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Chapitre 10 : Titres

Author: Rarejewel
last update publish date: 2026-07-30 18:09:13

La vente aux enchères avait été l'idée de Sera, ce qui signifiait qu'elle se déroulait exactement comme elle le voulait.

Elle avait présidé le comité d'organisation pendant six semaines, discrètement, par e-mails et une seule réunion en personne où elle s'était assise au bout de la table et avait laissé le directeur du comité croire qu'il menait les choses jusque dans les vingt dernières minutes. Puis elle avait restructuré tout le budget en quatre décisions, et avait souri quand il avait dit que c'était une bonne idée.

La salle de bal du Harwick accueillait trois cents invités. Dix-huit lots aux enchères. Un programme du dîner minuté à la minute près, parce qu'un programme qui déborde rend les gens agités, et des gens agités enchérissent moins.

Elle était là depuis deux heures avant que la salle ne se remplisse.

Elle s'y déplaçait comme elle se déplaçait dans toute pièce pour laquelle elle s'était préparée, c'est-à-dire sans effort apparent, parce que l'effort avait déjà eu lieu avant. Elle savait quels donateurs avaient besoin de se sentir personnellement reconnus avant d'ouvrir leur chéquier. Elle savait quelle table avait le convive difficile, et qui, à cette table, savait le mieux le gérer. Elle savait que la journaliste du journal local allait essayer de la coincer près du bar, c'est pourquoi elle se positionna plutôt près de l'exposition des lots.

« Mademoiselle Montague. » Une femme en bleu marine, la soixantaine, donatrice importante, deuxième passage devant l'exposition en vingt minutes. Sera avait repéré son intérêt dès la première fois.

« La pièce de Bellini est extraordinaire », dit Sera. « La fondation l'a acquise en pensant à votre collection, en fait. J'ai pensé à vous quand on a confirmé le lot. »

La femme la regarda avec ce plaisir particulier de quelqu'un qui réalise qu'on l'a remarqué. « Vous connaissez ma collection ? »

« Je me fais un point d'honneur de connaître les gens de cette salle. » Sera sourit. « Passez une bonne soirée. »

Elle poursuivit son chemin avant que ça ne devienne une conversation. C'était comme ça que fonctionnaient ces salles. On donnait aux gens exactement ce dont ils avaient besoin, et on continuait à avancer, parce qu'à l'instant où on s'arrêtait, la salle s'arrêtait avec vous.

La journaliste la trouva quand même, près du podium pendant l'entracte. Jeune, préparée, avec cette énergie particulière de quelqu'un qui a une question toute prête et qui en est fier.

« Mademoiselle Montague, vous êtes restée très discrète jusqu'à récemment. Pourriez-vous nous parler de ces années tranquilles ? »

Sera la regarda avec amabilité. « J'apprenais », dit-elle. « Je trouve que c'est mieux de le faire discrètement. » Elle inclina légèrement la tête. « Il y a une histoire bien plus intéressante ce soir, cela dit. Quatre cent mille dollars de promesses de dons avant même que la salle ne s'assoie pour dîner. Voilà ce que j'écrirais, à votre place. »

Elle nota. Sera s'éloigna.

À vingt heures trente, les enchères en direct étaient ouvertes, et Sera dirigeait le podium comme elle dirigeait tout, avec calme et un contrôle total, lisant la salle pour repérer l'hésitation, sachant quand ralentir et quand pousser. La pièce de Bellini partit au double de sa mise à prix. Elle ne réagit pas, parce que réagir aurait brisé le moment, mais elle sentit quelque chose s'installer, chaud dans sa poitrine, comme toujours quand les choses se déroulaient exactement comme prévu.

Pendant l'entracte, elle se tint près de la fenêtre avec un verre d'eau, tandis que Dante se positionnait à quelques mètres, faisant ce qu'il faisait toujours, surveiller la salle sans avoir l'air de la surveiller. Elle sortit son téléphone de sa pochette et fit défiler ses notifications.

Sept d'entre elles. Un message de son père. Deux du directeur du comité, enthousiaste et voulant qu'elle le sache. Deux alertes d'actualité. Une d'un numéro qu'elle n'avait pas enregistré.

Elle ouvrit celle-là.

Trois mots.

*Tu as l'air en forme.*

Pas de nom. Elle n'en avait pas besoin.

Elle regarda le message le temps qu'il lui fallut pour se décider. Puis elle bloqua le numéro, laissa retomber le téléphone dans sa pochette, reprit sa coupe de champagne sur la table d'appoint, et retourna dans la salle.

La seconde partie de la vente se déroula plus fluidement que la première. C'était toujours comme ça. La salle s'était détendue entre-temps, le vin et l'élan faisant leur œuvre, et au moment où le dernier lot se clôtura, la salle de bal était chaude et bruyante d'exactement la bonne façon, le genre d'énergie qui garantissait qu'on parlerait de cette soirée le lendemain.

Sera descendit du podium sous des applaudissements qu'elle accueillit d'un bref hochement de tête, redirigeant aussitôt l'attention vers le comité. Elle serra des mains, dit ce qu'il fallait dire, continua d'avancer. Elle traversait vers l'autre bout de la salle quand Dante se cala à son épaule.

Il se pencha légèrement. « Il est là. »

Sera ne se retourna pas. Elle prit une gorgée de champagne, les yeux toujours fixés sur la salle devant elle. « Je sais », dit-elle. « Il est là depuis douze minutes. »

Un bref silence. « Il n'est pas venu. »

« Il ne viendra pas. » Sa voix garda le même ton qu'elle utilisait pour tout dans cette salle, égal et posé. « Pas encore. Il est encore en train de décider s'il regrette. »

Dante resta silencieux un instant. Quand il posa la question, il la posa comme il posait les choses qu'il voulait vraiment savoir. « Et quand il aura décidé ? »

Sera regarda à travers la salle de bal. Le mur d'exposition. La pièce de Bellini avec son autocollant rouge « vendu ». Trois cents personnes venues ce soir grâce à un travail qu'elle avait accompli et à un nom qu'elle avait cessé de cacher.

Elle leva légèrement son verre.

« Il découvrira que j'ai déjà tourné la page. »

Elle le dit avec netteté, comme elle disait les choses qu'elle avait besoin de rendre vraies, et avança dans la salle sans se retourner.

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