INICIAR SESIÓNChapitre 8
Ethan
La porte se referme derrière elle.
Je reste immobile, le regard fixé sur le contrat. Son nom s'étale en bas de la dernière page. Mila Hartley. Bientôt Mila Carter. Mon épouse.
Je devrais ressentir de la satisfaction. Pourtant, un goût amer monte dans ma gorge.
Le téléphone sonne. Je décroche sans regarder.
— Carter.
— Alors, cette signature ?
C'est Julian, mon plus vieil ami. Le seul qui connaît une partie de la vérité. Sa voix est teintée d'une curiosité que je n'apprécie guère.
— Signée.
— Et tu te sens comment ?
— Comme un homme qui vient de commettre l'irréparable.
Un silence. Puis Julian soupire.
— Ethan, ça fait huit ans que tu la cherches. Huit ans que tu la suis à distance. Tu ne vas pas me faire croire que tu regrettes maintenant.
— Je ne regrette rien. C'est bien le problème.
Je me lève, m'approche de la fenêtre. La ville s'étend à mes pieds, indifférente.
— Tu lui as dit ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle me détesterait.
— Elle te détestera peut-être quand même. Tu l'as piégée dans un mariage.
Je serre les mâchoires. Julian a raison, mais je ne veux pas l'entendre.
— Elle a accepté. Pour son père.
— Et toi, tu as accepté de la manipuler. Pour la garder.
— Tu es venu pour me juger ?
— Non. Je suis venu te rappeler que tu joues avec le feu. Cette femme n'est pas un dossier. Ce n'est pas une entreprise à racheter. C'est une personne. Avec des sentiments.
— Je le sais.
— Alors arrête de te mentir. Tu ne la protèges pas. Tu te protèges toi. Parce que tu as peur qu'elle découvre qui tu es vraiment.
Je ferme les yeux. Chaque mot est une lame.
— Tu as fini ?
— Presque. Une dernière chose. Si tu ne lui dis pas la vérité, quelqu'un d'autre le fera. Et ce jour-là, tu la perdras pour de bon.
Il raccroche. Le silence retombe, plus lourd qu'avant.
Je retourne à mon bureau, ouvre le tiroir du bas. L'enveloppe est là, usée par le temps. Je la sors avec précaution.
La photographie.
Mila. Seize ans. Ses cheveux bruns flottent au vent, son sourire est lumineux, insouciant. Elle se tient devant un manège, un cornet de glace à la main. Elle rit comme si le monde entier était à ses pieds.
Je me souviens de ce jour. Chaque détail. Le soleil déclinait sur la fête foraine. J'étais là, par hasard, fuyant une réunion, fuyant ma vie. Je marchais sans but, l'esprit vide.
Et puis je l'ai vue.
Elle ne m'a pas remarqué. J'étais un inconnu parmi tant d'autres. Mais elle, elle brillait. Elle riait avec ses amis, elle twirlait sur elle-même, elle semblait porter toute la lumière du monde.
Je me suis arrêté. Je l'ai regardée longtemps. Et quelque chose s'est brisé en moi. Quelque chose que je croyais mort.
Je n'ai pas osé l'approcher. J'étais trop lâche, trop brisé. Alors j'ai pris une photo. Une seule. Et je suis parti.
Mais je ne l'ai jamais oubliée.
Les années ont passé. J'ai bâti mon empire. Mais chaque nuit, je regardais cette photo. Je me demandais où elle était, ce qu'elle devenait. J'ai engagé des détectives. J'ai suivi son parcours. Ses études, ses amis, ses peines. Je savais tout d'elle sans qu'elle ne sache rien de moi.
Puis j'ai appris les difficultés de son père. La faillite. J'ai vu là une opportunité. Une chance de l'approcher enfin. De la sauver. De la garder.
Je referme la chemise, la range dans le tiroir. Mes mains tremblent.
Parce que si Mila découvre la vérité, elle me détestera. Elle comprendra que je l'ai manipulée. Que ce mariage n'est pas une coïncidence, mais le fruit de huit années d'obsession.
