เข้าสู่ระบบChapitre 8
Vaelys
Onze ans plus tôt.
Le printemps éclate dans les jardins des Serhan comme une symphonie de couleurs et de parfums. Les glycines qui courent le long de la pergola sont en pleine floraison, leurs grappes mauves et blanches cascadant jusqu'au sol en rideaux vaporeux. Les rosiers anciens, plantés par ma grand-mère, embaument l'air de leurs fragrances sucrées, et les magnolias déploient leurs larges fleurs blanc rosé comme des offrandes au ciel. Le bassin central reflète un azur sans nuages, et les carpes koï glissent paresseusement sous les nénuphars. C'est le jardin de mon enfance, mon refuge, mon paradis. Et ce soir, il est le théâtre d'un moment que je n'oublierai jamais.
Je m'appelle Vaelys Serhan, j'ai dix-neuf ans, et je suis amoureuse de Kaïren Volkov depuis le premier jour où je l'ai vu. Trois ans se sont écoulés depuis cette rencontre, trois années de regards volés, de conversations interminables, de promenades secrètes, de lettres échangées en cachette. Nos pères sont des alliés, presque des amis, et pourtant Kaïren a toujours gardé une distance étrange, comme s'il avait peur de ce qu'il ressentait. Mais ce soir, il m'a demandé de le rejoindre ici, à la tombée du jour. Son message était bref, presque solennel : « J'ai besoin de te parler. »
Je marche dans l'allée de gravier, ma robe de mousseline bleue flottant autour de mes chevilles. Mes cheveux blonds sont relevés en un chignon lâche, quelques mèches folles encadrent mon visage. Je suis nerveuse, et pourtant je me sens légère, comme si le monde entier retenait son souffle avec moi. Les lanternes que les jardiniers ont allumées pour la soirée diffusent une lumière dorée qui donne aux fleurs des teintes irréelles.
Kaïren m'attend sous la pergola, adossé à une colonne de pierre. Il porte une chemise blanche, les manches roulées jusqu'aux coudes, un pantalon sombre. Ses cheveux de jais sont un peu trop longs, une mèche rebelle tombe sur son front. Il a les mains dans les poches, et son regard gris d'orage est fixé sur moi depuis l'instant où j'ai franchi la grille du jardin. Mon cœur s'emballe. Il est si beau que j'en ai le souffle coupé.
— Tu es venu, dis-je d'une voix mal assurée.
Il ne répond pas tout de suite. Il s'avance vers moi, et je vois ses mains trembler légèrement. Lui, le fier Kaïren Volkov, l'héritier d'un empire, le jeune homme que toutes les filles de Noctharis convoitent, il tremble devant moi.
— Vaelys, murmure-t-il. Cela fait trois ans que je te regarde, et je ne peux plus me taire.
Je sens le rouge me monter aux joues. Mon cœur bat si vite que je l'entends dans mes oreilles. Je ne parle pas, je me contente de le regarder, de m'abreuver de sa présence.
— Je n'ai jamais aimé personne, continue-t-il en s'arrêtant à un pas de moi. Je pensais que l'amour était une faiblesse, que cela distrayait des affaires, des responsabilités. Mais depuis que je te connais, je ne dors plus. Je ne travaille plus. Je ne pense qu'à toi.
— Kaïren…
— Laisse-moi finir. J'ai essayé de lutter. J'ai essayé de m'éloigner, de t'oublier. Mais rien n'y fait. Tu es… Tu es partout. Dans le vent, dans les étoiles, dans chaque battement de mon sang. Alors je te le demande : dis-moi si je dois m'en aller pour toujours, ou si tu acceptes de m'aimer.
Un long silence s'installe. Le vent caresse les glycines, et quelques pétales mauves tourbillonnent jusqu'à nos pieds. Je lis dans ses yeux une peur que je ne lui ai jamais vue, une vulnérabilité qui me serre le cœur. Le grand Kaïren Volkov, qui fait plier les conseils d'administration, qui parle d'égal à égal avec les princes du Wessex, est là, devant moi, aussi fragile qu'un enfant.
