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last update publish date: 2026-09-05 10:45:13

« Ma sœur était si jeune. Elle ne méritait pas de quitter ce monde à cause de toi ; elle avait tant de choses à vivre et de moments à écrire. Malheureusement, elle est tombée amoureuse du mauvais homme au mauvais âge et n'a pas réfléchi aux conséquences de ses actes. Je n'appellerais pas cela de l'amour, c'était une passade stupide qui l'a menée à la mort. » Elle s'interrompit pour essuyer ses larmes. Hope renifla et la fixa intensément. « Elle n'avait que quinze ans quand elle est tombée enceinte de toi, et ma mère disait qu'on pouvait agir, qu'en allant chez le médecin, on pourrait peut-être interrompre la grossesse. Cependant, avorter à cette époque était illégal, sans compter le risque vital que courait une mineure durant l'intervention. Quoi qu'il en soit, il était déjà trop tard, la grossesse était trop avancée, presque trois mois. »

Elle voulait simplement qu'elle finisse par se taire.

« Non... »

« Nous étions tous anéantis par l'épreuve que traversait ma sœur. Elle ne méritait pas de se retrouver dans une position aussi périlleuse, même si elle s'était attiré ce sort par manque de précaution. Elle n'avait pas mesuré les risques en affichant son soi-disant amour, et se retrouvait condamnée à élever un enfant bien trop tôt. Pourtant, la vie lui réservait un autre destin, cruel et fulgurant. Les premiers mois, tout semblait normal. Son ventre s'arrondissait harmonieusement et nous assistions aux visites médicales pour garantir le bon déroulement de la grossesse. Elle suivait les contrôles et prenait les médicaments recommandés. Elle faisait même du sport pour rester en bonne santé. Ma mère veillait au grain, s'assurant qu'elle appliquait la moindre consigne. Elle n'a commis aucun faux pas, restant constamment à ses côtés pour lui transmettre tout son savoir. Quand le jour de l'accouchement est arrivé, nous étions tous très anxieux. Vu son jeune âge, il a été décidé qu'une césarienne serait préférable. Nous étions tous d'accord, confiants quant à l'issue de l'opération. Mais hélas, rien ne s'est passé comme prévu ni comme l'avaient pronostiqué les médecins. C'était un mardi soir, nous dormions. Soudain, ses cris nous ont réveillés. Le bébé avait décidé de naître en avance, elle était pratiquement en plein travail, ses eaux avaient rompu et elle se tordait de douleur dans son lit, transpercée par des contractions intenses. »

« Oh mon Dieu », murmura la jeune fille. Elle ne voulait pas continuer à écouter cette tragique histoire, et pourtant, elle se sentait irrésistiblement poussée à entendre le terme de ce sombre récit narré par sa tante.

« La désespoir de notre mère, le choc de nous tous face à sa détresse... Elle avait toujours été la plus couvée par maman, la petite gâtée, celle qui tombait le plus souvent malade, ce qui rendait la situation encore plus insoutenable. »

La femme cessa de faire les cent pas et s'assit sur le canapé vide. Joignant ses mains sur ses genoux, elle fixa sa nièce de ses yeux profonds. Cette dernière, déjà meurtrie par le passé, encaissait cette douleur avec une intensité décuplée, comme si le drame venait de se produire. Son cœur se serrait et un nœud nouait sa gorge, entravant sa salive. Jamais elle n'avait éprouvé pareille souffrance, s'imaginant par la pensée ce qu'avait subi sa véritable mère. La culpabilité continuait d'enfler de manière incontrôlable.

« Qui est mon père ? », demanda-t-elle entre ses larmes, réalisant que l'homme qu'elle appelait « papa » depuis toujours n'était qu'une illusion.

« Je n'ai pas fini », rétorqua durement la femme, poursuivant son récit sans laisser d'alternative à la jeune fille. « Ma petite sœur a fait tout son possible cette nuit-là, elle s'est battue de toutes ses forces jusqu'à l'épuisement. Mais elle est morte, peut-être une minute après ta naissance. Elle t'a regardée, t'a serrée dans ses bras avec son dernier souffle, puis elle s'en est allée. Bon sang ! Elle a quitté ce monde à cause de toi ! »

« Je suis désolée pour ce qui est arrivé, mais je trouve injuste de m'accuser d'un événement que je n'ai ni voulu ni su anticiper. Je ne suis pas responsable, je suis innocente. Tu ne peux pas me rejeter pour une situation dont je subis l'implication sans en être l'initiatrice », lui rétorqua-t-elle droit dans les yeux, le cœur meurtrie. Elle n'y était pour rien. Quoique pût en dire sa tante pour évacuer sa haine, elle savait son innocence intacte.

« Pour moi, tu es et seras toujours la seule coupable de la mort de ma sœur, et c'est toi qui aurais dû mourir à sa place. Tu comprends enfin pourquoi je ne peux pas t'aimer ? Malgré tout, je t'ai tout donné : l'éducation et une vie descente, tu ne peux pas te plaindre. Mais je n'en peux plus, je refuse de croiser ton regard car il me renvoie à elle. Tu lui ressembles tellement, c'est intolérable. Tu dois partir d'ici. Je suis désolée. »

« Leonardo n'est donc pas mon père ? Dis-le-moi. Et ce que tu fais est injuste. Je n'y suis pour rien si je te rappelle maman. En clair, tu me chasses parce que je ravive une douleur qui ne devrait pas exister envers moi, puisque je suis ta famille, ta nièce, et que rien n'y changera », lança-t-elle d'une voix brisée avant de se redresser, aussitôt imitée par l'autre.

« Tu crois vraiment le contraire ? Leonardo n'est pas ton père non plus. Le misérable qui a mis ma sœur enceinte s'est évanoui dans la nature. Il l'a simplement utilisée, brisant ses ailes avant de l'entraîner vers la tombe. Un lâche, un salaud qui n'a pas eu le courage d'assumer son acte ni de soutenir ma sœur durant sa grossesse. Mais cela ne nous étonne guère. Qu'attendre d'autre d'un tel homme ? Rien de bon, évidemment. »

En entendant sa tante confirmer que Leonardo n'était pas son père, elle ne fut ni surprise ni terrassée au point de s'effondrer, s'attendant déjà à recevoir le coup de grâce. Pourtant, quelque chose en elle se fractura, laissant des éclats de verre lacérer sa chair et attiser des brûlures incurables, car nul onguent ne pouvait cicatriser de telles ouvertures.

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