Je ne peux pas prendre ce risque. Pas maintenant.
Je m'assieds, la tête entre les mains. Le silence m'écrase. Je repense à ses yeux quand elle m'a demandé pourquoi cette règle. À cette lueur dans son regard.
Elle sait que quelque chose cloche. Elle le sent.
Mais je continuerai à mentir. Par omission. Par silence. Par froideur.
Parce que je préfère la voir me haïr pour ce que je ne suis pas, plutôt que de la perdre à cause de ce que je suis vraiment.
Je me lève, ferme le tiroir à clé. Le masque se replace.
Demain, elle deviendra ma femme.
Et je passerai le reste de ma vie à essayer de mériter ce que je lui ai volé.
Chapitre 32MilaJe marche vers la sortie.Mes talons claquent sur le marbre. Mes mains tremblent. Je veux partir. Je veux fuir. Oublier cette soirée. Oublier Victoria. Oublier tout.Mais elle est là. Devant moi. Sur le seuil. Comme si elle m'attendait.— Mila. Déjà partie ?Je m'arrête. Je la fixe. Elle sourit. Ce sourire froid. Cruel.— Laissez-moi passer.— Pas si vite. J'aimerais qu'on parle. Entre femmes.— Je n'ai rien à vous dire.— Mais moi, j'ai beaucoup à vous dire. Sur Ethan. Sur vous. Sur ce mariage.— Je ne suis pas intéressée.— Vraiment ? Vous ne savez rien de lui. Rien du tout.Je serre les poings. Je reste droite. Digne. Mais elle voit. Elle sait où frapper.— Vous croyez le connaître ? Vous croyez qu'il vous a épousée par hasard ?— Je ne crois rien.— Bien. Parce qu'il ne vous aime pas. Vous n'êtes qu'un contrat. Une alliance. Un papier.— Je le sais.— Alors pourquoi restez-vous ?— Parce que c'est mon choix.— Votre choix ? Vous n'avez pas de choix. Vous êtes piég
Chapitre 30MilaJ'arrive au bras d'Ethan.La salle est immense. Lumineuse. Pleine de monde. Des visages que je connais. Des visages qui m'ont méprisée. Humiliée. Jugée. Je les vois. Ils me voient. Ils se figent.Ethan me guide. Sa main est posée sur ma taille. Ferme. Protectrice. Il ne me quitte pas. Pas une seconde. Pas un regard.Les murmures commencent. D'abord hostiles. Puis admiratifs. Puis envieux.— Ils sont venus ensemble.— Il ne la lâche pas.— Regarde comme il la regarde.— Ils ont l'air… amoureux.Je souris. Pour la première fois, je souris vraiment. Pas pour eux. Pour moi. Pour lui. Parce que sa main est là. Parce qu'il est là. Parce que nous sommes là. Ensemble.Nous traversons la salle. Les invités s'écartent. Certains nous saluent. D'autres détournent les yeux. Je les ignore. Je ne vois que lui. Son profil. Sa mâchoire. Ses yeux.— Vous tenez bien votre rôle, dis-je à voix basse.Il se penche vers moi.— Ce n'est pas un rôle.— Alors qu'est-ce que c'est ?— Un début.
Chapitre 29EthanJe ne peux pas la laisser partir.Je la regarde s'éloigner. Son dos. Ses épaules. Sa démarche. Elle marche vite. Trop vite. Je veux la rattraper. Je veux lui dire d'arrêter. Je veux tout lui dire. Mais je ne bouge pas. Je reste figé. Lâche. Impuissant.Les heures passent. Je rentre à la villa. Elle n'est pas là. Je l'attends. Elle ne vient pas. Je l'appelle. Pas de réponse. Je lui écris. Pas de réponse.Je passe la nuit sans dormir. À fixer le plafond. À penser à elle. À ses mots. À sa douleur. À ma lâcheté.Le matin, je prends une décision. Je ne peux pas laisser les rumeurs détruire notre mariage. Je ne peux pas la laisser partir. Pas comme ça. Pas sans me battre.Je l'appelle. Elle répond. Sa voix est froide. Distante.— Quoi ?— Il faut qu'on parle.— Je n'ai rien à vous dire.— Alors écoutez-moi. Une seule fois. Ensuite, si vous voulez partir, je ne vous retiendrai pas.Un silence. Long. Puis un soupir.— Où ?— À la villa. Ce soir.— Très bien.Elle raccroche.
