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CHAPITRE 4 — LE REFUS

Autor: Dledition
last update Data de publicação: 2026-09-07 17:30:03

Charlotte

La sonnerie de mon téléphone me tire brutalement de mon sommeil. J'ouvre les yeux, encore embrumée par les rêves confus qui ont hanté ma nuit. Il est 8 h 12. Sophie, comme promis, me rappelle.

— Alors ? dis-je d'une voix endormie.

— J'ai réfléchi toute la nuit, commence Sophie d'une voix que je sens fatiguée. Et j'ai une idée. Tu ne vas pas l'épouser, Charlotte. Tu vas refuser, et on va se battre autrement.

— Comment ? En lançant une collecte de fonds en ligne ? En vendant des gâteaux pour rembourser des millions de dollars ?

— Ne sois pas sarcastique, s'il te plaît. Je suis sérieuse.

— Moi aussi, je suis sérieuse, Sophie. Tu ne comprends pas. Nous n'avons pas d'autre option. Mon père est acculé. Les créanciers veulent leur argent. Si je ne fais rien, tout s'écroule.

— Alors laisse ton père assumer ses erreurs ! s'emporte Sophie. C'est lui qui a mal géré l'entreprise. C'est lui qui a creusé cette dette. Pourquoi devrais-tu payer à sa place ?

Ses paroles me heurtent, mais je sais qu'elles viennent d'un bon sentiment. Sophie déteste l'injustice, et elle ne supporte pas de voir son amie sacrifiée sur l'autel des erreurs paternelles.

— Parce que c'est mon père, Sophie. Et parce que je l'aime. Je ne peux pas l'abandonner dans un moment pareil.

Un silence s'installe sur la ligne. Je sens Sophie chercher ses mots, peser le pour et le contre.

— Alors laisse-moi au moins t'aider à trouver une meilleure solution, dit-elle finalement d'une voix radoucie. On pourrait consulter un avocat, voir si le contrat que Lavoie te propose est légal. Peut-être qu'il y a une faille.

— Le contrat stipule un mariage de convenance, Sophie. Ce n'est pas illégal, c'est simplement... dégradant.

— Mais enfin, Charlotte, tu ne te rends pas compte ! Ce type est un monstre. Il a une réputation exécrable. On dit qu'il a détruit la carrière de plusieurs de ses concurrents, qu'il a ruiné sa propre famille. Tu veux vraiment t'attacher à un homme pareil ?

Ses mots me glacent. Bien sûr, je connais la réputation d'Alexandre Lavoie. C'est un homme d'affaires impitoyable, un PDG sans état d'âme. Mais je ne pensais pas qu'il était capable de descendre aussi bas. M'exiger en échange d'une remise de dette, c'est d'une bassesse sans nom.

— Je n'ai pas envie d'en parler maintenant, Sophie. J'ai besoin de réfléchir.

— D'accord. Mais promets-moi de ne rien décider sans m'en parler. Promets-le-moi.

— Je te le promets.

Je raccroche, le cœur lourd. Je reste allongée dans mon lit, les yeux rivés au plafond, à contempler les fissures qui courent le long du mur. Des fissures comme celles qui lézardent ma vie depuis hier. Hier. Il y a vingt-quatre heures à peine, j'étais encore une femme libre, maîtresse de son destin. Aujourd'hui, je suis une monnaie d'échange, un pion qu'on s'apprête à déplacer sur l'échiquier d'un homme sans pitié.

Je finis par me lever, mue par une force intérieure que je ne comprends pas. Je m'habille machinalement, descends dans la cuisine. Mon père est assis à la table, une tasse de café devant lui. Il n'a pas dormi, cela se voit à ses yeux rougis, à sa barbe naissante, à son teint gris.

— Tu as faim ? demande-t-il d'une voix éteinte.

— Non, merci.

Je m'assieds en face de lui. Le silence entre nous est chargé de non-dits, de regrets, de colère contenue. Je me rends compte que je ne sais plus comment lui parler, comment le regarder. Tout a changé, et rien ne sera plus jamais comme avant.

— J'ai réfléchi toute la nuit, finit-il par dire, les yeux baissés sur sa tasse. Et je veux que tu saches... je ne t'en voudrai pas si tu refuses.

Je le regarde, surprise. Hier encore, il semblait prêt à tout accepter pour sauver sa peau. Et aujourd'hui, il me donne la permission de refuser ? C'est presque pire, quelque part. Parce que cela signifie qu'il a pleinement conscience du sacrifice qu'il me demande.

— Qu'est-ce qui se passera si je refuse ? demandé-je d'une voix blanche.

— Les créanciers saisiront la maison, l'usine, tout ce que nous possédons. Je serai déclaré en faillite personnelle. Nous devrons tout vendre, tout abandonner. Et... je serai poursuivi en justice pour fraude fiscale.

Ce dernier mot me fait l'effet d'une décharge électrique. Fraude fiscale. Je fixe mon père, incrédule.

— Fraude fiscale ? répété-je d'une voix étranglée.

Il hoche la tête, sans oser me regarder.

— J'ai commis des erreurs, Charlotte. Des erreurs stupides, motivées par le désespoir. J'ai falsifié des documents, j'ai caché des revenus. Si la justice s'en mêle, je risque la prison.

Un vertige me saisit. Mon père, en prison ? Cette idée est si absurde, si terrifiante, que j'ai du mal à la concevoir. Mon père, l'homme qui m'a élevée, qui m'a appris à marcher, à lire, à aimer la vie. Mon père, derrière les barreaux. Non. Je ne peux pas laisser faire une chose pareille.

— Tu vois, murmure-t-il, la voix brisée. Je n'ai pas le choix. C'est pour cela que je ne t'en voudrai pas si tu refuses. C'est ma faute, ma responsabilité. Mais si tu acceptes... tu me sauves la vie.

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