เข้าสู่ระบบGABRIELAuguste entre dans le salon pendant qu’Anaïs remet sa robe. Il ne s’excuse pas d’arriver sans prévenir. À soixante-quatre ans, mon père conserve la carrure d’un homme qui a passé sa vie à croire que les portes s’ouvrent avant qu’il les touche.Il embrasse Anaïs sur les deux joues, remarque la bague et me regarde comme si j’avais signé une vente à perte.— Félicitations, dit-il. J’aurais préféré l’apprendre de mon fils plutôt que d’un administrateur de l’aéroport.Anaïs lui sert un verre d’eau sans demander s’il souhaite du whisky. Elle connaît Auguste de réputation et par deux dîners anciens. Elle ignore encore l’essentiel : il n’est pas revenu pour notre bonheur.Mon père pose sur la table une enveloppe portant l’en-tête de Beaumont. Elle contient une copie de l’accord signé onze ans plus tôt par Victoire et moi. Les pages sont incomplètes; il manque l’annexe manuscrite.— Tu n’épouseras pas une femme que tu as obtenue dans une négociation, dit-il. Les marchés de ce genre fin
GABRIELAnaïs tient ma main dans une serviette déjà tachée de rouge. Autour de nous, le café sent le verre brisé, le café froid et la poussière. Les policiers repoussent les journalistes vers le trottoir. Salomé parle au serveur; Maxime vérifie la porte. Je ne vois qu’Anaïs.Elle a les joues mouillées et l’air furieux contre ses propres larmes.— Je t’aime, Gabriel. J’ai mis sept ans à comprendre ce que je ressentais et encore plusieurs semaines à accepter le mot. Ne prends pas cet air, tu as très bien entendu.Le vacarme dehors couvre presque sa voix, pourtant chaque muscle de mon corps réagit avant ma tête. Je lui demande de le redire une fois, pour être certain que la perte de sang ne me fait pas halluciner. Elle serre la serviette plus fort. La coupure me lance jusque dans l’avant-bras.— Tu n’as pas le droit de me faire répéter ça devant quinze téléphones. La prochaine fois, tu attendras que nous soyons seuls.Je passe mon bras valide autour de sa taille. Elle se colle à moi sans
ANAÏSJe rejoins Gabriel dans le salon avec l’article ouvert sur mon téléphone.Il raccroche au même moment.— Ce n’est pas mon enfant, dit-il.— La grossesse est vraie ?— Oui. Élodie l’a annoncé hier à la direction parce qu’elle devra réduire ses déplacements.— Et le père ?— Un homme avec qui elle vit depuis deux ans. Il n’appartient pas à Delmas et il refuse les photographes. Je ne l’ai jamais rencontré.Je reste près de la porte. Gabriel voit ma main serrée autour du téléphone.— Anaïs, je n’ai jamais couché avec elle.— Je sais ce que tu m’as dit.— Regarde-moi.Je le fais.— Je n’ai jamais couché avec Élodie, répète-t-il. Ni avant toi, ni pendant nos séparations, ni après la photographie de l’hôtel.Mon souffle revient lentement.— Appelle-la.Gabriel compose son numéro et active le haut-parleur. Élodie répond avec une insulte destinée à un journaliste, puis comprend qui l’appelle.— Anaïs est avec moi, dit Gabriel. Elle veut vous parler.— Bien sûr. Puisque votre excellente i
ANAÏSGabriel perd notre pari à vingt-deux heures quatorze.Delmas remet son offre pour le terminal avec quarante-six minutes de retard sur Beaumont. Le délai officiel n’expire que le lendemain, mais nous avions convenu que le dernier à terminer obéirait à l’autre pendant une soirée.Je l’attends dans le penthouse avec une bouteille de champagne et la preuve horodatée de notre dépôt.— Quarante-six minutes, dis-je lorsqu’il entre.— Étienne a trouvé une erreur dans une annexe.— Les excuses ne figuraient pas dans les règles.Gabriel retire sa veste.— Qu’est-ce que tu veux ?— D’abord, tu commandes une pizza.— J’ai un chef.— Une vraie pizza, dans une boîte en carton. Avec du fromage.Il prend son téléphone.— Ensuite ?Je m’approche et défais sa cravate.— Ensuite, tu m’obéis.Son regard descend sur ma robe.— Tu sais que cette phrase annule presque toute ma déception professionnelle.— Presque ?— J’aime gagner.— Moi aussi.La pizza arrive vingt minutes plus tard. Nous mangeons su
GABRIELAnaïs garde sa main sur ma nuque pendant que je quitte la gare.— Où allons-nous ? demande-t-elle.— Tu m’as demandé un endroit où me montrer correctement que tu me choisis.— Tu as une idée ?— Plusieurs.— La plus proche.Je prends la route d’un ancien entrepôt Delmas à moins de dix minutes. Le bâtiment sert encore de garage pour quelques véhicules de direction, mais personne n’y travaille le samedi.Anaïs glisse la main sur ma cuisse.— Ne provoque pas un accident.— Je ne fais rien.Ses doigts remontent jusqu’à mon entrejambe.— C’est justement le problème.Je saisis son poignet et pose sa main sur le siège.— Attends que la voiture soit arrêtée.— Tu deviens raisonnable.— Seulement au volant.Je passe le portail, descends au niveau inférieur et gare la voiture derrière une rangée vide. Les lumières s’allument automatiquement au plafond.Anaïs détache sa ceinture.— C’est assez privé ?— Oui.— Verrouille.Je le fais.Elle passe à l’arrière sans ouvrir la portière. Sa jup
ANAÏSGabriel gare la voiture devant l’ancienne gare de la Madrague à neuf heures.Le bâtiment est fermé au public depuis des années. Une partie des vitres est condamnée par des panneaux, et les herbes poussent entre les rails. Le terminal doit absorber le terrain si l’un des projets est retenu.Adrien attend près de l’ancien guichet. Il a obtenu l’autorisation d’entrer dans le cadre de l’enquête sur les sociétés du port.Gabriel coupe le moteur.— Je resterai ici.— Je sais.— Si tu veux partir, tu m’appelles.— Je sais aussi.Il me regarde.— Je vais essayer de ne pas répéter une troisième fois quelque chose que tu sais déjà.— Merci.Je l’embrasse rapidement et descends.Adrien a vu le geste. Lorsqu’il m’ouvre la porte latérale, il ne fait aucun commentaire.À l’intérieur, le hall sent la poussière et l’humidité. Les anciens panneaux d’horaires sont encore suspendus au-dessus des quais. Notre train pour Lyon partait autrefois à cinq heures quarante. De là, nous devions rejoindre Pa







