LOGIN. La veuve du Parrain À seulement vingt-six ans, Ysmera Kaelis enterre son mari, le plus puissant parrain d'Italie. Les chefs mafieux pensent qu'une jeune veuve ne survivra pas une semaine. Ils ignorent qu'avant d'être son épouse, Ysmera était son arme la plus redoutable. Alors qu'elle reprend le contrôle de l'empire, un homme revient d'entre les morts : Vaeron Sorel, l'ancien héritier du clan, disparu depuis huit ans et déclaré mort. Il affirme être le véritable propriétaire de l'empire... et le seul homme que le défunt parrain ait jamais craint. Entre guerre, trahisons et désir interdit, Ysmera découvre que la mort de son mari n'était que le premier acte d'un complot visant à détruire toutes les familles mafieuses.
View MoreChapitre 1
Ysmera
La terre heurte le cercueil dans un bruit sourd qui résonne jusque dans ma poitrine. Chaque pelletée creuse un vide plus profond en moi, sous le ciel gris de ce matin de novembre. La bruine s'accroche à mon voile noir, perle sur le bois sombre, glisse sur mes gants de dentelle comme des larmes silencieuses.
Je ne pleure pas. Pas ici. Pas devant eux.
Ils sont tous là, alignés comme des corbeaux en costumes sur mesure. Don Matteo avec sa barbe poivre et sel et son sourire en coin. Don Salvatore, suant dans son costume trop serré. Don Emilio, le plus jeune, le plus dangereux, dont le regard caresse ma silhouette avec une insolence calculée. Ils guettent un signe de faiblesse, une fissure dans l'armure.
Mes doigts se crispent sur le rosaire en argent que Domenico m'a offert le jour de notre mariage. Le métal est froid contre ma peau. Aussi froid que son corps dans ce cercueil de palissandre.
— Regardez-la, chuchote Don Salvatore assez fort pour que je l'entende. Une enfant. Elle ne tiendra pas une semaine.
Une enfant. J'ai vingt-six ans. Mais pour eux, je reste la jeune épouse, le trophée que Domenico exhibait lors des galas, la belle madone silencieuse qui servait le café avant de disparaître.
Ils ignorent tout de moi. Ils ignorent que Domenico ne m'a pas épousée pour ma beauté, ni pour mon silence. Il m'a épousée parce que j'étais son arme la plus redoutable.
La cérémonie s'achève. Les hommes se dispersent, leurs chaussures cirées crissant sur le gravier. Certains s'approchent pour des condoléances creuses. J'enregistre chaque visage, chaque main qui serre la mienne trop longtemps, chaque regard qui fuit le mien.
Puis je suis seule au bord de la tombe. La pluie a cessé. Les roses dégagent un parfum entêtant. Mon voile est trempé, et je laisse enfin couler les premières larmes, en silence, sans un sanglot.
Je pleure l'homme qui m'a sauvée et détruite, le mentor et le geôlier. Mais je pleure surtout parce que je sais ce qui m'attend. La guerre qui se profile. Le sang qui va couler.
Quand je relève la tête, mes yeux sont secs. Quelque chose s'est éteint en moi, ou peut-être allumé. Je retire mon voile et le laisse tomber sur la terre humide.
Mon téléphone vibre. Un message crypté. Don Matteo a convoqué une réunion ce soir, sans m'inviter.
Un sourire mince étire mes lèvres. Pendant qu'ils comploteront, croyant la petite veuve prostrée à sangloter, je serai ailleurs. À préparer le premier coup.
Je me penche une dernière fois, effleure le bois du cercueil.
— Repose en paix, Domenico. Ou pas. Tu n'as jamais aimé la paix, de toute façon.
Je tourne le dos à la tombe et m'avance vers la voiture noire qui m'attend. Mes talons claquent sur le gravier, réguliers, implacables. Dans la pénombre de l'habitacle, personne ne voit mes mains trembler. Personne ne voit la terreur et l'exaltation qui se mêlent dans mes veines.
