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Chapitre 3 : Ce Qu'Il Ne Demande Pas 

last update Fecha de publicación: 2026-07-13 17:56:50

Sa main lâcha mon maillot avant que j'aie eu le temps de décider si j'allais me retourner ou fuir.

Je me retournai.

Un mot, dis-tu. 

Il inclina la tête vers le couloir, déjà en train de marcher.

 C'est toi qui décides si tu suis. 

Je le suivis. Évidemment. Parce que je suis stupide, ou parce que fuir maintenant aurait été pire. Je choisis la deuxième option dans ma tête. C'est plus facile à vivre.

Il poussa la porte de la salle de visionnage. Écrans éteints, lumières basses, deux chaises et une table qui avait vu de meilleures décennies. Il ne s'assit pas. Il s'appuya contre le mur du fond, les bras croisés, et il me regarda entrer.

 Ferme , dit-il.

Je fermai la porte.

 Tu veux quoi ? 

 Sainte-Croix. 

Mon estomac se contracta, mais je gardai le visage neutre. Sainte-Croix. Mon ancienne équipe. Celle que j'avais quittée il y a six mois, officiellement pour «raisons personnelles », officieusement parce que leur capitaine avait commencé à poser des questions auxquelles je ne pouvais pas répondre.

 Quoi, Sainte-Croix ? demandai-je.

 Tu as joué deux saisons. 

 Bonne mémoire. 

 Tu as quitté en plein milieu de la troisième. 

 C'est dans mon dossier. 

 Oui. Il ne cligna pas des yeux. Pourquoi ? 

 Raisons personnelles. C'est aussi dans le dossier. 

Je ne t'ai pas demandé ce qui est dans le dossier. 

Je m'appuyai contre la table. Distance calculée ni trop loin pour paraître nerveux, ni trop près pour laisser son odeur me brouiller l'esprit. Parce qu'elle me brouillait l'esprit. Elle l'avait fait dès la deuxième seconde dans ce couloir, et ça ne s'améliorait pas avec la proximité.

 Tu m'as demandé pourquoi. Je t'ai répondu. 

 Non. Tu m'as récité. 

Il y avait une différence entre les deux, et le fait qu'il la percevait sans que j'aie bougé d'un centimètre me mit en alerte rouge.

Draven. 

 Ashford. 

Tu convoques des joueurs dans des salles sombres pour parler de leurs anciens clubs souvent ? 

 Non. 

Alors pourquoi moi ? 

Il ne répondit pas immédiatement. La pause s'installa comme quelque chose de vivant.

 Parce que Sainte-Croix a un capitaine qui ne donne jamais de mauvaises recommandations. 

 Et ? 

 Il n'a pas rempli ta fiche. Quelqu'un d'autre l'a fait. 

Je ne bougeai pas. Je respirai régulier, contrôlé, exactement comme je l'avais appris à faire quand quelqu'un approchait d'une vérité que je ne pouvais pas lui laisser toucher.

L'assistante administrative. Elle était débordée. 

Son écriture ne correspond pas. 

Tu compares des écritures maintenant ? 

Non, dit-il. Quelqu'un l'a fait pour moi. 

Ce quelqu'un tomba dans la pièce comme une pierre dans de l'eau noire. Je ne demandai pas qui. Demander, c'était confirmer que j'avais quelque chose à cacher.

 Et alors ? 

Et alors l'assistante en question était en vacances la semaine où ta fiche a été déposée. 

Silence.

Elle a pu la remplir avant de partir. 

 Peut-être. 

 Mais tu n'y crois pas. 

Je ne crois jamais aux coïncidences confortables. 

Je le regardai. Il me regarda. La salle était petite, trop petite, et son odeur ce fond boisé et minéral que je n'aurais pas dû être capable de reconnaître aussi précisément commençait à se glisser sous mes défenses construites sur trois ans d'entraînement.

Qu'est-ce que tu cherches, Draven ? Vraiment. 

La vérité sur pourquoi tu as quitté. 

 Je t'ai répondu. 

 Tu m'as menti. 

Le mot était dit. Calme, sans accusation, avec la certitude tranquille de quelqu'un qui n'a pas besoin de crier pour avoir raison.

Tu m'accuses de mentir à mon capitaine lors de mon premier jour. 

Oui. 

C'est du culot. 

 C'est de l'observation.

Je me détachai de la table. Ce fut une erreur. Ça me rapprocha de lui de deux pas et je le sus au moment exact où ce fut fait, parce que son regard changea subtil, microscopique, mais je le vis quand même et il ne recula pas d'un millimètre.

 Tu veux la vraie histoire ? demandai-je.

 Je veux savoir si je peux te faire confiance dans ce vestiaire. 

Ce n'est pas la même question. 

 Si. 

Je le regardai encore. Il attendait, et l'attente chez lui n'était pas passive c'était quelque chose de délibéré, quelque chose qu'il maîtrisait parfaitement, et je détestai à quel point ça fonctionnait sur moi.

 Le capitaine de Sainte-Croix et moi avions des visions incompatibles sur certaines règles d'équipe. 

 Lesquelles ? 

 Celles sur la vie privée. 

 Il posait des questions. 

Ce n'était pas une question. Je m'arrêtai.

 Oui , dis-je finalement.

 Sur ta désignation. 

Je ne respirai pas.

 Sur beaucoup de choses. 

Ace déroisa les bras. Ce fut la première fois qu'il bougea depuis que nous étions dans cette pièce, et le mouvement si simple, si mesuré changea quelque chose dans la densité de l'air entre nous.

 Je ne te pose pas la même question », dit-il.

 Je sais. 

 Mais tu te demandes si je vais le faire. 

 Tu ne viens pas de me dire que tu ne la posais pas pour ensuite la poser autrement. 

 Non. Je te dis que je m'en fous. 

Quelque chose dans ma poitrine bougea. Je ne lui permis pas d'aller plus loin.

 Tu t'en fous. 

 De ce que Sainte-Croix a voulu savoir. Ça ne change pas ce que j'ai vu sur la glace aujourd'hui. 

 Et qu'est-ce que tu as vu ? 

 Un joueur qui ne se laisse pas regarder. 

 La plupart des joueurs ne veulent pas être regardés. 

La plupart des joueurs ne savent pas qu'ils sont regardés. Sa voix baissa d'un cran. Toi, tu le savais. 

La pièce était trop silencieuse. Je pouvais entendre la ventilation du bâtiment, le lointain écho des vestiaires, et rien d'autre. Son regard ne bougeait pas. Cette densité dans son attention cette façon qu'il avait de regarder comme si regarder était une activité en soi, comme si mes mots arrivaient et qu'il les pesait avant de décider quoi en faire me rendait dingue depuis les essais.

 Et si je savais ? dis-je.

 Ça veut dire que tu contrôles ce que tu montres. 

 Tout le monde contrôle ce qu'il montre. 

Pas comme toi. 

Je l'entendis sans qu'il finisse la phrase. Pas comme quelqu'un qui cache quelque chose de spécifique. Pas comme quelqu'un qui a entraîné chaque muscle de son visage à ne rien trahir.

 Tu me complimentes ou tu m'accuses ? 

 Je prends note. 

De quoi ? 

 Que tu es bon. Trop bon, peut-être. 

Pour le hockey ? 

 Pour ça aussi. 

Je me retournai à moitié, comme pour regarder la porte, et ce fut à ce moment précis qu'il parla à nouveau.

 Finn Ashford. Dix-neuf ans. Ton frère. 

Je me figeai.

 Il joue dans les juniors à Breckenridge. 

Je me retournai complètement cette fois. Il avait dit ça le prénom de Finn, le nom de sa ville d'une voix plate et factuelle, comme si c'était une information qu'il citait d'un rapport, et le fait qu'il l'avait en mémoire me fit l'effet d'une lame froide le long de l'échine.

Tu as cherché sur ma famille. 

 Non. J'ai lu ton dossier complet. 

 Il n'y a pas de section famille dans un dossier de transfert. 

Dans le mien, si. 

Ce fut la première fissure dans sa façade pas dans son assurance, mais dans sa transparence. L'aveu que son dossier à lui n'était pas comme les autres, que lui n'était pas comme les autres, que capitaine ne voulait pas dire la même chose pour tout le monde.

 Qu'est-ce que mon frère vient faire ici ? demandai-je, et ma voix était plus froide qu'elle ne l'avait jamais été dans cette pièce.

 Rien. Je voulais juste que tu saches que je sais. 

 Que tu sais quoi ? 

Que tu as une raison de rester. 

Silence.

 Que tu as quelque chose à perdre si tu pars. 

Mon cœur battait trop fort et je m'en voulais pour ça, parce que c'était précisément ce qu'il ne devait pas voir. Il avait nommé Finn comme on pose une carte sur une table pas pour menacer, j'en étais presque certain, mais pour m'ancrer, pour me dire je sais ce qui compte pour toi, et ça ne changeait rien à la terreur que ça m'inspirait.

Si tu crois que nommer mon frère va me rendre plus docile dans ton équipe, tu te trompes de joueur. 

 Je ne veux pas de ta docilité. 

Tu veux quoi, alors ? 

Sa réponse prit exactement trois secondes à venir.

Que tu ne disparaisses pas au milieu d'une saison pour des raisons que personne ne comprend. 

Je le regardai pendant un long moment.

C'est tout ? demandai-je.

 C'est tout. 

 Un discours de capitaine, alors. 

 Appelle ça comme tu veux. 

 Je l'appelle un avertissement enveloppé dans de la considération. 

 Tu peux. Il se redressa du mur, et soudain il était à hauteur de regard pas plus grand, juste différemment présent, comme si la distance entre nous venait de changer de nature. « Ou tu peux l'appeler ce que c'est. 

 Et c'est quoi ? 

 Un accord. 

 Je n'ai rien accepté. 

 Pas encore. 

Il se dirigea vers la porte. Je ne bougeai pas. Il posa la main sur la poignée et s'arrêta dos à moi, ce qui était, j'en avais la certitude absolue, entièrement délibéré.

 Une dernière chose , dit-il.

Toujours. 

 Sainte-Croix. Leur capitaine a dit que tu avais eu un incident en vestiaire. Un médicament oublié. Une chaleur mal gérée une nuit en déplacement. 

Le sol disparut sous mes pieds. Pas physiquement. Mais quelque chose s'effondra, quelque chose que j'avais bâti sur trois ans de discipline et de dissimulation méticuleuse, et j'étais debout parmi les

décombres en essayant de ne pas le montrer.

Il ne se retourna pas.

 Je ne t'ai pas demandé si c'était vrai. 

Il ouvrit la porte.

 Mais, Ashford. 

Sa voix, dans l'encadrement de la porte, basse et impossiblement précise.

 Tu sens le mensonge. 

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