Je ne réponds pas avec des mots. Je fais un pas vers lui, et je pose mes lèvres sur les siennes.
C'est un baiser timide d'abord, presque effleuré. Mais très vite, il répond, et sa main vient se poser sur ma nuque, ses doigts s'enfonçant dans mes cheveux. Le baiser s'approfondit, devient plus passionné, plus urgent. Je sens son souffle se mêler au mien, son cœur cogner contre ma poitrine. Le monde autour de nous n'existe plus. Il n'y a que lui, que moi, que ce feu qui embrase tout.
Quand nous nous séparons, à bout de souffle, il pose son front contre le mien. Ses yeux sont embués, et un sourire incrédule flotte sur ses lèvres.
— Cela veut dire oui ? demande-t-il, la voix rauque.
— Cela veut dire que je t'aime, Kaïren Volkov. Depuis le premier jour. Depuis toujours.
Il rit, un rire heureux, libéré, qui résonne sous la pergola comme une musique. Il me prend dans ses bras, me fait tournoyer, et je ris avec lui, les larmes aux yeux. Les glycines pleuvent sur nous leurs pétales, et quelque part au loin, un rossignol commence à chanter.
Je ne sais pas encore, à cet instant, que ce baiser scellera mon destin. Je ne sais pas que le garçon qui me tient dans ses bras deviendra un jour mon bourreau. Je ne sais pas que la maison derrière les rosiers sera réduite en cendres. Tout ce que je sais, c'est que je l'aime. Et que rien, jamais, ne pourra éteindre cette flamme. Même pas sa trahison.
Chapitre 87VaelysC'est ainsi que commence ma double vie.Les semaines qui suivent sont un enfer silencieux, un ballet de mensonges et de dissimulations, où chaque sourire échangé avec Kaïren me coûte un peu plus de mon âme. Le jour, je suis la femme aimante, l'épouse dévouée, celle qui veille sur son mari, qui l'écoute, qui le soutient. La nuit, quand il s'endort, je me glisse hors du lit, je me rends dans mon bureau, et je compile les informations que Sterling me réclame.D'abord, ce ne sont que des détails. Des dates, des noms, des montants. Rien de vraiment sensible. Je me dis que je peux le faire, que ce n'est pas si grave, que je protège Kaïren en évitant que la vérité éclate. Mais Sterling ne se contente pas de ces miettes. Il veut plus, toujours plus. Les noms des conseille
Chapitre 86VaelysJe n'aurais jamais dû accepter ce rendez-vous.Sterling m'a contactée deux jours après notre retour de lune de miel, par l'intermédiaire d'un messager discret, une lettre posée sur mon bureau dans la demeure des Serhan, alors que Kaïren était en réunion. L'écriture était fine, élégante, presque aristocratique, et le message, laconique mais terriblement précis : « Madame Volkov, j'ai en ma possession des informations que vous souhaiteriez garder secrètes. Je vous propose de nous rencontrer, seuls, pour en discuter. Je vous attends demain, à trois heures, au café Le Lys Noir. Ne manquez pas à ce rendez-vous. »Le Lys Noir. Ce même café où j'avais rencontré Dorian autrefois, où j'avais tissé les premiers fils de ma ven
Chapitre 85KaïrenL'hélicoptère survole Noctharis au coucher du soleil, et la cité se déploie sous nos yeux comme un écrin de pierre et de lumière, ses canaux scintillants reflétant les dernières lueurs orangées du jour, ses palais de marbre blanc se teintant de rose et d'or, ses mille fenêtres s'allumant une à une comme des étoiles qui naîtraient sur terre. Je sens la main de Vaelys dans la mienne, chaude et confiante, ses doigts entrelacés aux miens avec cette douceur qu'elle a retrouvée pendant ces semaines sur notre île, loin du monde, loin des intrigues, loin des fantômes.Elle est plus belle que jamais, les joues hâlées par le soleil tropical, les yeux plus clairs, le sourire plus facile. Le vent de l'hélice fait voleter ses cheveux blonds qu'elle a laissés dénou
