MasukPendant trente-six heures, Whitemore Hall ne dort pas.Les fleuristes sont remplacés par une équipe choisie parmi le personnel permanent. Chaque chaise passe sous un détecteur. Les cuisines reçoivent leurs provisions par un seul accès contrôlé. John installe des brouilleurs autour du jardin et deux unités d’intervention occupent les dépendances.Au milieu de ce dispositif, Léna choisit des pivoines.Elle refuse que la peur décide de la couleur de son bouquet.Jonathan la suit partout avec une expression émerveillée. Il porte des caisses, déplace des tables et oublie trois fois les alliances dans la même heure. Mon frère ne possède aucun talent pour la dissimulation. Son bonheur est visible depuis chaque fenêtre de la maison.Mila, elle, maîtrise trop bien l’art contraire.Elle travaille près de Léna, contrôle le plan d’évacuation médicale et ne reste jamais seule avec moi. Chaque fois que je m’approche, elle trouve une robe à vérifier, un appel à passer ou une grand-mère à accompagner
Je ne dors pas.Chaque fois que je ferme les yeux, je retrouve la bouche d’Ethan, ses mains autour de ma taille et cette seconde où ma colère a cessé de me protéger de quoi que ce soit.C’était une erreur.Je me répète la phrase jusqu’au lever du jour.Elle ne devient pas plus vraie.À sept heures, Léna entre dans ma chambre sans frapper. Elle porte une chemise de Jonathan et tient deux tasses de thé. Son regard descend immédiatement vers mes lèvres.— Ne dis rien, demandé-je.— Je n’ai encore rien dit.— Ton visage parle.— Apparemment, c’est un problème de famille.Elle pose une tasse devant moi et s’assied au bord du lit.— Est-ce qu’il t’a embrassée ?Je fixe le thé.— Non.— Alors pourquoi—— C’est moi qui l’ai embrassé.La bouche de Léna s’ouvre, puis se referme.— Je n’avais pas prévu cette réponse.— Moi non plus.— Et lui ?— Il ne m’a pas repoussée.— J’avais déduit cette partie en voyant l’état de sa chemise.Je cache mon visage dans mes mains.— Je ne sais pas ce qui m’a p
Il faut onze minutes pour vider la salle sans provoquer de panique.Onze minutes pendant lesquelles je vois une menace dans chaque serveur, chaque musicien et chaque invité qui cherche son manteau. John verrouille les couloirs techniques. La police contrôle les sorties. Les agents fouillent les loges et le parking souterrain.La personne qui a déposé la partition a déjà disparu.Dans un bureau du musée, Mila se tient devant la photographie de la cascade. Amelia est assise près d’elle, sa main blessée surélevée. Jonathan et Noah attendent de l’autre côté de la pièce pendant que John fait défiler les images de surveillance.— Là, dit Mila.L’écran montre la jeune femme qui a remis la chemise à Amelia. Son uniforme est celui de l’orchestre, mais aucun des musiciens ne la reconnaît. Elle a évité toutes les caméras jusqu’à la galerie, puis quitté le bâtiment par un passage réservé au personnel trois minutes avant le verrouillage.— Elle savait exactement où aller, dis-je.— Et à qui donner
Trois jours après l’attaque de Kilbride, mon père convoque une nouvelle cellule de crise.Des plans de Whitemore Hall couvrent la table. John a réuni les images de surveillance, les horaires du personnel et la liste des prestataires du mariage. Aaron et Aiden veulent doubler les gardes. Ma mère veut annuler toutes les réceptions. Jonathan refuse de déplacer Léna dans une propriété inconnue et Léna refuse qu’on utilise sa grossesse comme une raison de lui cacher des informations.Au milieu de la pièce, Ethan paraît être le seul à ne jamais élever la voix.Cela n’empêche personne de l’écouter.— L’homme arrêté à Kilbride travaillait pour Meridian Shield, explique-t-il. Une société de sécurité privée dissoute il y a deux ans après plusieurs opérations illégales en Afrique centrale. Certains de ses anciens agents protégeaient les convois d’armes que nous avons interceptés à Karsana.Mon père se tourne vers moi.— Tu ne m’avais pas dit que la mission médicale avait été attaquée.— Je t’ai
Amelia répond à la première sonnerie.— Enfin.Sa voix est calme, mais je reconnais la peur qu’elle retient.— Je suis désolé. La route de Kilbride est coupée et la couverture du réseau disparaît par intermittence.— Jonathan m’a raconté pour la chapelle. Est-ce que tu es blessé ?— Non.— Et Mila ?Le silence de la chambre s’étend derrière la porte fermée.— Une coupure au genou. Rien de grave.— Elle est avec toi dans la maison de chasse ?— Oui.— Aoife dit que ma main évolue bien, répond-elle. Nous avons retiré la première attelle et moulé la nouvelle. Christiana est restée avec moi.— Je t’avais promis d’être là.— T’inquiètes.— Jonathan m’a appelé, poursuit-elle. Un hélicoptère pourra décoller dès que le vent descendra sous la limite. Jonathan et moi viendrons vous chercher.— Tu dois te reposer.— Et toi, tu dois apprendre que tu n’es pas le seul à pouvoir organiser un sauvetage.Une pointe d’humour adoucit sa phrase.— Merci, Amelia.— Je te fais confiance, Ethan.Elle attend
À six heures cinquante-huit, Ethan gare un 4x4 noir devant la maison.Je l’attends déjà sur les marches avec le dossier de Kilbride et suffisamment de mauvaise humeur pour tenir jusqu’à la côte.Il descend, contourne le véhicule et ouvre ma portière.— Tu es en avance, dit-il.— Je voulais m’assurer d’assister au miracle de ta ponctualité.— Monte.— Bonjour à toi aussi.Il ne sourit pas.Je remarque alors le second véhicule arrêté plus loin dans l’allée et John Smith derrière le volant. Deux autres hommes sont assis avec lui.— Pourquoi John nous suit-il ?Ethan ne referme pas ma portière. Il sort son téléphone et me montre une photographie.Une voiture grise. Ma silhouette. Un objectif tourné vers moi.— Ce véhicule a été repéré deux fois près de l’hôpital et hier devant la propriété, dit-il. John pense qu’on te surveille.La peur se lève, immédiate et glacée. Je la contiens derrière une question.— Depuis quand le sais-tu ?— Hier après-midi.— Et tu me le dis maintenant ?— J’ai p







