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Chapitre 5

last update Tanggal publikasi: 2026-07-22 22:34:14

Chapitre 5

Ysmera

La villa de Don Matteo est une bâtisse du seizième siècle nichée au sommet d'une colline, entourée de vignobles et d'oliveraies qui s'étendent à perte de vue sous le soleil de novembre. Quand ma limousine franchit le portail en fer forgé et remonte l'allée bordée de cyprès, je ne ressens qu'une haine froide et lucide qui pulse dans mes veines comme un second cœur.

Ce n'est pas une simple réunion. C'est un tribunal. Un piège. Une arène où les lions vont tenter de dévorer la gazelle.

Sauf que la gazelle a des crocs.

Je passe une main sur ma robe pour en lisser les plis imaginaires. Noire, évidemment, mais coupée comme un uniforme, avec des épaules structurées et une taille cintrée. Mes cheveux sont relevés en un chignon si serré qu'il tire sur mes tempes. Aucun bijou, sauf l'alliance en diamant noir que j'ai finalement décidé de garder. Que mes ennemis voient ce diamant et se souviennent de qui je suis l'héritière.

Mes deux gardes du corps m'encadrent quand je descends de voiture. Deux colosses en costume sombre que j'ai engagés sur les recommandations de Cesare. Ils ne parlent pas, ne sourient pas, et c'est exactement ce dont j'ai besoin.

Le hall de la villa est un musée de la richesse mal acquise. Fresques au plafond, tapis d'Orient sous les pieds, bustes en marbre dans des niches éclairées. Don Matteo m'attend au centre, entouré des autres chefs. Don Salvatore, le visage cramoisi. Don Emilio, un sourire en lame de couteau. Don Carlo, le regard perdu dans des souvenirs de violence. Don Riccardo, bagues scintillantes à chaque doigt.

— Madame Kaelis, dit Don Matteo avec une onctuosité qui ne trompe personne. Nous sommes honorés.

— Je n'en doute pas, réponds-je sans lui accorder un regard.

Je traverse le hall sans qu'on m'y invite et me dirige vers la salle de réunion dont j'ai étudié les plans la veille. Mes talons claquent sur le marbre avec une régularité de métronome. Derrière moi, j'entends les hommes se hâter pour me suivre, pris de court par mon audace, et cette précipitation involontaire me fait savourer une première petite victoire.

La salle de réunion est dominée par une table en acajou massif. Je m'assieds à l'extrémité, la place du pouvoir, sans attendre qu'on me l'indique.

— Je vous en prie, messieurs, dis-je en désignant les autres sièges. Installez-vous.

Un instant d'hésitation. Des regards échangés. Puis ils prennent place, à contrecœur, comme des enfants punis.

— Bien, dis-je. Commençons. Les affaires du Nord.

Don Matteo ouvre la bouche, mais c'est Don Emilio qui parle le premier.

— Les affaires du Nord sont sous le contrôle de Don Matteo depuis vingt ans. Il n'y a rien à discuter.

— Il y a toujours quelque chose à discuter, Don Emilio. Par exemple, la baisse de rendement des opérations portuaires de Gênes. Moins quinze pour cent l'année dernière. Vous avez une explication, Don Matteo ?

Le vieil homme pâlit. Ses doigts se crispent sur le bois de la table.

— Il y a eu des complications. Des grèves.

— Des grèves que vous avez vous-même provoquées en refusant d'augmenter les salaires des dockers. Une erreur de débutant.

Don Salvatore frappe la table du poing, son visage virant au violet.

— De quel droit nous parlez-vous sur ce ton ? Vous n'êtes qu'une...

— Je suis la Marraine, Don Salvatore. Je suis la veuve de Domenico Kaelis. Et j'en sais plus sur vos opérations que vous n'en saurez jamais.

Je me lève, pose mes deux mains à plat sur la table, et les regarde un par un. Mon regard s'attarde sur chacun d'eux, et chacun détourne les yeux à son tour.

— Vous voulez m'humilier. Vous voulez me voir tomber. Vous voulez que je disparaisse. Je le sais, messieurs, et je veux que vous sachiez une chose.

Je laisse le silence s'étirer, épais comme du sang coagulé.

— Je ne disparaîtrai pas. Je ne tomberai pas. Et si vous tentez quoi que ce soit contre moi ou contre l'héritage de mon mari, je détruirai chacun d'entre vous avec une précision chirurgicale qui vous fera regretter d'avoir sous-estimé la petite veuve.

Je me redresse, lisse ma robe d'un geste précis.

— La réunion est terminée. La prochaine aura lieu au manoir Kaelis. Soyez à l'heure, messieurs. Et ne me donnez pas de raison de m'énerver.

Je tourne les talons et sors de la salle sans un regard en arrière, mes gardes du corps m'emboîtant le pas.

Dans la voiture qui me ramène au manoir, je laisse enfin mes mains trembler. J'ai gagné cette bataille, mais la guerre ne fait que commencer.

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