Ce matin, en triant les papiers de mon mari, j'ai trouvé une lettre. Une seule phrase, écrite à la main il y a six mois.
« Il est vivant, et il revient. »
Le visage de Vaeron Sorel m'apparaît alors. L'ancien héritier du clan, disparu depuis huit ans, déclaré mort. Le seul homme que Domenico ait jamais craint.
La voiture franchit le portail du manoir. Les grilles se referment derrière moi comme les mâchoires d'un piège.
Ce soir, je mènerai ma première offensive. Et personne, pas même un fantôme, ne m'empêchera de prendre ce qui me revient.
Chapitre 44VaeronLe banquet se poursuivit dans une atmosphère de plus en plus irrespirable, une atmosphère que je percevais avec une acuité décuplée par la colère qui grondait en moi comme un orage prêt à éclater, et chaque regard que ces hommes posaient sur Ysmera, chaque sourire entendu qu'ils échangeaient entre eux, chaque murmure étouffé derrière les serviettes de lin blanc, tout cela m'atteignait comme autant de coups de fouet qui lacéraient ma patience déjà mise à rude épreuve. Je les observais sans en avoir l'air, adossé à ma chaise, les mains posées sur la table dans une pose faussement décontractée, et je voyais dans leurs yeux cette lueur de mépris et de convoitise mêlés qui me donnait envie de renverser la table et de les jeter tous dehors à cou
Chapitre 43YsmeraLe banquet devait avoir lieu dans la grande salle de réception de la villa Matteo, une salle immense aux plafonds voûtés ornés de fresques représentant des scènes de chasse et de guerre, et ce choix de Don Matteo n'était pas innocent, il était une mise en scène destinée à me rappeler que je n'étais qu'une invitée dans un monde qui ne m'avait jamais vraiment acceptée, une étrangère tolérée par charité, une veuve que l'on supportait tant qu'elle ne dérangeait pas trop. Les invitations avaient été envoyées sans me consulter, les plans de table avaient été établis sans mon accord, et quand j'entrai dans la salle au bras de Vaeron, vêtue d'une robe de soie noire qui tombait sur mes chevilles et dont le décolleté vertigineux &eacut
Chapitre 42VaeronLe poids de la culpabilité est une chose étrange et insidieuse, une présence invisible qui s'accroche à l'âme comme une ombre que l'on ne peut jamais fuir, et plus j'observais Ysmera, plus je la voyais se déplacer dans les pièces de la villa avec cette grâce grave qui la caractérisait, plus je comprenais que cette culpabilité la rongeait de l'intérieur, qu'elle la poursuivait depuis des années, depuis l'enfance peut-être, depuis ces nuits de Naples où elle dormait sous les porches des églises en se demandant ce qu'elle avait fait pour mériter tant de souffrance. Elle portait son passé comme un cilice invisible, et chaque sourire qu'elle affichait devant les chefs de famille, chaque décision qu'elle prenait avec une autorité glaciale, chaque démonstration de force qu'elle offrait au monde
Chapitre 41YsmeraLe baiser de l'aube avait ouvert en moi une brèche par laquelle s'engouffrait une lumière que je n'avais pas vue depuis des années, une lumière douce et tiède qui réchauffait les régions les plus froides de mon âme, et pour la première fois depuis la mort de Domenico, depuis les funérailles sous la pluie de novembre, depuis les nuits sans sommeil passées à pleurer dans une chambre vide, je me sentais moins seule, je me sentais accompagnée d'une présence qui ne demandait rien, qui n'exigeait rien, qui se contentait d'être là, silencieuse et fidèle, comme un phare dans la tempête qui guide le navire vers le port sans jamais réclamer de récompense. Mais cette sensation elle-même m'effrayait, elle me terrifiait plus que toutes les menaces de mort que j'avais reçues, parce que j'a






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