Início / Romance / Le goût de l'interdit / Le matin d’après

Compartilhar

Le matin d’après

last update Última atualização: 2026-03-16 17:08:04

Le matin arriva plus vite que je ne l’aurais voulu. Quand j’ouvris les yeux, la lumière pâle de l’aube traversait déjà les rideaux de ma chambre, dessinant de longues bandes claires sur le parquet. Pendant quelques secondes, mon esprit resta vide, flottant dans cet état étrange entre le sommeil et la conscience. Puis les souvenirs de la veille remontèrent lentement, comme une vague froide. Le café. La pluie. Le regard d’Alex. Léo qui prononce son prénom avec enthousiasme. La proposition de dormir ici. Et cette conversation brève dans le salon qui, malgré sa simplicité apparente, avait laissé derrière elle une tension que je n’avais pas réussi à faire disparaître en fermant les yeux.

Je restai allongée un moment, fixant le plafond comme si la réponse à mes pensées s’y trouvait quelque part. La maison était silencieuse. Un silence différent de celui de la nuit, plus léger, presque fragile. J’entendais au loin le bruit d’une voiture qui passait dans la rue, puis le chant discret d’un oiseau perché sur le toit voisin. Tout semblait normal. Terriblement normal. Et pourtant, je savais que quelque chose avait changé. Pas dans la maison. Pas dans la routine du matin. Mais en moi. Cette simple idée me contrariait profondément.

Je me redressai finalement, passant une main dans mes cheveux pour les repousser en arrière. Une partie de moi voulait croire que tout cela n’avait été qu’un moment un peu étrange, amplifié par la fatigue de la journée et l’atmosphère de la pluie. Que le matin remettrait naturellement les choses à leur place. Que je descendrais simplement prendre un café, que Léo serait déjà debout à chercher quelque chose dans le frigo, et qu’Alex ne serait plus qu’un invité parmi d’autres, quelqu’un à qui j’adresserais des phrases polies avant de partir travailler.

C’était ce que j’espérais.

Mais l’espoir et la réalité ont rarement la même logique.

Je quittai mon lit et enfilai rapidement un pull léger avant de sortir de la chambre. Le plancher grinça légèrement sous mes pas, un bruit familier que j’avais appris à ignorer au fil des années. En descendant les escaliers, je pris soin de faire le moins de bruit possible, par habitude plus que par nécessité. La maison avait cette odeur particulière des matins calmes : café froid resté dans la cafetière de la veille, bois chauffé par le radiateur, et cette légère fraîcheur qui s’infiltre par les fenêtres avant que le soleil ne prenne vraiment possession de la journée.

Quand j’arrivai dans le salon, la première chose que je vis fut le canapé-lit encore ouvert.

La couverture était légèrement froissée.

Mais il était vide.

Je restai immobile une seconde, le regard posé sur les draps.

Une pensée étrange traversa mon esprit. Était-il déjà parti ?

L’idée aurait dû me rassurer. Elle aurait même dû me soulager. Mais au lieu de cela, je ressentis une pointe de déception que je m’empressai de repousser aussitôt.

Ridicule.

Je me dirigeai vers la cuisine pour préparer du café, essayant de retrouver le rythme simple et rassurant des gestes du matin. J’ouvris un placard, pris une tasse, remplis la cafetière avec une concentration presque excessive.

Puis, derrière moi, une voix calme brisa le silence.

Bonjour.

Je me retournai brusquement.

Alex était assis à la table de la cuisine.

Je ne l’avais même pas remarqué.

Il portait un t-shirt sombre et semblait déjà réveillé depuis un moment. Une tasse de café fumait devant lui, et son regard clair se posa sur moi avec une tranquillité déconcertante.

Bonjour, répondis-je après une seconde.

Je repris mes gestes vers la cafetière, essayant de dissimuler la légère tension qui venait de traverser mon corps. Ce n’était rien. Juste la surprise de ne pas l’avoir entendu.

Léo dort encore ? demandai-je.

Oui.

Il marqua une pause.

Je crois que je l’ai entendu se retourner vers six heures… puis plus rien.

Je hochai la tête en silence.

Le café commença à couler dans la cafetière, remplissant la cuisine de son odeur familière.

Je sentais son regard posé sur moi.

Pas lourd.

Pas déplacé.

Juste présent.

Et c’était précisément ce qui me mettait mal à l’aise.

Je me servis une tasse et m’appuyai légèrement contre le plan de travail.

