LOGINIsabelleJe suis seule.Je suis assise dans mon appartement, un verre de vin à la main, les jambes croisées, le regard perdu dans le vide. Je suis seule. Seule avec ma colère, ma haine, ma jalousie. Seule avec ma défaite, ma honte, ma douleur. Seule avec mes souvenirs, mes regrets, mes espoirs brisés.Je repense à tout ce qui s'est passé. Alexandre. Charlotte. Leur amour. Leur bonheur. Leur vie. Je repense à tout ça, et je sens quelque chose se briser en moi. Quelque chose qui ressemble à de l'orgueil. À de la fierté. À de la dignité. Quelque chose qui laisse place à quelque chose d'autre. Quelque chose de plus sombre. De plus dangereux. De plus destructeur. Quelque chose qui ressemble à de la haine. À de la vengeance. À de la folie.Je me lève. Je marche dans l'appartement, de long en large, les pieds nus sur le parquet froid. Je regarde par la fenêtre. Montréal s'étend sous mes yeux, une ville immense, une ville lumineuse, une ville indiffé
CharlotteLe printemps est là.Vraiment là. Le soleil brille, les oiseaux chantent, les fleurs éclosent. Le parc du manoir est un tableau vivant, un tableau de couleurs et de parfums, un tableau de vie et de renouveau. Je marche dans les allées, le nez au vent, les mains dans les poches, et je me sens bien. Je me sens légère. Je me sens heureuse.Alexandre marche à côté de moi.Il ne dit rien. Il ne dit jamais rien quand nous marchons. Il regarde le paysage, il écoute les oiseaux, il respire l'air frais. Mais je le sens présent. Je le sens proche. Je le sens... à moi.Nous marchons longtemps, en silence. Puis, soudain, il s'arrête. Il me regarde, et je vois dans ses yeux quelque chose de nouveau. Quelque chose de plus doux. De plus vulnérable. De plus humain.— Je veux vous parler, dit-il. De Thomas.Je m'arrête. Je le regarde. Je vois dans ses yeux une lueur de douleur, une lueur de honte, une lueur de peur. Je ne dis r
CharlotteJe le regarde.Je le regarde, et je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine. Une douleur sourde, profonde, qui n'a rien à voir avec moi mais qui me traverse quand même. Il me demande pourquoi je suis si gentille avec lui. Il me demande pourquoi je le traite avec bonté, avec respect, avec tendresse. Il me demande pourquoi je ne le hais pas, pourquoi je ne le méprise pas, pourquoi je ne le fuis pas. Il me demande pourquoi je reste.— Je ne suis pas gentille, dis-je doucement. Je suis juste.— Juste ?— Oui. Juste. Vous m'avez sauvée. Vous m'avez sortie de la misère. Vous m'avez donné un toit, un nom, une vie. Vous m'avez traitée avec respect, même quand vous étiez froid. Vous m'avez défendue, même quand vous étiez distant. Vous m'avez protégée, même quand vous étiez fermé. Vous m'avez sauvée, Alexandre. Je vous dois la loyauté.— Ce n'est pas de la loyauté. C'est de la bonté.— Peut-être. Mais vous ne me connais
CharlotteJe ne dors pas.Je suis allongée dans mon lit, les yeux grands ouverts dans le noir, et je repense à tout ce qui s'est passé ces derniers jours. Isabelle. La confrontation. Alexandre. Sa protection. Ses mots. Je vous aime, Charlotte. Je vous aime. Les mots tournent dans ma tête, encore et encore, comme un refrain qui ne s'arrête jamais. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime.Je me lève. Je ne peux pas dormir. Je ne peux pas rester là, immobile, à fixer le plafond. J'ai besoin de bouger. J'ai besoin de respirer. J'ai besoin de boire un verre d'eau.Je descends l'escalier, les pieds nus sur les marches froides. Je traverse le hall, le salon, le couloir qui mène à la cuisine. La maison est silencieuse, endormie, plongée dans l'obscurité. Seule une lumière faible filtre sous la porte de la cuisine.Je pousse la porte.Et je le vois.Alexandre.Il est assis à la table de la cuisine, un verre de lait deva
Je m'éloigne, lentement, prudemment, et je remonte dans ma chambre. Je m'assieds sur le bord du lit, les mains crispées sur les draps, et je repense à ce que j'ai entendu. Alexandre m'a défendue. Alexandre a menacé Isabelle. Alexandre a dit qu'il ne l'aimait plus. Alexandre a dit qu'il ne l'avait jamais aimée. Alexandre a dit qu'il me protégerait. Je ferme les yeux. Je sens les larmes monter à mes yeux. Des larmes de gratitude, de soulagement, d'espoir. Des larmes que je refuse de laisser couler, que je ravale, que je cache. Mais elles sont là. Elles sont là, et elles me disent que quelque chose a changé. Quelque chose de fragile, de ténu, mais quelque chose quand même. Une compréhension mutuelle. Une forme de respect. Une ébauche de complicité. Une ébauche d'amour. On frappe à la porte. Trois coups. Des coups fermes, décidés. Je connais ces coups. Je les reconnais. C'est Alexandre. — Entrez, dis-je. La porte
Elle me regarde longtemps, sans rien dire. Puis elle se détourne, prend ses valises, et se dirige vers la porte. Mais avant de sortir, elle se retourne une dernière fois, et je vois dans son regard quelque chose de nouveau. Quelque chose de plus sombre. De plus dangereux. De plus terrifiant.— Vous ne savez pas ce qui vous attend, Charlotte. Vous ne savez pas ce qu'Alexandre cache. Vous ne savez pas ce que je sais. Mais vous le découvrirez. Bientôt. Très bientôt.Elle sort. Elle claque la porte derrière elle. Et je reste seule, dans le hall, le cœur battant, les mains tremblantes, et je me demande ce qu'elle voulait dire. Ce qu'elle prépare. Ce qu'elle va faire.Je monte dans ma chambre. Je m'assieds sur le bord du lit. Je respire profondément. Je ferme les yeux. Et je repense à ce qu'Isabelle m'a dit. Vous ne savez pas ce qu'Alexandre cache. Vous ne savez pas ce que je sais. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce qu'Alexandre cache ? Qu'est-ce qu'Isabelle