Chapitre 28MilaLa rumeur éclate un matin.Je l'apprends par Clara. Un message. Un lien. Un article. Je clique. Je lis. Je me fige.« Le mariage Carter au bord de la rupture. Ethan Carter aperçu seul à une réception. Mila Hartley absente. Divorce imminent ? »Je fixe l'écran. Les mots dansent. Les photos défilent. Ethan. Seul. Dans une soirée. Sans moi. Sans ma main. Sans mon nom.Mon cœur se serre. Je lis les commentaires. Les spéculations. Les moqueries.— Elle n'a pas tenu longtemps.— Je le savais. Une arriviste ne fait pas long feu.— Pauvre fille. Jetée comme une vieille chaussette.Chaque mot est une lame. Chaque rire est une gifle. Je ferme l'application. Je respire. Je me lève. Je dois aller travailler. Je dois continuer. Je dois faire comme si je n'avais pas vu.Je sors de la villa. La voiture m'attend. Le garde aussi. Je monte. Je regarde par la fenêtre. La ville défile. Je pense à Ethan. À ses silences. À ses mensonges. À ses absences. Pourquoi était-il seul à cette récep
Chapitre 27EthanMon téléphone vibre.Je le sors de ma poche. Un message. Numéro inconnu. Je l'ouvre. Je lis. Je me fige.« Elle est plus précieuse que vous ne le pensez. Vous n'êtes pas le seul à la chercher. »Mon sang se glace. Je relis. Une fois. Deux fois. Trois fois. Les mots sont là. Noirs sur blanc. Une menace à peine voilée. Une menace contre Mila.Je regarde autour de moi. Je suis dans mon bureau. Seul. La porte est fermée. Les fenêtres sont teintées. Personne ne peut me voir. Personne ne peut m'entendre. Mais je sens des yeux. Partout. Des yeux invisibles. Des yeux qui savent.Je tape une réponse.« Qui êtes-vous ? »Pas de réponse. J'attends. Une minute. Deux. Cinq. Rien.J'appelle Julian.— Ethan ? Qu'est-ce qui se passe ?— J'ai reçu un message. Anonyme. Il concerne Mila.— Qu'est-ce qu'il dit ?Je le lui lis. Silence. Long. Lourd.— Qui est au courant ? demande-t-il.— Personne. Enfin. Je croyais.— Qu'est-ce que ça veut dire ?— Ça veut dire que quelqu'un sait. Quelqu
Chapitre 26MilaJ'ouvre les yeux.La lumière est douce. Le jour se lève à peine. Je cligne. Ma tête est lourde. Mon corps est faible. Mais la fièvre est tombée. Je respire mieux.Je tourne la tête. Et je le vois.Ethan. Endormi sur la chaise. Près de mon lit. Sa main tient toujours la mienne. Sa tête est penchée sur le côté. Ses traits sont détendus. Differents. Plus jeunes. Presque vulnérables.Je reste immobile. Je n'ose pas bouger. Je n'ose pas respirer. Je le regarde. Ses cheveux sombres. Ses cils longs. Sa mâchoire carrée. Ses lèvres. Tout ce que je n'ai jamais osé regarder. Tout ce que je n'ai jamais eu le droit de voir.Il est là. Il est resté. Toute la nuit. Pour moi.Je pense à tout. À ses mots. À ses gestes. À cette nuit. À sa main dans la mienne. À sa voix. À cette phrase. « Vous êtes ma faiblesse. La seule. La plus grande. »Mon cœur se serre. Je ne comprends pas cet homme. Capable de froideur. Capable de tendresse. Capable de tout et de rien. Capable de me repousser et d







