LOGINJe suis la femme du chef du village à travers les sentiers étroits qui s’éloignent progressivement des habitations. Plus nous avançons, plus les bruits du village disparaissent derrière nous pour laisser place à autre chose. Le vent dans les feuillages. L’eau au loin. Les cris lointains des oiseaux cachés dans la végétation.Après presque une demi-heure de marche, le paysage s’ouvre soudainement devant moi et je m’arrête net.Une immense chute d’eau descend le long des rochers noirs dans un grondement puissant avant de se jeter dans un bassin parfaitement clair entouré de végétation tropicale. La lumière du soleil traverse les gouttes suspendues dans l’air et donne à l’endroit quelque chose d’irréel.Je reste quelques secondes sans parler.— Mon Dieu…La femme du chef sourit doucement en voyant ma réaction.— C’est magnifique, n’est-ce pas ?Je tourne lentement sur moi-même, incapable de détourner les yeux du paysage.— On dirait un endroit caché du reste du monde.Elle acquiesce lent
La première chose que je sens en ouvrant les yeux, c’est la chaleur, pas celle de la hutte mais une chaleur différente, agréable.Il me faut quelques secondes pour comprendre pourquoi mon corps est aussi confortablement installé alors que, quelques heures plus tôt, cette natte me semblait être l’invention la plus cruelle de l’humanité.Puis je réalise.Je suis blottie contre Ethan.Sa respiration est lente, profonde, régulière contre mes cheveux, et l’un de ses bras repose autour de ma taille comme si mon corps avait naturellement trouvé sa place contre le sien pendant la nuit. Je me fige immédiatement.Mon premier réflexe devrait être de m’éloigner, de retrouver un minimum de dignité avant qu’il ne se réveille. Mais je ne bouge pas parce que malgré moi… je me sens bien.Son corps dégage une chaleur rassurante qui contraste violemment avec tout ce que je suis censée ressentir envers lui. Même endormi, Ethan semble solide, calme, comme si rien au monde ne pouvait réellement l’atteindre
Avant que tout se casse entre nous, Mila était simplement… Mila.Elle arrivait toujours trop vite dans mes journées, sans prévenir, comme si elle avait décidé que ma présence faisait partie de son emploi du temps et qu’il n’y avait rien à négocier là-dessus. Je la retrouvais après les entraînements, assise en haut des gradins, les jambes croisées, en train de lire ou de griffonner dans un carnet qu’elle refermait dès que je m’approchais.— T’as encore perdu des points en défense aujourd’hui, lançait-elle sans même lever les yeux.Je levais les yeux au ciel, mais je souriais déjà.— Tu comptes aussi les réussites ou juste ce qui t’arrange ?Elle relevait enfin la tête, avec ce regard trop vif pour son âge.— Les réussites, tout le monde les voit. Les erreurs, c’est plus intéressant.C’était toujours comme ça avec elle. Direct. Sans filtre. Et étrangement, ça ne me dérangeait pas.On marchait souvent ensemble ensuite, sans vraiment décider où aller. Elle parlait de tout, des cours, des
Chapitre 1 — EthanLa première fois que j’ai mis les pieds en République de Karsana, je pensais savoir à quoi m’attendre.Je m’étais trompé.Pas sur la pauvreté, ni sur les routes inexistantes, ni même sur le chaos discret qui remplace ici ce que d’autres appellent l’ordre. Ce que j’avais sous-estimé, c’était le silence entre deux explosions, la manière dont les gens continuent à vivre malgré tout, comme si la survie était une habitude plus qu’un combat.Depuis, je suis revenu deux fois.Non pas parce que j’y suis attaché.Mais parce que certains endroits ne te quittent jamais vraiment, peu importe combien tu fais semblant de les laisser derrière toi.Cette mission devait être différente.Plus courte. Plus simple. Une rotation de terrain classique : sécurisation de zones, assistance logistique, protection des équipes médicales locales. Rien que je n’aie déjà fait.Rien que je ne contrôle pas.C’est ce que je me répète en regardant les dossiers sur la table, dans un bureau provisoire d
Il était midi passé lorsque nous coupons enfin le moteur, à une cinquantaine de kilomètres du camp que nous avons fui, laissant derrière nous la poussière, les tirs et cette impression persistante d’avoir quitté un endroit où tout pouvait encore basculer.La radio grésille.Ethan l’attrape immédiatement, son regard durci par une concentration que je ne lui ai encore jamais vue.— Samuel, ici Ethan. On a quitté la zone.Quelques secondes de silence, puis une voix saturée par les interférences répond.— Ethan, situation ?Ethan jette un coup d’œil rapide autour de nous, comme s’il vérifiait encore une fois ce qu’il a déjà compris.— C’était une embuscade. Trop organisé pour être spontané.Je me tourne vers lui, attentive.— Tu es sûr ?Il ne me regarde pas, mais sa réponse est immédiate.— Oui.La radio grésille à nouveau.— Précise.Ethan inspire lentement, comme pour structurer ce qu’il va dire.— Pas de mouvement désordonné, pas de fuite. Le camp était déjà sous contrôle quand on est
Le réveil sonne bien avant le lever du soleil, et pendant quelques secondes, je reste immobile, les yeux ouverts dans l’obscurité, désorientée, comme si mon corps refusait encore de s’adapter à cet endroit. La chaleur, déjà présente malgré l’heure, l’odeur de poussière qui semble s’être incrustée partout, et les bruits lointains du camp qui s’éveille peu à peu finissent par me ramener à la réalité : Karsana, la mission, et surtout lui.Je me redresse lentement, chassant les restes d’une nuit trop courte. Je prends une douche puis je m’habille sans perdre de temps, nouant mes cheveux avec des gestes mécaniques avant de récupérer mon sac médical. Lorsque je sors, l’air est encore respirable, mais je sais que cela ne durera pas, et que dans quelques heures, la chaleur deviendra à nouveau écrasante.Le camp est en mouvement discret, comme s’il retenait encore son souffle avant l’agitation de la journée. Ethan est déjà là, appuyé contre le véhicule, les bras croisés, le regard fixé sur l’h
— Je veux les voir dans mon bureau. Tout de suite.Le ton de Dante claqua à travers le téléphone comme un ordre militaire. Son assistante n’osa pas demander pourquoi.Quelques minutes plus tard, le Directeur financier et la DRH entrèrent, déjà pâles. Dante était debout, le regard froid, les mains d
Je fixai longtemps la lettre ouverte sur la table, sans parvenir à en détacher mes yeux.Dante aurait-il rompu sa promesse ? M’aurait-il retrouvé ? J’aimerai tellement qu’il rompe la promesse et me rejoigne.Depuis six ans, j’avais tout fait pour l’oublier.Six ans à reconstruire ma vie, à me conva
Dante n’avait pas attendu que sa mère raccroche.À peine la communication terminée, il se jeta sur son ordinateur et tapa frénétiquement sur le clavier :« Lyvia Hale auteure Les cendres de l’amour ».Rien.Aucune photo, aucune biographie, pas même une trace sur les réseaux sociaux.— C’est pas pos
L’appartement que la maison d’édition avait réservé pour nous donnait sur la Seine. Une vue splendide, des murs immaculés, un mobilier design… le rêve de beaucoup. Mais pas le nôtre.Léna et Mila restaient plantées au milieu du vaste salon, le nez froncé.— C’est trop blanc ici, murmura Mila. On di







