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CHAPITRE 6 — LA DÉCISION

Author: Dledition
last update publish date: 2026-09-07 17:32:06

Je quitte le bureau sans un mot de plus, le cœur lourd. Dehors, la neige s'est remise à tomber, recouvrant les trottoirs d'un manteau blanc immaculé. Je regarde les flocons tourbillonner dans l'air, légers, insouciants, et je me surprends à envier leur liberté.

Mon téléphone à la main, je compose le numéro d'Alexandre Lavoie. La sonnerie retentit une fois, deux fois, puis une voix grave répond :

— Lavoie.

Je reconnais sa voix immédiatement, cette voix qui m'a glacée hier. Je prends une profonde inspiration, rassemblant tout mon courage.

— Monsieur Lavoie, c'est Charlotte Bouchard. J'accepte votre proposition.

Un silence suit ma déclaration. Puis, Alexandre répond d'une voix calme, presque satisfaite :

— Très bien. Dans ce cas, nous signerons le contrat demain, chez mon notaire. Soyez prête à dix heures.

Il raccroche sans attendre ma réponse. Je reste immobile, le téléphone collé à l'oreille, à écouter la tonalité morte. C'est fait. J'ai vendu mon âme au diable.

Charlotte

La nuit qui suit ma décision est longue, interminable. Je me tourne et me retourne dans mon lit, incapable de trouver le sommeil. À chaque fois que je ferme les yeux, le visage d'Alexandre Lavoie s'impose à moi : ses yeux bleus perçants, sa mâchoire contractée, son sourire froid. Et cette phrase, répétée en boucle dans ma tête : « Je veux qu'elle m'épouse. »

Pourquoi moi ? Qu'est-ce qui a bien pu pousser un homme comme Alexandre Lavoie, riche, puissant, séduisant, à proposer un marché aussi absurde ? Il aurait pu demander n'importe quelle autre femme, et pourtant, il m'a choisie. Pourquoi ?

Je me lève au petit matin, épuisée par cette nuit blanche. Le visage que me renvoie le miroir de ma salle de bain est celui d'une inconnue : les yeux cernés, le teint blême, les cheveux en bataille. Je me force à prendre une douche, à m'habiller, à affronter cette journée qui s'annonce décisive.

Sophie m'appelle alors que je suis en train de prendre mon petit-déjeuner.

— Alors ? demande-t-elle d'une voix inquiète.

— Je vais signer le contrat, dis-je simplement.

— Quoi ? Tu plaisantes, j'espère ?

— Non, Sophie. J'ai réfléchi toute la nuit. C'est la seule solution.

— Mais enfin, Charlotte, tu ne peux pas te sacrifier comme ça ! Il y a forcément une autre issue !

— Laquelle ? dis-je d'une voix lasse. Sophie, si tu as une idée, je t'écoute. Mais ne me fais pas de faux espoirs.

Un silence s'installe sur la ligne. Je sens Sophie chercher ses mots, une solution, n'importe quoi qui pourrait me sauver. Mais rien ne vient. Finalement, elle soupire :

— Je ne sais pas, Charlotte. Je ne sais vraiment pas.

— Alors laisse-moi faire ce que je dois faire.

— Tu ne veux pas que je t'accompagne ? propose-t-elle d'une voix douce. Pour le soutien moral, au moins.

Je souris tristement, touchée par son amitié indéfectible.

— Si, ça me ferait plaisir. Merci, Sophie.

— D'accord. Je passerai te chercher à neuf heures.

Nous raccrochons. Je termine mon café en silence, le regard perdu dans le vide. Mon père entre dans la cuisine, l'air encore plus défait que la veille. Il s'assoit en face de moi, les mains croisées sur la table.

— Tu es sûre de toi, Charlotte ? demande-t-il d'une voix tremblante. Il n'est pas trop tard pour revenir en arrière.

— Je suis sûre, papa. Je vais signer ce contrat et épouser Alexandre Lavoie. Ensuite, je ferai mon possible pour honorer mes engagements.

— Et... et tu me pardonneras un jour ?

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