Vous êtes levé tôt.

J’ai l’habitude.

Travail ?

Il esquissa un léger sourire.

Pas vraiment.

La réponse resta suspendue dans l’air.

Je pris une gorgée de café pour éviter de répondre trop vite.

Puis, malgré moi, je posai la question.

Alors pourquoi être venu ici ?

Il ne répondit pas immédiatement.

Son regard se posa un instant sur la fenêtre, puis revint vers moi.

Disons que j’avais besoin de changer d’endroit.

Quelque chose dans sa voix me fit comprendre qu’il n’en dirait pas plus.

Et, étrangement, je n’insistai pas.

Un silence s’installa entre nous.

Mais ce n’était plus le silence inconfortable de la veille.

C’était autre chose.

Quelque chose de plus calme.

Et peut-être, au fond, de plus dangereux.

Parce que dans ce silence, il n’y avait plus l’excuse de la surprise ou du hasard.

Il y avait seulement deux personnes parfaitement conscientes de la présence de l’autre.

Alex finit par se lever de sa chaise.

Quand il passa près de moi pour poser sa tasse dans l’évier, la distance entre nous se réduisit à quelques centimètres.

Je sentis la chaleur de son corps avant même qu’il ne me frôle.

Et pendant une fraction de seconde, je cessai de respirer.

Il s’arrêta.

Juste une seconde.

Puis il murmura doucement :

Merci pour hier.

Je levai les yeux vers lui.

Et dans son regard, je retrouvai exactement la même chose que la veille.

Cette tension silencieuse.

Cette question invisible.

Comme si quelque chose entre nous attendait simplement d’être nommé.

Continue a ler este livro gratuitamente
Escaneie o código para baixar o App

Último capítulo

  • Le goût de l'interdit   Ce que je ne peux plus nier —Partie4

    Quand j’entrai dans la cuisine, Laura était tournée vers l’évier, les mains plongées dans l’eau savonneuse. Elle leva les yeux vers moi dans le reflet de la vitre avant même que je ne parle.— Léo dort ? demanda-t-elle.— Oui.Elle hocha la tête doucement.Puis elle reprit son geste lent, comme si la vaisselle avait soudain pris une importance capitale.Je m’appuyai contre le plan de travail en face d’elle, laissant quelques secondes de silence s’installer entre nous.— Je pars tôt demain, dis-je finalement.Elle ne s’arrêta pas immédiatement.Mais je vis ses mains ralentir dans l’eau.— Je sais.Sa voix était basse.Presque fatiguée.La pluie continuait de tomber derrière la fenêtre, dessinant des traînées brillantes sur le verre.— Laura…Elle leva les yeux vers moi.Et pendant une seconde, je vis clairement dans son regard tout ce qu’elle essayait encore de contenir.— On a fait ce qu’il fallait aujourd’hui, dit-elle doucement.Je restai silencieux.— On a gardé les choses… à leur

  • Le goût de l'interdit   Ce que je ne peux plus nier —Partie3

    Je levai finalement les yeux vers la cuisine, attiré malgré moi par le bruit discret de l’eau qui coulait. Laura était là. Elle se tenait devant l’évier, les mains dans l’eau, le regard perdu dans un point invisible au-delà de la fenêtre. La lumière du matin tombait doucement sur ses épaules et dessinait autour d’elle une silhouette calme qui contrastait violemment avec tout ce que je savais maintenant de ses luttes intérieures. Elle ne m’avait pas encore vu, et pendant une seconde je restai immobile dans l’encadrement du salon, observant simplement cette scène ordinaire avec une intensité que je ne contrôlais plus vraiment. Il y avait quelque chose d’injuste dans la manière dont elle semblait devoir porter seule tout ce que cette histoire représentait. Comme si chaque émotion passait d’abord par elle, comme si c’était à elle de décider, de résister, de tenir la ligne pendant que moi je pouvais encore choisir de partir.Je m’avançai finalement dans la cuisine.Elle leva la tête presqu

