FAZER LOGINLes bureaux de Belmont Pharma occupaient un immeuble en pierre grise dans le centre de Grandval, sobre et discret, le genre d'endroit qui ne cherchait pas à impressionner et qui impressionnait précisément pour cette raison. Clara le nota en entrant, ce même principe qu'elle avait observé chez Alexandre, chez sa maison de Bellevue, chez certaines personnes qui n'avaient pas besoin de
Clara appela Jade à vingt et une heures.Jade décrocha à la première sonnerie, ce qui signifiait qu'elle attendait l'appel ou qu'elle avait le téléphone en main, les deux étant également probables avec Jade."Parle", dit-elle sans préambule.Clara s'était installée sur le canapé, les jambes repliées sous elle, le bracelet dans la paume, et elle raconta. Dans l'ordre, pas dans l'ordre, par fragments qui arrivaient selon leur poids plutôt que selon leur chronologie. Le pari dans la cuisine, les voix qu'elle avait entendues en s'approchant par derrière, troi
Clara tournait dans sa rue quand elle le vit.La berline sombre d'Alexandre, garée contre le trottoir devant son immeuble, sobre et immobile dans la lumière du soir. Elle s'arrêta net, les mains dans les poches de son manteau, et fixa le véhicule une seconde. Son cœur fit quelque chose d'irrégulier qu'elle choisit d'ignorer.La portière s'ouvrit.Alexandre sortit, veste absente, cravate desserrée, cette chemise blanche légèrement froissée en fin de journée qui lui allait mieux que l'impeccable du bureau parce que l'impeccable du bureau était une armure et que ce soir il
La machine à café du deuxième étage avait cette réputation que Hugo lui avait faite dès le premier jour, abominable mais politiquement chargée, et Clara s'y rendait quand même parfois par désœuvrement ou par curiosité ou simplement parce que la cafétéria du troisième était trop loin quand on avait une réunion dans vingt minutes.Ce mardi matin elle y alla parce qu'elle avait besoin de bouger, de s'extirper de son bureau et de ses pensées qui tournaient en rond depuis la visite d'Inès la veille, de faire quelque chose d'aussi simple et d'aussi physique que marcher jusqu'à une machine et appuyer sur un bouton.Ell
Clara ne fit rien de visible ce vendredi-là.Elle travailla, répondit à ses emails, finalisa les observations d'Aumont avec cette précision qui ne lui faisait jamais défaut, déjeuna seule à son bureau avec un sandwich qu'elle mangea sans vraiment goûter, et traversa l'après-midi avec l'apparence parfaite de quelqu'un dont la journée était ordinaire.En dessous, tout autre chose.Les deux questions dans son carnet noir tournaient en sourdine depuis la visite d'Inès, avec cette obstination tranquille des questions qui avaient décidé de ne pas attendre. Elle ne les
Le vendredi matin arriva avec ce ciel blanc et sans relief des fins de semaine qui n'avaient pas encore décidé de leur humeur.Clara était à son bureau depuis sept heures quarante, café dans la main, dossier ouvert devant elle, le masque en place avec cette solidité retrouvée de quelqu'un qui avait eu une nuit entière pour le recoller. Elle avait dormi peu mais suffisamment, ces quelques heures de sommeil compact qui ne reposaient pas vraiment mais qui permettaient de fonctionner, et elle était arrivée dans cet immeuble ce matin avec la détermination tranquille de quelqu'un qui avait décidé de la façon dont cette journée allait se passer.Professionnelle. Précise. Maîtresse d'elle-même.
Alexandre était debout devant les baies vitrées quand Inès entra.Il ne s'était pas rassis depuis avoir raccroché le téléphone. Il regardait Claireville, les mains dans le dos, dans cette posture qui était la sienne quand il avait quelque chose à régler et qu'il voulait que ce soit réglé proprement, sans bavure, sans émotion parasite.Il se retourna quand il entendit la porte.Inès se tenait dans l'encadrement, ses documents serrés contre elle, le visage parfaitement neutre avec ce travail de reconstruction rapide qu'elle avait appris à faire depu