Chapitre 84VaelysL'île est un secret gardé jalousement par les Volkov depuis des générations, un bout de terre perdu au milieu de l'océan, à des milliers de kilomètres de Noctharis, là où le ciel est toujours bleu et la mer toujours chaude. Kaïren a fait aménager une villa au bord d'une crique déserte, une bâtisse blanche aux volets bleus, entourée de palmiers et de bougainvilliers en fleur, dont les pétales pourpres jonchent le sable comme un tapis de bienvenue.Nous y arrivons par un hélicoptère privé, au coucher du soleil, alors que l'horizon se teinte d'orange et de rose, et que l'océan, en contrebas, scintille comme une mosaïque de saphirs et d'émeraudes. Je descends la première, mes pieds nus s'enfonçant dans le sable chaud, et je ferme les yeux pour mieux resp
Chapitre 83VaelysLe matin de mon mariage, la pluie a cessé, et les nuages se sont dissipés un à un, comme s'ils obéissaient à une consigne venue d'en haut. Le ciel de Noctharis est d'un bleu si pur, si lumineux, qu'on le croirait repeint à neuf, lavé de toutes les tempêtes passées. La demeure des Serhan, ma demeure, resplendit dans cette lumière d'hiver, ses fenêtres étincelant comme des miroirs, ses rosiers blancs encore parsemés de givre, la glycine de la pergola déjà chargée de bourgeons prometteurs.Je suis dans ma chambre, celle où j'ai dormi enfant, celle où j'ai pleuré mon exil, celle où Kaïren est venu me supplier à genoux il y a quelques mois. Les murs sont tendus de soie ivoire, et les oiseaux peints sur le papier peint, autrefois à moiti&ea
Chapitre 82KaïrenLe silence qui s'est installé entre nous depuis quelques jours n'est pas un silence ordinaire, ni cette pause confortable que l'on partage après l'amour, quand les corps sont encore mêlés et que les mots deviennent superflus, remplacés par la simple chaleur d'une présence aimée. Non, celui-ci est différent, plus tranchant, plus inquiétant. Il est fait de choses retenues, de regards qui se détournent au dernier moment, de mains qui se retirent un peu trop vite, comme si la peau de l'autre s'était soudain mise à brûler, comme si le contact, autrefois si désiré, était devenu une source de souffrance diffuse et inavouable.Je suis assis dans mon fauteuil de cuir havane, ce meuble massif aux accoudoirs sculptés que j'ai fait venir de mon bureau du palais Volkov, près de la fen&eci
Chapitre 44VaelysDepuis l'enregistrement que Dorian m'a fait parvenir, je ne dors plus. Chaque mot de Sélène tourne dans ma tête comme un poignard. « Vaelys Serhan est morte sur une île grecque. Et Madame Ny
Chapitre 41KaïrenL'aube se lève sur Noctharis, grise et glaciale, quand je regagne le palais Volkov. Je n'ai pas dormi de la nuit, veillant comme une sentinelle devant la demeure des Serhan, incapable de m'éloigner d'elle. Les gardes
Chapitre 38KaïrenElle est partie, et le silence retombe sur le salon comme une chape de plomb. Je reste debout, seul au milieu des meubles anciens, des roses fraîchement coupées, des portraits de ses ancêtres qui me transpercent
Chapitre 37VaelysIl sait. Ces deux mots résonnent dans ma tête comme un glas. Kaïren Volkov, l'homme qui m'a condamnée, qui m'a regardée sombrer sans tendre la main, se tient devant moi, dans le salon de la