  • Le goût de l'interdit   Ce que je ne peux plus nier —Partie2

    Laura descendit plus tard, plus tard que d’habitude, ce qui me fit comprendre qu’elle aussi avait très peu dormi. Elle entra dans la cuisine avec ce visage fermé que prennent les gens lorsqu’ils décident dès le réveil de tenir toute la journée sans laisser une seule brèche visible. Et pourtant, malgré cette maîtrise, la fatigue se lisait dans le creux de ses yeux, dans la tension discrète de sa bouche, dans la manière dont ses épaules semblaient déjà porter plus que le jour ne le demandait encore. Léo se mit aussitôt à parler avec elle, lui racontant sa matinée à moitié commencée, puis un détail sur le garage, puis encore autre chose. Je restai un peu en retrait, volontairement. Et lorsqu’elle leva finalement les yeux vers moi, ce ne fut qu’une seconde, à peine, mais elle suffit pour que tout ce qui s’était dit au lac revienne intact entre nous. Il n’y avait pas de colère dans son regard. Pas même d’agacement. Seulement cette même lutte, plus usée, plus profonde, comme si elle avait t

  • Le goût de l'interdit   Ce que je ne peux plus nier

    (Alex)Le retour du lac avait laissé en moi une sensation étrange, à mi-chemin entre le vertige et la lucidité. Assis à l’arrière de la voiture pendant que Léo parlait sans relâche de la journée, des photos qu’il avait prises, des coins où il voudrait revenir, des gens à qui il allait montrer le paysage comme si ce lieu lui appartenait, je regardais la nuque de Laura sans vraiment la regarder, conscient que le simple fait de lever les yeux un peu trop longtemps vers le rétroviseur pouvait suffire à faire revenir entre nous tout ce qui s’était dit sur ce banc. Il y avait encore, dans l’air confiné de l’habitacle, quelque chose de cette scène au bord de l’eau. Pas dans les gestes. Pas dans les mots, puisque nous n’en échangions presque plus. Mais dans cette manière nouvelle qu’avaient les silences d’occuper l’espace. Avant, il existait encore une part de doute, une possibilité de se raconter que tout cela venait de la fatigue, du hasard, d’une proximité un peu malheureuse. Après le lac,

  • Le goût de l'interdit   Faire comme si de rien n’était —Partie4

    Je baissai les yeux vers le sol, vers les feuilles mortes mêlées aux petits cailloux du sentier. Tout devenait difficile. Même tenir debout dans ce moment. Même choisir de rester ou de partir d’un pas plus loin. Je savais que Léo n’était pas très loin. Qu’il pouvait revenir à tout instant. Et cette proximité aurait dû suffire à me ramener immédiatement à la raison. Pourtant, au lieu de cela, je restais là, à quelques centimètres d’un homme beaucoup trop jeune pour moi, beaucoup trop proche de ma vie, beaucoup trop interdit, et j’avais de plus en plus de mal à prétendre que le simple bon sens suffisait à éteindre ce qui naissait.Léo revint quelques minutes plus tard avec les chaussures légèrement mouillées et l’air triomphant de quelqu’un qui avait découvert un trésor alors qu’il ne s’agissait que d’un nouvel angle pour jeter des pierres. Je repris aussitôt une contenance plus nette, presque reconnaissante de devoir redevenir une version plus lisible de moi-même. Nous continuâmes à ma

  • Le goût de l'interdit   Faire comme si de rien n’était —Partie3

    Je pris une inspiration lente, cherchant à laisser le calme du lac me traverser vraiment. L’air avait cette fraîcheur légère des matinées qui hésitent encore entre la douceur et la fin de saison. Une odeur humide de terre, d’eau et de feuilles montait des berges. Tout aurait dû m’apaiser. D’ordinaire, ce genre d’endroit me faisait du bien presque immédiatement. Il suffisait de quelques minutes au bord de l’eau pour que mes pensées ralentissent, pour que les préoccupations du quotidien perdent un peu de leur poids. Mais aujourd’hui, cette paix extérieure ne parvenait pas à gagner l’intérieur de moi. Parce qu’à chaque seconde, mon corps restait conscient d’Alex. Du bruit discret de ses pas sur le gravier, de sa respiration quand il s’arrêtait près de moi, de ce silence très particulier qui semblait l’accompagner partout et qui me troublait bien plus qu’il ne le devrait. Je n’avais même pas besoin de le regarder pour savoir où il était. C’était devenu presque pire que le désir lui-même :

Mais capítulos
Explore e leia bons romances gratuitamente
Acesso gratuito a um vasto número de bons romances no app GoodNovel. Baixe os livros que você gosta e leia em qualquer lugar e a qualquer hora.
Leia livros gratuitamente no app
ESCANEIE O CÓDIGO PARA LER NO APP
DMCA.com Protection Status