MasukCHAPITRE 9 — L’aube des vérités
Tina
Je me réveille avant l’aube.
Le corps encore lourd, les lèvres encore chaudes du baiser volé sous la lune. Je reste quelques minutes immobile, les yeux ouverts sur le plafond, à écouter les bruits lointains de la maison qui s’éveille.
Tout semble calme. Trop calme.
Et pourtant, en moi, un orage gronde.
Je me lève, je me lave rapidement, et je descends dans la salle à manger. Les rideaux sont tirés. La table est dressée pour deux. Ethan n’est pas encore là.
Je m’assois, les mains croisées sur la nappe. Mon estomac se serre. Je n’ai pas faim. Mais je sais qu’il faut tenir.
Lya entre, pâle, les yeux cernés. Elle pose un plateau de fruits et de thé sans me regarder.
— Merci, dis-je d’une voix douce.
Elle sursaute, comme si ma gentillesse la brûlait.
— Vous ne devriez pas me parler, murmure-t-elle.
— Pourquoi ?
— Parce que je vous ai trahie.
— Vous avez eu peur. Ce n’est pas pareil.
Elle lève enfin les yeux. Ils sont rouges, pleins de larmes.
— Je ne mérite pas votre pardon.
— Alors gagnez-le.
Elle me fixe, bouleversée.
— Vous voulez dire… que je peux encore être utile ?
— Oui. En m’aidant.
Elle hoche la tête, reconnaissante.
— Ce que vous voudrez.
Je me lève, m’approche d’elle.
— D’abord, parlez-moi de cet homme. Celui qui a tué mes parents.
Son visage se fige.
— Vous ne savez rien ?
— Presque rien.
— Il s’appelle Viktor. Il dirige le Clan des Ombres. Il… il était l’associé de votre père, autrefois.
Mon sang se glace.
— Mon père ne m’en a jamais parlé.
— Parce qu’il voulait vous protéger.
— Alors pourquoi l’avoir tué ?
Lya baisse la voix, comme si les murs eux-mêmes pouvaient l’entendre.
— Parce que votre père avait découvert des preuves. Des documents qui prouvent la trahison de Viktor, ses crimes, ses pactes avec des juges, des ministres… tout.
— Et ces documents ?
— Disparus. Le soir du meurtre, ils ont tout brûlé. Sauf une copie.
Mon cœur s’affole.
— Une copie ? Où ?
— Personne ne sait. Votre père disait qu’elle était dans “le seul endroit qu’elle seule connaît”.
— Elle seule ?
— Vous.
Je reste sans voix.
Moi ? Mon père aurait caché des preuves dans un endroit que seule moi connais ?
Je passe mes souvenirs en revue. La maison familiale, le jardin, l’arbre où je grimpais enfant, la boîte à secrets près de la cheminée…
Soudain, une image explose dans mon esprit.
— La maison de poupée… je murmure.
Lya me regarde, surprise.
— Quoi ?
— Mon père m’avait fabriqué une maison de poupée. Elle était creuse. