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Le couloir de St. Christopher était plus long que dans mon souvenir.Marcus marchait devant moi d'un pas tranquille, ses épaules larges emplissant l'espace étroit, et je suivais en m'efforçant de maîtriser ma respiration. Mes baskets faisaient à peine de bruit sur le parquet ciré, mais chaque pas me semblait résonner comme un coup de marteau. Derrière les portes fermées, j'entendais des voix d'enfants, des rires, une chanson qu'on apprenait la vie normale de l'orphelinat qui continuait, indifférente à ce qui se jouait pour moi dans ce couloir.Il ne sait rien, me répétais-je comme un mantra. Il ne sait rien. C'est juste une journaliste qui pose des questions. Rien de plus.Mais dans ma tête, la voix de Cameron tournait en boucle, sombre et glaciale : Tu vas te faire tuer.Marcus s'arrêta devant une porte en bois foncé, l'ouvrit, et s'effaça pour me laisser passer.— Asseyez-vous, je vous en prie.Son bureau était une pièce simple, presque austère, mais il y régnait une chaleur que je
L'air froid de l'après-midi m'avait frappée en plein visage. J'avais inspiré profondément, forcé mes jambes à rester calmes, à ne pas courir. La voiture noire était toujours là, un peu plus loin. Le type en veste sombre lisait toujours son téléphone, adossé à un lampadaire.J'avais marché dans la direction opposée à celle que j'empruntais d'habitude, la tête baissée, la casquette enfoncée sur les yeux. J'étais une livreuse qui repartait après une livraison. Rien de spécial. Rien à voir.Au coin de la rue, j'avais tourné sans me retourner. Une fois dans la rue adjacente, j'avais accéléré le pas, enlevé la veste et la casquette, les avais fourrées dans la housse isotherme, et j'avais jeté le tout dans une poubelle publique au bout du pâté de maisons.Mon cœur battait si fort que je l'entendais dans mes oreilles. Mes mains tremblaient. Mais j'avais réussi.Je m'étais arrêtée une seconde, adossée à un mur, le temps de reprendre mon souffle. La rue était calme, quelques passants, une mère
Le dimanche s'était étiré, interminable, comme une élastique qu'on tire sans jamais qu'il casse. J'avais passé la journée à tourner en rond dans l'appartement, à réviser mes questions, à les raturer, à les réécrire. Mon carnet était couvert de notes, de flèches, de mots barrés. La fondation Hayes. Le financement. Les programmes. Richard Hayes. Sa disparition. Ce qu'il est devenu.Cameron n'était pas revenu.Je ne savais pas si c'était mieux ou pire. Une partie de moi espérait qu'il se manifeste, qu'il frappe à la porte, qu'il s'allonge à côté de moi dans le lit et que nous parlions de tout et de rien, comme si la nuit précédente avait changé quelque chose. L'autre partie était soulagée. S'il n'était pas là, je n'avais pas à lui mentir. Je n'avais pas à soutenir son regard en disant que j'allais rester sage, que je ne sortirais pas, que tout allait bien.Alfred avait appelé le matin, comme toujours.— Bonjour, Mademoiselle Hayes. Avez-vous des déplacements prévus aujourd'hui ?— Non, A
— Pas de problème. C'est une procédure normale, nous gardons une trace des personnes qui s'intéressent à l'établissement. Comme je vous disais dans mon message, nous préparons un petit documentaire sur l'histoire de St. Christopher, et j'ai pensé que vous pourriez être intéressée. Vous aviez posé des questions très pertinentes lors de votre visite.La panique s'évacuait doucement, remplacée par une chaleur dans la poitrine la honte d'avoir paniqué pour rien, mêlée à un soulagement si intense qu'il en était presque vertigineux.Il ne savait pas. Il ne savait pas qui j'étais. C'était juste un appel, un numéro enregistré, une coïncidence.OK, me suis-je dit. OK, ça va. Tout va bien. Il ne sait rien. Je ne suis pas cramée.— Un documentaire, dis-je, pour me donner le temps de rassembler mes idées. C'est une initiative intéressante.— Nous tenons à préserver la mémoire de ce que la fondation a fait pour le quartier. Et plus particulièrement, l'héritage de son fondateur. Vous m'avez dit qu
Le message était encore là.Je l'avais lu vingt fois, peut-être trente. Chaque mot était gravé dans ma mémoire maintenant, mais mes yeux revenaient sans cesse à l'écran, comme si une nouvelle lecture allait magiquement changer le sens des phrases. Mademoiselle Marsh. Documentaire. St. Christopher. Fondation Hayes.Mon café était froid depuis longtemps. L'appartement était silencieux. Dehors, Londres continuait sa vie de samedi après-midi, indifférente à la tempête qui tournait dans ma tête.Je tournais en rond dans le salon depuis une heure. Peut-être deux. Le temps s'était étiré, distordu, cette sensation familière de flotter dans une bulle où tout ralentit quand votre cerveau essaie de traiter trop d'informations à la fois.Comment il a eu mon numéro ?C'était la question qui revenait sans cesse, lancinante, comme un verre qui tourne en boucle. Je n'avais rien laissé. J'avais été si prudente le faux nom, les vêtements anonymes, les changements de métro. Je m'étais préparée comme po
La première pensée qui m'est venue, c'était Cameron. Il fallait que je le dise à Cameron. C'était la chose raisonnable à faire, la chose prudente. Il saurait quoi faire. Il avait des ressources, des hommes, des informations que je n'avais pas. Il pourrait vérifier si Marcus Holt était fiable, si ce message était sincère ou dangereux. Il pourrait me protéger.Mais en pensant à lui, la colère est remontée.Il était parti. Ce matin, après cette nuit, il était parti sans un mot. Il avait laissé un mot sur la table . Ne sors pas. comme si j'étais une enfant à qui on donne des consignes. Il était parti.Et si je lui disais ça, il ferait quoi ? Il s'énerverait. Il m'interdirait d'y aller. Il dirait que c'est trop dangereux, que je ne comprends pas, que je dois rester ici, tranquille, au chaud, comme un bon petit soldat. Il me dirait de ne pas répondre, d'effacer le message, d'oublier que j'ai jamais vu ce numéro.Il me dirait de ne pas chercher mon père.Et je ne pouvais pas faire ça. Pas







