Mag-log inChapitre 53
Azrien
Le café est bondé, bruyant, et l'odeur de pain grillé et de café brûlé me donne la nausée. Je suis assis dans un box au fond de la salle, les mains autour d'une tasse que je n'ai pas touchée, le regard rivé sur la porte d'entrée. Sélénya est en face de moi, les épaules raides, les doigts crispés sur son téléphone. Cela fait
Chapitre 75AzrienLa villa se dresse derrière moi, immense et silencieuse, ses façades de pierre blonde baignées par la lumière grise de l'aube. Je me tiens sur le perron, une valise à la main, le regard fixé sur les colonnes, les fenêtres, les jardins parfaitement entretenus. C'est la dernière fois que je vois cet endroit. La dernière fois que je foule ce marbre. La dernière fois que je respire cet air.Sélénya est à côté de moi, sa main dans la mienne. Elle ne dit rien. Elle attend. Elle me laisse regarder une dernière fois. Elle sait que j'ai besoin de ce moment. Elle sait que je dois faire mes adieux.Je regarde la villa. Les souvenirs affluent. Mon enfance. Mon père. Mon grand-père. Les rires. Les larmes. Les mensonges. Tout ce que j'ai aimé. Tout ce que j'ai haï. Tout ce que j'ai perdu. Cette maison n'est plus la m
Chapitre 74SélényaJe sors du théâtre par la porte de service, espérant éviter les journalistes. Mais ils sont là. Une meute compacte, hurlante, avide. Dès qu'ils me voient, ils se ruent vers moi, microphones tendus, caméras braquées. Les flashs crépitent comme une pluie de lames blanches, et je dois lever la main pour protéger mes yeux.— Sélénya ! Sélénya ! Vous avez profité d'Azrien Veyr pour son argent ?— Vous saviez qu'il allait être démis de ses fonctions ?— Allez-vous le quitter maintenant qu'il n'est plus milliardaire ?Les questions fusent, brutales, humiliantes. Je reste figée, le souffle coupé, les mains tremblantes. Je voudrais fuir, courir, me cacher. Mais ils me bloquent le passage, et leurs mots me frappent comme des gifles.— Vous n'êtes qu'une
Chapitre 73AzrienLa salle du conseil est immense, baignée par une lumière froide qui tombe des hautes fenêtres. La table est longue, en acajou massif, et autour d'elle, les visages fermés des membres du conseil de famille. Mon grand-père préside, au bout de la table, sa canne posée contre l'accoudoir. Il ne me regarde pas. Il fixe un point devant lui, les mâchoires serrées.— Azrien, commence-t-il, la voix rauque. Le conseil de famille a pris une décision. Une décision difficile. Mais nécessaire.— Quelle décision ?Il marque un temps. Les autres membres du conseil échangent des regards gênés. Certains baissent les yeux. D'autres soutiennent mon regard, impassibles.— Compte tenu des circonstances, de l'arrivée d'Étienne, des doutes sur son identité, des scandales à répétit
Chapitre 72SélényaLe salon est silencieux, baigné par la lumière grise de l'après-midi. Azrien est assis sur le canapé, la tête entre les mains, les épaules voûtées. Il n'a pas dit un mot depuis qu'il est rentré du bureau de son grand-père. Il n'a pas pleuré. Il n'a pas crié. Il est juste là, brisé, vide.Je m'approche, lentement, et je m'assois à côté de lui. Je ne le touche pas. Pas encore. Je pose juste les documents sur la table basse, ceux que j'ai apportés, ceux que j'ai relus.— Azrien.Il ne réagit pas. Je pose ma main sur son bras, doucement.— Azrien, regarde-moi.Il relève enfin la tête. Ses yeux sont rouges, cernés, éteints.— Quoi ?— J'ai relu les documents. Encore une fois. Tous. Et j'ai trouvé quelque cho
Chapitre 71AzrienLa porte du bureau de mon grand-père est entrouverte. Je la pousse sans frapper. Le vieil homme est assis dans son fauteuil, face à la fenêtre, sa canne posée contre l'accoudoir. Il ne se retourne pas. Il sait que je suis là. Il sait pourquoi je suis venu.— Azrien.Sa voix est rauque, épuisée. Je m'arrête au milieu de la pièce, les poings serrés, les mâchoires contractées. Les documents sont dans ma poche. Les annotations. Les preuves. Son nom. Partout.— Tu savais.Il ne répond pas. Il continue de fixer la fenêtre, les épaules voûtées, les mains croisées sur ses genoux.— Tu savais pour mon père. Tu savais pour les documents. Tu savais tout.— Oui.Un seul mot. Un mot qui me frappe en plein ventre. Je reste figé, le souffle coupé. Il ne
Chapitre 70SélényaLe bureau est silencieux, plongé dans une pénombre grise que troue à peine la lampe de bureau. Azrien est parti s'entretenir avec son chef de sécurité, me laissant seule avec les documents. Les lettres, les rapports, les photographies. Et cette date. Cette incohérence. Cette erreur qui a tout changé.Je les relis encore une fois. Je les connais par cœur maintenant. Chaque ligne, chaque signature, chaque tampon. Mais quelque chose m'échappe. Quelque chose que je n'ai pas vu. Je feuillette les pages, lentement, en quête d'un détail, d'un indice. Et c'est alors que je le vois.Un nom. Un nom qui revient plusieurs fois dans les documents. Le nom du grand-père d'Azrien. Henri Veyr. Il apparaît dans les marges, dans les notes manuscrites, dans les signatures. À chaque fois, le même nom. À chaque fois, la même &eacut







