Beranda / Romance / Le contrat du PDG / CHAPITRE 5 — LES EMPLOYÉS

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CHAPITRE 5 — LES EMPLOYÉS

Penulis: Dledition
last update Tanggal publikasi: 2026-09-07 17:31:03

Je ferme les yeux, submergée par l'émotion. Tout se bouscule dans ma tête : la proposition d'Alexandre, la menace de la faillite, la perspective de la prison. Et au milieu de ce chaos, une seule certitude : je ne peux pas abandonner mon père. Même s'il a commis des erreurs, même s'il m'a mise dans cette position impossible, il reste mon père. Et je l'aime.

— Je vais accepter, dis-je enfin d'une voix ferme.

Mon père relève la tête, les yeux brillants de larmes.

— Charlotte... tu ne sais pas ce que tu dis. Tu n'es pas obligée de...

— Je sais très bien ce que je dis, papa. J'accepte d'épouser Alexandre Lavoie. Je sauverai l'entreprise, les employés, et toi. C'est ma décision.

Un long silence s'installe entre nous. Mon père me regarde comme s'il me voyait pour la première fois. Puis, il se lève lentement, contourne la table et vient me prendre dans ses bras. Je me laisse faire, le cœur en miettes.

— Pardonne-moi, ma petite fille, murmure-t-il. Pardonne-moi.

Je ne réponds rien. Je ne peux pas. Il y a trop de choses à dire, et aucune qui puisse réparer ce qui vient d'être brisé.

Charlotte

Le lendemain matin, je me rends à l'usine familiale. C'est une vieille bâtisse de briques rouges, située dans le quartier industriel de Montréal, qui a vu passer trois générations de Bouchard. Mon arrière-grand-père l'avait fondée dans les années 1920, et depuis, chaque génération s'était efforcée de perpétuer ce qui faisait la fierté de la famille : le travail bien fait, le respect des employés, l'amour du métier. Aujourd'hui, cette fierté est en train de s'écrouler.

En pénétrant dans le hall d'accueil, je suis frappée par l'atmosphère qui règne. D'habitude, l'usine est bruyante, animée, remplie du bruit des machines et des éclats de voix des ouvriers. Aujourd'hui, tout est silencieux, comme si la vie s'était retirée des lieux. Les machines sont à l'arrêt, les couloirs déserts. Un frisson me parcourt l'échine.

Je me dirige vers le bureau de mon père, mais en chemin, je croise Mme Tremblay, une employée de longue date. Elle a soixante-deux ans, dont quarante passés au service de l'entreprise. Ses mains, usées par le travail, tremblent légèrement lorsqu'elle me prend le bras.

— Mademoiselle Charlotte, dit-elle d'une voix chevrotante. C'est vrai, ce qu'on dit ? L'entreprise va fermer ?

Je la regarde, le cœur serré. Mme Tremblay a perdu son mari il y a trois ans, et l'usine est tout ce qui lui reste. Elle m'a raconté un jour qu'elle venait travailler même lorsqu'elle était malade, parce que rester seule chez elle lui était insupportable. Sa vie est ici, entre ces murs.

— Ne vous inquiétez pas, madame Tremblay, dis-je avec une assurance feinte. Nous allons trouver une solution.

— Mais comment ? insiste-t-elle, les larmes aux yeux. Mon loyer, mes factures... je ne peux pas perdre ce travail, mademoiselle Charlotte. Je ne survivrai pas à un licenciement.

Ses paroles me brisent le cœur. Je pose ma main sur la sienne, cherchant à la rassurer sans lui mentir.

— Je vous promets que nous ferons tout notre possible pour sauver l'entreprise, dis-je avec douceur. Faites-moi confiance.

Elle hoche la tête, sans conviction, puis se retire lentement, le dos voûté. Je la regarde s'éloigner, impuissante, en priant pour ne pas lui avoir fait de fausses promesses.

Je poursuis mon chemin jusqu'au bureau de mon père. En ouvrant la porte, je le trouve assis derrière son bureau, la tête entre les mains. Il n'a pas dormi de la nuit, cela se voit à son visage ravagé. Il relève les yeux vers moi, et je lis dans son regard toute la détresse du monde.

— Tu es venue, murmure-t-il.

— Oui. Je voulais te parler avant de donner ma réponse définitive.

— Tu as changé d'avis ?

— Non. Mais je veux que tu comprennes une chose : je n'accepte pas pour toi. J'accepte pour eux, dis-je en désignant la fenêtre qui donne sur l'usine. Pour Mme Tremblay, pour les ouvriers, pour toutes ces familles qui dépendent de cette entreprise.

Mon père me regarde longuement, puis il baisse les yeux.

— Tu es bien meilleure que moi, Charlotte. Ta mère serait tellement fière de toi.

L'évocation de ma mère me serre le cœur. Elle est morte il y a dix ans, emportée par un cancer foudroyant. Je n'avais que quatorze ans. Depuis, mon père s'est efforcé de remplir le vide qu'elle avait laissé, mais sans jamais y parvenir. Je vois bien que sa disparition a fait de lui un homme brisé, un homme qui a fini par commettre des erreurs irréparables.

— Tu n'as pas le droit de me parler d'elle, dis-je d'une voix sourde. Pas aujourd'hui. Pas après ce que tu m'as fait.

Mon père encaisse le coup sans broncher. Il sait qu'il a commis l'irréparable, qu'il a trahi ma confiance. Et pourtant, je n'arrive pas à le haïr. Je l'aime, malgré tout. C'est peut-être cela, le drame de l'amour filial : on ne choisit pas d'aimer, on subit.

— Je vais appeler Alexandre Lavoie, dis-je en me levant. Je lui annoncerai que j'accepte sa proposition.

— Attends, murmure mon père. Tu ne veux pas... prendre le temps de réfléchir ?

— J'ai déjà réfléchi, papa. J'ai pensé à tout, à nous, à l'usine, à toi. Et j'ai compris une chose : il n'y a pas d'autre issue.

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