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Une présence qui s’installe —Partie5

Author: Stella_angelo
last update Last Updated: 2026-03-16 17:53:55

Un mercredi après-midi, alors que Claire quittait l’école avec une pile de cahiers sous le bras, elle décida de passer par le centre-ville avant de rentrer. Le ciel était couvert et l’air portait cette humidité légère typique des villes portuaires, celle qui annonce souvent une pluie fine sans jamais vraiment la confirmer. Elle entra dans une petite librairie qu’elle aimait beaucoup, un endroit calme où elle venait parfois chercher des livres pour ses élèves. L’intérieur sentait le papier et le bois ancien, une odeur rassurante qui lui rappelait pourquoi elle aimait tant transmettre le goût de la lecture aux enfants. Elle parcourait distraitement les rayons lorsqu’une voix familière résonna derrière elle.

— Madame Delcourt.

Claire se retourna.

Et pendant une seconde, son cœur sembla oublier de battre.

Alexandre Morel se tenait à quelques mètres d’elle.

Il portait un manteau sombre et un livre dans la main, comme s’il venait lui aussi de le prendre sur une étagère. La situation était si inattendue que Claire mit quelques secondes à retrouver ses mots. Pourtant, quelque chose dans l’expression d’Alexandre indiquait qu’il n’était pas surpris de la voir ici. Peut-être connaissait-il déjà cet endroit. Peut-être venait-il souvent dans cette librairie. Ou peut-être n’était-ce qu’une simple coïncidence. Claire ne savait pas laquelle de ces possibilités la troublait le plus.

Ils échangèrent quelques phrases simples, presque banales. Alexandre expliqua qu’il aimait venir dans cette librairie lorsqu’il avait besoin de faire une pause entre deux rendez-vous. Claire répondit qu’elle cherchait souvent des livres pour sa classe. La conversation aurait pu s’arrêter là. Elle aurait pu rester parfaitement ordinaire. Mais il y avait toujours cette chose indéfinissable dans la manière dont Alexandre lui parlait. Une attention particulière, comme si chaque mot comptait davantage que dans une discussion ordinaire.

Ils se mirent à parler de littérature, puis d’éducation, puis de la manière dont certains livres marquent l’enfance pour toujours. Claire se rendit compte qu’elle parlait avec une facilité étonnante, oubliant presque la prudence qu’elle s’était pourtant juré de garder. Alexandre, lui, écoutait comme il l’avait fait chez elle : avec cette concentration tranquille qui donnait l’impression qu’il n’existait rien d’autre autour d’eux.

La librairie était pourtant remplie de clients.

Mais à cet instant précis, Claire eut la sensation étrange que le reste du monde s’était légèrement éloigné.

Après quelques minutes, Alexandre regarda sa montre.

— Je ne voudrais pas vous retenir trop longtemps.

Claire acquiesça doucement.

— Je dois rentrer.

Ils se dirigèrent vers la sortie presque en même temps.

Devant la porte, Alexandre s’arrêta.

Son regard se posa sur elle avec une intensité calme.

— Je suis content de vous avoir croisée aujourd’hui.

La phrase était simple.

Mais elle semblait porter un poids que Claire n’osa pas analyser.

Elle répondit par un sourire discret.

Puis elle quitta la librairie.

En marchant vers sa voiture, Claire sentit son esprit se remplir d’un mélange étrange d’émotions contradictoires. Une part d’elle savait très clairement qu’elle devait garder ses distances. Que cette situation pouvait devenir dangereuse si elle ne restait pas vigilante. Mais une autre part d’elle ressentait quelque chose de plus difficile à contrôler : une curiosité grandissante, une forme d’attirance intellectuelle et émotionnelle qu’elle ne pouvait pas simplement ignorer.

Lorsqu’elle arriva chez elle ce soir-là, la maison était calme.

Lucas était assis dans le salon, plongé dans ses devoirs.

Il leva les yeux lorsque sa mère entra.

Et pendant quelques secondes, il l’observa attentivement.

— Tu as l’air de bonne humeur.

Claire posa son sac sur la table.

— C’est une mauvaise chose ?

Lucas haussa légèrement les épaules.

— Non.

Puis il ajouta, presque distraitement :

— Papa dit que son patron parle souvent de toi.

Claire sentit son cœur se serrer.

— Ah bon ?

— Oui. Il dit que tu es intéressante.

Le silence qui suivit fut bref.

Mais il sembla soudain très lourd.

Lucas retourna à ses devoirs comme si la conversation était terminée.

Claire resta immobile quelques secondes.

Elle comprenait maintenant que quelque chose avait réellement commencé.

Pas une histoire.

Pas encore.

Mais un mouvement.

Un rapprochement silencieux que personne ne contrôlait vraiment.

Et ce mouvement allait forcément mener quelque part.

La seule question était de savoir jusqu’où.

Cette nuit-là, alors que la maison dormait paisiblement, Claire regarda longtemps le plafond de sa chambre.

Elle savait que sa vie était encore intacte.

Mais elle savait aussi que quelque chose venait de changer.

Et que tôt ou tard…

Elle devrait choisir.

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