LOGINCHAPITRE 8 — Le baiser sous la lune
Tina
La nuit est tombée depuis plusieurs heures, mais je ne dors toujours pas.
Allongée sur mon lit, les yeux grands ouverts, je fixe le plafond sombre comme si les réponses allaient s’y écrire. Mes muscles me font mal. Mon dos brûle. Mes mains tremblent encore par instants. Mais ce n’est pas l’entraînement qui me hante.
C’est lui.
Ethan. Sa voix grave. Ses gestes précis. Sa façon de me regarder quand il croyait que je ne voyais rien. Et surtout, cette phrase qu’il a murmurée avant que je quitte la salle d’entraînement.
“Tu as du courage. Mais le courage ne suffit pas. Il faut de la discipline.”
Je me redresse. L’air de la chambre est lourd, chargé d’une chaleur que la fenêtre ouverte ne chasse pas vraiment. Je pose les pieds sur le sol. Le plancher est frais. Je reste ainsi, assise, les mains sur les genoux, à écouter le silence.
La maison est calme. Trop calme.
Je m’approche de la fenêtre. La lune est haute, ronde, brillante, posée dans le ciel comme une promesse. Elle éclaire les allées du jardin, les buissons taillés, la fontaine asséchée. Tout semble paisible. Irréel.
Puis je le vois.
Ethan.
Il marche. Sans fauteuil. Sans hâte. Les mains dans les poches, le visage levé vers les étoiles. Il avance dans l’allée comme un fantôme, léger, silencieux, presque fragile.
Mon cœur se serre.
Je ne réfléchis pas. J’enfile une veste légère, je descends l’escalier sans bruit, je pousse la porte du jardin. L’air nocturne me caresse le visage. L’herbe est humide sous mes pieds nus.
Il m’entend approcher. Il se retourne.
— Tu devrais dormir, dit-il.
Sa voix est douce. Plus douce que d’habitude.
— Je n’arrête pas d’y penser, dis-je.
— À quoi ?
— À tout. À vous.
Il hausse un sourcil.
— À moi ?
— Oui. À ce que vous m’avez appris. À ce que vous cachez. À ce qui nous lie.
Il ne répond pas tout de suite. Il baisse les yeux vers mes pieds nus, puis remonte lentement vers mon visage.
— Tu vas prendre froid.
— Je ne sens plus le froid.
Il sourit, à peine.
— Tu deviens plus forte.
— Je n’en sais rien. Je me sens encore fragile à l’intérieur.
— C’est justement ce qui te rend dangereuse. Tu doutes, donc tu avances.
Je m’approche. Le gravier crisse sous mes pas. Nos ombres se touchent sur le sol, comme si nos âmes cherchaient à se rejoindre.
— Pourquoi m’avoir embrassée ? je demande.
Il me fixe, immobile.
— Pardon ?
— L’autre jour, dans le jardin. Vous m’avez regardée comme si vous alliez m’embrasser.
— Je n’ai pas osé.
— Pourquoi ?
— Parce que je n’en avais pas le droit.
Je fais un pas de plus. Un seul.
— Et maintenant ?
— Tina…
— Répondez-moi.
Il me regarde longuement. Puis, sans un mot, il avance. Ses mains sortent de ses poches. Il s’arrête à quelques centimètres de moi.
— Maintenant, j’ai peur.
— De quoi ?
— De ce que tu réveilles.
Mon souffle se bloque.
— Je ne suis pas dangereuse.
— Si. Tu l’es. Bien plus que tu ne le crois.
Je lève les yeux vers lui. La lune éclaire son visage, ses pommettes hautes, sa mâchoire ferme, ses lèvres légèrement entrouvertes.
— Alors apprenez-moi à l’assumer, dis-je.
— Tina…
— Ne me repoussez pas. Pas ce soir.
Il lève une main, hésite, puis effleure ma joue. Sa paume est chaude, rugueuse, brûlante. Je ferme les yeux. Mes jambes flageolent.
— Tu ne sais pas ce que tu demandes, murmure-t-il.
— Alors montrez-moi.
Il se penche. Lentement. Comme s’il luttait contre lui-même. Et puis ses lèvres se posent sur les miennes.
Ce n’est pas un baiser hésitant. C’est une déclaration. Un aveu. Une reddition.
Je m’accroche à lui. Mes doigts se perdent dans son col. Il m’attire contre lui, une main sur ma taille, l’autre dans mes cheveux. Nos corps se cherchent. Nos souffles se mêlent.
