LOGINCarla, restauratrice perfectionniste et célibataire endurcie, organise un dîner test crucial pour obtenir une étoile au guide gastronomique. Le seul critique disponible à la dernière minute est Mathis, célèbre pour ses papiers mordants… et son excentricité légendaire. Le dîner vire au fiasco burlesque : le sommelier se prend pour un danseur de tango, le soufflé s’effondre dramatiquement et Mathis semble plus intéressé par la coupe de cheveux du commis que par le homard. Furieuse et désespérée, Carla décide de le prendre à part dans l’office pour le… convaincre autrement. S’ensuit une joute verbale électrique, un baiser qui les surprend autant qu’un soufflé qui monte, et des ébats aussi passionnés qu’improbables parmi les sacs de farine et les casseroles, sous l’œil scandalisé d’un portrait de grand-mère. Le lendemain, la critique paraît : « Un restaurant où l’on mange avec les doigts… et le reste. Une expérience sensorielle inoubliable. » Et en PS : « La chef est libre samedi soir ? »
View MoreCarla—Le téléphone sonne à trois heures du matin. Le numéro de mon père. Ma mère est à l'hôpital. Crise cardiaque. Elle est vivante, mais dans un état grave. Je raccroche et je regarde Mathis, qui s'est réveillé, qui a compris avant même que je parle. Il me prend dans ses bras. Le lendemain, je prends le premier train pour le Sud, seule. Mathis reste. Il faut tenir les restaurants, la brigade, les clients. Il me dit qu'il s'occupe de tout. Il me dit de ne penser qu'à elle.Les mois qui suivent sont les plus durs de ma vie. Ma mère est malade, vraiment malade. Je fais des allers-retours entre l'hôpital et la ville, entre son chevet et mes fourneaux. Chaque voyage m'épuise un peu plus. Chaque fois que je la vois, elle est plus fragile, plus pâle, plus absente. Mathis est là au téléphone, chaque soir, chaque matin. Il gère les restaurants, les équipes, les problèmes. Il ne se plaint jamais. Il me dit qu'il m'aime, qu'il attend, qu'il est fier de moi.Elle meurt un jeudi, à l'aube, dans
Carla—Le livre sort en septembre, sous un titre que Mathis a choisi contre l'avis du service marketing. La Braise. Rien d'autre. Juste le nom du restaurant, le nom de ce feu qu'on entretient depuis des années. La couverture est sobre, crème, avec une fourchette et une plume croisées. J'ai pleuré en la voyant pour la première fois. J'ai pleuré en tenant ce livre entre mes mains, ce livre qui contient mes recettes, mes souvenirs, nos vies.La promotion est une tornade. Interviews, plateaux télé, émissions de radio, librairies. On nous veut partout. Le couple de la cheffe et de l'écrivain fascine. On nous interroge sur notre rencontre, sur nos secrets de cuisine, sur notre alchimie. Mathis répond mieux que moi. Il a les mots, il a l'aisance, il a cette capacité à charmer sans se compromettre. Moi, je bafouille, je rougis, je regarde mes pieds. Mais je tiens. On tient.La jalousie ne tarde pas à montrer son visage. Des articles assassins, des rumeurs dans le milieu, d'anciens collègues
MathisLe message arrive un matin, sur mon téléphone personnel. Un numéro que je n'ai pas enregistré, mais que je reconnais immédiatement. C'est le même depuis vingt ans. Mon père. Il veut me voir. Il est de passage dans la région, il a entendu parler de La Braise, du livre, de l'étoile. Il est fier de moi. Ces mots me donnent envie de briser l'écran contre le mur. Fier de moi. L'homme qui a disparu quand j'avais douze ans, qui n'a jamais répondu à mes lettres, qui n'est pas venu à l'enterrement de ma tante, qui n'a jamais lu une ligne de ce que j'écrivais. Il est fier.Je montre le message à Carla. Elle ne dit rien. Elle attend. Elle sait que j'ai passé des années à fuir cette ombre, à construire ma vie contre cette absence. Elle sait aussi que je ne peux pas refuser. Pas cette fois. Pas maintenant que je suis devenu quelqu'un, maintenant que j'ai quelque chose à montrer, maintenant que je veux comprendre. Elle pose sa main sur la mienne et dit simplement qu'elle sera là.La rencontr
CarlaLe téléphone n'arrête pas de sonner. Depuis l'étoile, c'est comme si le monde entier avait soudain découvert l'adresse de La Braise. Des journalistes, des blogueurs, des clients qui n'auraient jamais traversé la rue pour venir chez nous il y a six mois et qui supplient maintenant pour une table. Mon nom circule dans des articles que je ne prends même plus le temps de lire. On parle de moi comme d'une cheffe montante, une étoile filante, une femme qui a réussi dans un monde d'hommes. Tous ces mots me fatiguent. Je n'ai jamais voulu être un symbole. Je voulais juste une cuisine, une brigade, une liberté.Mathis est à mes côtés dans le bureau exigu, les manches retroussées, une pile de courrier entre les mains. Il y a des lettres de félicitations, des demandes de partenariats, des menaces déguisées de groupes qui voudraient nous absorber. Et puis il y a la proposition. Celle qui arrive sur un papier à en-tête luxueux, avec un nom qui pèse dans le milieu. Un grand groupe parisien ve
MATHISJe regagne ma table comme on sort d'un naufrage. Les jambes molles, le souffle encore court, la tête bourdonnante du vacarme intérieur laissé par cette tempête. Le velours de mon costume est fripé, ma chemise sent la farine et son parfum - un mélange de savon à l'herbe et de transpiration sa
CARLAMa chute le précipite. Il enfouit son visage dans mon cou, étouffant son propre grondement de bête contre ma peau. Je sens son corps se raidir, puis être parcouru de tremblements convulsifs. La chaleur qui m’inonde achève de me consumer de l’intérieur.Pendant un long moment, il n’y a plus qu
CARLALe temps s’est détraqué. Il ne coule plus, il pulse au rythme saccadé de mon cœur contre sa poitrine. Chaque battement est un coup de tambour sourd dans la pénombre poussiéreuse de la réserve. Le néon clignotant scande notre folie en stroboscope, gelant des images furtives : ses mains sur ma
CARLACe n’est pas un baiser. C’est une déclaration de guerre, une capitulation, une explosion. C’est tout ce qui a monté en pression depuis qu’il a franchi la porte : la peur, la rage, la frustration, et cette attirance sauvage, immédiate, que je refuse de nommer. Ma bouche est avide, exigente. La












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