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Chapitre 5 :LE SECOND CHOIX

last update Date de publication: 2026-07-21 18:18:18

ANAÏS

— Je ne sais pas.

Gabriel continue de me regarder dans l'ascenseur vide. Une main retient la porte ouverte, et son visage ne révèle rien à l'employé qui attend dans le hall.

Moi, je connais la tension de sa mâchoire et le silence particulier qui précède ses questions difficiles.

— Ton téléphone a reçu un appel masqué cet après-midi, dit-il. Tu n'as pas répondu.

— Je pensais à une publicité.

— Adrien utilise parfois des lignes masquées.

— Beaucoup de gens le font.

— Tu as gardé son numéro ?

La question me prend au dépourvu.

— Je ne l'ai jamais enregistré.

Gabriel relâche enfin la porte. Il m'accompagne jusqu'à la voiture avec une main posée au bas de mon dos. Le geste ressemble à celui qu'il a eu toute la soirée, mais sa paume est plus ferme, comme s'il s'attendait à me voir changer de direction.

C nous ouvre. Responsable de la sécurité personnelle de Gabriel depuis plusieurs années, il sait rester invisible quand nous nous disputons. Il démarre dès que nous sommes installés, puis relève la vitre qui sépare l'habitacle.

Marseille défile derrière les vitres teintées. Je reconnais les lumières du port, les terrasses encore pleines, la mer au bout des rues. Adrien se trouve quelque part dans cette ville.

Pendant des années, j'ai pensé à lui comme à quelqu'un qui existait ailleurs. La distance me permettait de ranger notre histoire parmi les choses terminées. Son retour change la forme de ce souvenir. Il peut maintenant entrer dans un bar où je viens de boire, appeler ma sœur ou apparaître au coin d'une rue.

Gabriel déboutonne sa veste.

— Tu veux le voir ?

Je tourne la tête vers lui.

— Je viens d'apprendre qu'il est là.

— Tu as eu le temps d'y penser.

— Deux minutes dans un ascenseur.

— Tu as toujours réfléchi vite quand il s'agissait de lui.

Sa voix reste posée, mais la phrase me blesse. Je retire les chaussures que j'ai gardées pendant la soirée et replie mes jambes sur le siège.

— Si tu as déjà décidé ce que je ressens, tu peux poursuivre cette conversation seul.

— J'essaie justement de l'entendre de ta bouche.

— Alors laisse-moi comprendre avant de répondre.

Gabriel se tourne vers la vitre. Je sais qu'il déteste cette demande. Il règle les problèmes avant qu'ils aient le temps de grandir, tandis que j'ai passé une grande partie de ma vie à survivre en les laissant sans nom.

— Il a demandé si tu étais heureuse, reprend-il.

J'avais réussi à éviter cette partie depuis l'ascenseur.

— Qu'est-ce que Victoire lui a dit ?

— Que tu devais répondre toi-même.

— Elle n'aurait pas dû parler avec lui.

— Ta sœur l'a connu bien avant moi. Elle estime probablement avoir le droit de décider avec qui elle parle.

La sécheresse de son ton me fait comprendre qu'ils se sont affrontés. Victoire est ma sœur aînée et dirige désormais le groupe Beaumont; elle aime contrôler les conséquences de chaque crise familiale. Gabriel, lui, contrôle tout ce qui peut m'atteindre. Quand leurs territoires se croisent, aucun ne cède volontiers.

— Et toi ? demandé-je. Qu'est-ce que tu lui aurais répondu ?

Il me regarde.

— Que tu es avec moi.

— Ce n'était pas la question.

— Je sais.

Son aveu ralentit ma colère.

Je pense au penthouse, à mes vêtements dans son dressing, aux fleurs qu'il renouvelle dans mon bureau alors qu'il prétend les trouver inutiles. Je pense à la façon dont il tend la main vers moi pendant son sommeil, à ses messages lorsqu'il voyage, aux semaines où il a fait venir des médecins chez nous après la mort de ma mère parce que je refusais de sortir.

Tout ce qu'il me donne occupe chaque pièce de notre vie. Malgré cette évidence, je cherche encore le mot exact pour qualifier ce que je ressens auprès de lui.

— Je ne suis pas malheureuse, dis-je.

Ses yeux se durcissent.

— C'est la réponse que tu donnerais à Adrien ?

— C'est la seule que j'ai ce soir.

— Après sept ans.

Il prononce ces mots sans colère apparente. Je comprends enfin que mon hésitation lui fait plus mal qu'une dispute.

— Pourquoi son retour change-t-il ce que nous sommes ? demandé-je.

— Parce que notre histoire a commencé au moment où la vôtre s'est effondrée.

— Tu étais là quand j'avais besoin de quelqu'un.

— Voilà précisément ce qui m'inquiète.

La voiture ralentit devant notre immeuble. Gabriel attend que C nous laisse seuls dans le hall privé, puis il prend mes chaussures et me conduit jusqu'à l'ascenseur. Il ne me touche plus.

Au penthouse, j'abandonne mon manteau sur une chaise. Il pose mes escarpins près de l'entrée et se sert un verre d'eau. Ses gestes sont calmes, presque ordinaires. Je préfère ses colères franches à cette distance.

— Parle-moi, dis-je.

Gabriel pose le verre.

— Quand ton père t'a chassée, tu venais de perdre Adrien. Tu ne dormais plus, tu mangeais si je restais devant toi et tu acceptais tout ce qui pouvait t'éviter de réfléchir. Je t'ai offert une maison, des avocats, de l'argent et une protection que personne autour de toi n'était capable de

fournir.

— Tu m'as sauvée.

— Oui. Et depuis, je me demande parfois si tu es restée parce que tu me voulais ou parce que partir aurait signifié perdre encore une maison.

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