Mon cœur bat si fort que je l’entends dans mes tempes.
Et puis il s’écarte, à bout de souffle.
— Pardonne-moi… souffle-t-il.
— Non.
— Si. Je n’ai pas le droit de faire ça.
— Je ne suis plus une enfant.
— Je ne veux pas te blesser.
— Alors arrêtez de me fuir.
Il reste là, les bras autour de moi, le front contre le mien.
— Tu es en train de me rendre fou, dit-il.
— Parce que je vous ressemble ?
— Non. Parce que tu me donnes envie d’espérer.
Ce mot me bouleverse.
— Espérer quoi ?
— Une autre vie. Une autre fin.
— Alors espérez avec moi.
Il relève la tête. Ses yeux brillent d’une émotion qu’il ne peut plus cacher.
— Tu es venue dans ma vie comme une tempête, Tina.
— Et vous, comme un refuge.
Il rit doucement. Un rire bref, brisé, mais sincère.
— Nous sommes peut-être fous.
— Peut-être. Mais nous sommes ensemble.
Il me reprend dans ses bras. Je me blottis contre sa poitrine. Son cœur bat sous mon oreille. Fort. Vivant. Rassurant.
— Demain, dit-il, tout redeviendra dangereux.
— Je sais.
— Tu es prête ?
— Je le serai.
Nous restons ainsi, enlacés, au milieu du jardin que la lune transforme en écrin d’argent. Les ombres ne me font plus peur. Les souvenirs sont encore là, mais ils ne crient plus. Ils chuchotent.
Et dans ce silence, je prends une décision.
Je me battrai. Pour mes parents. Pour la vérité. Et pour cet homme qui m’a offert un baiser sous la lune, comme une promesse de survie.
Quand je remonte dans ma chambre, mes lèvres portent encore sa chaleur. Je m’allonge sur le lit, les mains sur le cœur.
Je ne sais pas ce que demain nous réserve.
Mais pour la première fois depuis le meurtre de mes parents, je ne suis plus seule.
Et c’est peut-être ça, le début de ma vengeance.
Ne plus jamais être seule.
CHAPITRE 13 — Le piège se dessineTinaL’aube n’est pas encore levée, mais je suis déjà réveillée.Je me tiens près de la fenêtre de la petite chambre que Malik m’a prêtée, les bras croisés, le regard perdu dans la forêt sombre. Mon corps est épuisé, mais mon esprit refuse de s’éteindre.Tout ce que j’ai vu hier tourne en boucle dans ma tête. Les images. Les noms. Les trahisons. Et surtout, le visage de mon père sur cette vidéo, digne, même face à la menace.Je serre les poings.Il ne méritait pas ça. Ni lui, ni ma mère.Alors je me promets que ce que nous allons faire, je le ferai jusqu’au bout.La porte s’ouvre doucement. C’est Ethan.— Tu as dormi ? demande-t-il.— Un peu.— C’est faux.— Peut-être.Il s’approche, s’assied sur le bord du lit.— Moi non plus, je n’ai pas dormi.— Vous pensez à quoi ?— À tout ce qui peut mal tourner.— Ce n’est pas rassurant.— Je ne suis pas là pour te rassurer. Je suis là pour te préparer.Je me tourne vers lui.— Croyez-vous vraiment qu’on peut l
CHAPITRE 13 — Le piège se dessineTinaL’aube n’est pas encore levée, mais je suis déjà réveillée.Je me tiens près de la fenêtre de la petite chambre que Malik m’a prêtée, les bras croisés, le regard perdu dans la forêt sombre. Mon corps est épuisé, mais mon esprit refuse de s’éteindre.Tout ce que j’ai vu hier tourne en boucle dans ma tête. Les images. Les noms. Les trahisons. Et surtout, le visage de mon père sur cette vidéo, digne, même face à la menace.Je serre les poings.Il ne méritait pas ça. Ni lui, ni ma mère.Alors je me promets que ce que nous allons faire, je le ferai jusqu’au bout.La porte s’ouvre doucement. C’est Ethan.— Tu as dormi ? demande-t-il.— Un peu.— C’est faux.— Peut-être.Il s’approche, s’assied sur le bord du lit.— Moi non plus, je n’ai pas dormi.— Vous pensez à quoi ?— À tout ce qui peut mal tourner.— Ce n’est pas rassurant.— Je ne suis pas là pour te rassurer. Je suis là pour te préparer.Je me tourne vers lui.— Croyez-vous vraiment qu’on peut l
