoindre ici, à la tombée du jour. Son message était bref, presque solennel : « J'ai besoin de te parler. »

Je marche dans l'allée de gravier, ma robe de mousseline bleue flottant autour de mes chevilles. Mes cheveux blonds sont relevés en un chignon lâche, quelques mèches folles encadrent mon visage. Je suis nerveuse, et pourtant je me sens légère, comme si le monde entier retenait son souffle avec moi. Les lanternes que les jardiniers ont allumées pour la soirée diffusent une lumière dorée qui donne aux fleurs des teintes irréelles.

Kaïren m'attend sous la pergola, adossé à une colonne de pierre. Il porte une chemise blanche, les manches roulées jusqu'aux coudes, un pantalon sombre. Ses cheveux de jais sont un peu trop longs, une mèche rebelle tombe sur son front. Il a les mains dans les poches, et son regard gris d'orage est fixé sur moi depuis l'instant où j'ai franchi la grille du jardin. Mon cœur s'emballe. Il est si beau que j'en ai le souffle coupé.

— Tu es venu, dis-je d'une voix mal assurée.

Il ne répond pas tout de suite. Il s'avance vers moi, et je vois ses mains trembler légèrement. Lui, le fier Kaïren Volkov, l'héritier d'un empire, le jeune homme que toutes les filles de Noctharis convoitent, il tremble devant moi.

— Vaelys, murmure-t-il. Cela fait trois ans que je te regarde, et je ne peux plus me taire.

Je sens le rouge me monter aux joues. Mon cœur bat si vite que je l'entends dans mes oreilles. Je ne parle pas, je me contente de le regarder, de m'abreuver de sa présence.

— Je n'ai jamais aimé personne, continue-t-il en s'arrêtant à un pas de moi. Je pensais que l'amour était une faiblesse, que cela distrayait des affaires, des responsabilités. Mais depuis que je te connais, je ne dors plus. Je ne travaille plus. Je ne pense qu'à toi.

— Kaïren…

— Laisse-moi finir. J'ai essayé de lutter. J'ai essayé de m'éloigner, de t'oublier. Mais rien n'y fait. Tu es… Tu es partout. Dans le vent, dans les étoiles, dans chaque battement de mon sang. Alors je te le demande : dis-moi si je dois m'en aller pour toujours, ou si tu acceptes de m'aimer.

Un long silence s'installe. Le vent caresse les glycines, et quelques pétales mauves tourbillonnent jusqu'à nos pieds. Je lis dans ses yeux une peur que je ne lui ai jamais vue, une vulnérabilité qui me serre le cœur. Le grand Kaïren Volkov, qui fait plier les conseils d'administration, qui parle d'égal à égal avec les princes du Wessex, est là, devant moi, aussi fragile qu'un enfant.

Je ne réponds pas avec des mots. Je fais un pas vers lui, et je pose mes lèvres sur les siennes.

C'est un baiser timide d'abord, presque effleuré. Mais très vite, il répond, et sa main vient se poser sur ma nuque, ses doigts s'enfonçant dans mes cheveux. Le baiser s'approfondit, devient plus passionné, plus urgent. Je sens son souffle se mêler au mien, son cœur cogner contre ma poitrine. Le monde autour de nous n'existe plus. Il n'y a que lui, que moi, que ce feu qui embrase tout.

Quand nous nous séparons, à bout de souffle, il pose son front contre le mien. Ses yeux sont embués, et un sourire incrédule flotte sur ses lèvres.

— Cela veut dire oui ? demande-t-il, la voix rauque.

— Cela veut dire que je t'aime, Kaïren Volkov. Depuis le premier jour. Depuis toujours.

Il rit, un rire heureux, libéré, qui résonne sous la pergola comme une musique. Il me prend dans ses bras, me fait tournoyer, et je ris avec lui, les larmes aux yeux. Les glycines pleuvent sur nous leurs pétales, et quelque part au loin, un rossignol commence à chanter.

Je ne sais pas encore, à cet instant, que ce baiser scellera mon destin. Je ne sais pas que le garçon qui me tient dans ses bras deviendra un jour mon bourreau. Je ne sais pas que la maison derrière les rosiers sera réduite en cendres. Tout ce que je sais, c'est que je l'aime. Et que rien, jamais, ne pourra éteindre cette flamme. Même pas sa trahison.

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