Mag-log inCameron le regarda comme on regarde un enfant qui pose une question trop grande pour lui.— Parce que Richard Hayes n'est pas mort d'un cancer. Il a disparu. Et certains pensent qu'il a emporté avec lui des informations, des dossiers, des preuves qui pourraient tous les détruire . S'ils ne peuvent pas toucher à Hayes, ils s'en prendront à sa fille. Pour le faire sortir. Il se leva, attrapa sa veste sur le dossier de la chaise.— Préparez la voiture. Je vais chez Amanda.— Chef, commença Lewis, il est tard, peut-être que...— Je n'ai pas demandé ton avis, coupa Cameron. La voiture. Maintenant.Lewis s'inclina légèrement et sortit dans le couloir pour donner les instructions.Cameron se tint devant la porte, regardant ses hommes. Il vit sur leurs visages de la peur, du respect, de l'incompréhension. Ils ne savaient pas ce qu'était Amanda pour lui. Ils ne savaient pas qu'il avait passé la nuit dans ses bras, qu'il avait senti sa peau contre la sienne, qu'il avait murmuré son nom comme
La nuit était tombée sur Londres quand Cameron sortit de l'entrepôt de Surrey Quays. Mais il ne rentra pas directement chez Amanda. Pas tout de suite. Il avait besoin de comprendre. Il avait besoin de savoir comment elle avait fait. Et il avait besoin de crier.Il appela Lewis d'un geste sec, sans un mot, et tous deux montèrent dans la berline noire garée en contrebas. Le chauffeur connaissait la destination sans qu'on lui dise : Black Industries, le sous-sol. L'endroit où on réglait les comptes. L'endroit où on parlait franchement, parce que les murs n'avaient pas d'oreilles et que les hommes savaient ce qui les attendait s'ils mentaient.Dans la salle de réunion du sous-sol, la lumière était blanche, crue, sans aucune chaleur. Cameron s'installa au bout de la longue table en verre fumé, ses hommes se tenant debout autour de lui Lewis, Derrick, deux autres lieutenants dont il avait oublié les noms. Ils savaient pourquoi ils étaient là. L'atmosphère était électrique.— Je veux savoir
La rue était vide maintenant.Marcus était resté devant la grille de St. Christopher, immobile, les bras croisés, le regard fixé sur le coin où la jeune femme avait disparu. La lumière de l'après-midi déclinait, allongeant les ombres sur les pavés, et le froid commençait à mordre. Il n'y prêta pas attention. Il était habitué à attendre.— Patron ?La voix de Derrick, son bras droit, surgit derrière lui. Marcus ne se retourna pas tout de suite. Il laissa le silence s'étirer, ce silence qu'il maîtrisait si bien, celui qui faisait parler les gens, qui les mettait mal à l'aise, qui les forçait à combler le vide. Derrick ne parla pas. Il connaissait trop bien Marcus pour tomber dans ce piège.— Tu la connais ? demanda Derrick, désignant du menton la direction où la femme avait disparu.Marcus sourit. Un sourire lent, presque tendre, qui ne touchait pas ses yeux.— Oui. Je la connais. C'est la fille d'un ancien ami. Un ami très lointain.Derrick attendit la suite. Il n'y en eut pas. Marcus
— Disparaître, répéta Marcus, et il y avait quelque chose dans sa voix, une nuance que je n'arrivai pas à identifier. Oui, c'est le mot. Il a disparu. Mais pas sans laisser de traces. Ici, dans cet orphelinat, dans la vie de ces enfants, dans celle de tous ceux qu'il a aidés il est toujours là. D'une certaine façon.Il se leva, contourna son bureau, s'approcha de la fenêtre. La lumière de l'après-midi découpait son profil, creusait les ombres sous ses pommettes, soulignait la fatigue autour de ses yeux.— Venez, dit-il. Je veux vous montrer quelque chose.Je me levai, mes jambes un peu tremblantes. Mon carnet était dans ma main, mes doigts crispés sur le cuir. Il me précéda vers une porte que je n'avais pas remarquée, dans le fond du bureau, qui donnait sur une petite pièce attenante.C'était un espace intime, presque un cabinet de curiosités. Des photos encadrées couvraient les murs, certaines en couleur, d'autres en noir et blanc, des visages d'enfants, des équipes éducatives, des
Le couloir de St. Christopher était plus long que dans mon souvenir.Marcus marchait devant moi d'un pas tranquille, ses épaules larges emplissant l'espace étroit, et je suivais en m'efforçant de maîtriser ma respiration. Mes baskets faisaient à peine de bruit sur le parquet ciré, mais chaque pas me semblait résonner comme un coup de marteau. Derrière les portes fermées, j'entendais des voix d'enfants, des rires, une chanson qu'on apprenait la vie normale de l'orphelinat qui continuait, indifférente à ce qui se jouait pour moi dans ce couloir.Il ne sait rien, me répétais-je comme un mantra. Il ne sait rien. C'est juste une journaliste qui pose des questions. Rien de plus.Mais dans ma tête, la voix de Cameron tournait en boucle, sombre et glaciale : Tu vas te faire tuer.Marcus s'arrêta devant une porte en bois foncé, l'ouvrit, et s'effaça pour me laisser passer.— Asseyez-vous, je vous en prie.Son bureau était une pièce simple, presque austère, mais il y régnait une chaleur que je
L'air froid de l'après-midi m'avait frappée en plein visage. J'avais inspiré profondément, forcé mes jambes à rester calmes, à ne pas courir. La voiture noire était toujours là, un peu plus loin. Le type en veste sombre lisait toujours son téléphone, adossé à un lampadaire.J'avais marché dans la direction opposée à celle que j'empruntais d'habitude, la tête baissée, la casquette enfoncée sur les yeux. J'étais une livreuse qui repartait après une livraison. Rien de spécial. Rien à voir.Au coin de la rue, j'avais tourné sans me retourner. Une fois dans la rue adjacente, j'avais accéléré le pas, enlevé la veste et la casquette, les avais fourrées dans la housse isotherme, et j'avais jeté le tout dans une poubelle publique au bout du pâté de maisons.Mon cœur battait si fort que je l'entendais dans mes oreilles. Mes mains tremblaient. Mais j'avais réussi.Je m'étais arrêtée une seconde, adossée à un mur, le temps de reprendre mon souffle. La rue était calme, quelques passants, une mère