CHAPITRE 12 — La vérité dans le noirTinaLa nuit est tombée d’un coup, comme si le ciel voulait nous engloutir.Nous roulons à travers des routes de plus en plus étroites, bordées de silhouettes sombres. Hélène est assise à mes côtés, silencieuse, les mains croisées sur ses genoux. Ethan conduit, le regard fixe, les mâchoires serrées.Personne ne parle.Le silence est lourd, chargé d’une peur ancienne qui remonte à la surface.— Où allons-nous ? je demande enfin.— Voir un vieil ami, répond Hélène. Il s’appelle Malik. Avant, il travaillait dans un grand journal. Puis il a découvert des choses… trop dangereuses. Aujourd’hui, il vit caché, comme moi.— Vous croyez qu’il acceptera de nous aider ?— Il le doit à ton père.La voiture s’arrête devant une maison de bois sombre, sans lumière, perdue au milieu des arbres.Ethan descend le premier. Il observe les alentours, puis nous fait signe.Nous avançons jusqu’à une porte étroite. Hélène frappe selon un rythme précis. Trois coups, deux co
CHAPITRE 11 — Le chemin de la marraineTinaNous roulons depuis plusieurs heures.Le paysage change. Les collines s’effacent, remplacées par des forêts épaisses, des routes étroites, des villages fantômes. La pluie s’est mise à tomber, fine d’abord, puis lourde, frappant le toit de la voiture comme un tambour sourd.Je serre la clé USB dans ma main, comme si elle pouvait disparaître à tout instant.Ethan conduit en silence. Ses mains sont fermes sur le volant. Son regard fixe la route.— Vous savez où elle vit ? je demande enfin.— Je sais où elle se cache.— Depuis longtemps ?— Des années.— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ?— Parce qu’il fallait que tu sois prête.Je me tourne vers lui.— Et là, je suis prête ?— Tu l’es plus qu’hier.Je souris malgré moi.— C’est votre façon de me rassurer ?— Non. C’est la vérité.Je me renfonce dans mon siège. La pluie redouble. Les essuie-glaces peinent à dégager la vue. Mes pensées s’embrouillent.Ma marraine. Je ne me souviens d’e
CHAPITRE 10 — Retour aux cendresTinaLa voiture file à travers les routes étroites, bordées d’arbres sombres et de villages silencieux.Je ne dis rien. Ethan non plus. Le silence entre nous est lourd, habité par des pensées qu’aucun de nous n’ose formuler. Je regarde défiler le paysage par la vitre, et chaque kilomètre me rapproche un peu plus de mon passé.Du sang.De la peur.De cette maison où tout a basculé.Nous arrivons en fin de matinée. Le ciel est blanc, éteint, comme s’il attendait la pluie. Les ruelles du village semblent désertes. Quelques regards curieux, quelques fenêtres qui se referment. Mon oncle doit déjà savoir que je viens.— Reste près de moi, dit Ethan.— Je n’ai pas l’intention de m’éloigner.La voiture s’arrête devant l’ancienne demeure de mes parents. Ou ce qu’il en reste.Les murs noircis par l’incendie se dressent encore, décharnés, comme un squelette. Le toit s’est effondré. Les fenêtres sont vides. L’odeur de brûlé imprègne encore l’air, même après tout c
CHAPITRE 9 — L’aube des véritésTinaJe me réveille avant l’aube.Le corps encore lourd, les lèvres encore chaudes du baiser volé sous la lune. Je reste quelques minutes immobile, les yeux ouverts sur le plafond, à écouter les bruits lointains de la maison qui s’éveille.Tout semble calme. Trop calme.Et pourtant, en moi, un orage gronde.Je me lève, je me lave rapidement, et je descends dans la salle à manger. Les rideaux sont tirés. La table est dressée pour deux. Ethan n’est pas encore là.Je m’assois, les mains croisées sur la nappe. Mon estomac se serre. Je n’ai pas faim. Mais je sais qu’il faut tenir.Lya entre, pâle, les yeux cernés. Elle pose un plateau de fruits et de thé sans me regarder.— Merci, dis-je d’une voix douce.Elle sursaute, comme si ma gentillesse la brûlait.— Vous ne devriez pas me parler, murmure-t-elle.— Pourquoi ?— Parce que je vous ai trahie.— Vous avez eu peur. Ce n’est pas pareil.Elle lève enfin les yeux. Ils sont rouges, pleins de larmes.— Je ne mé







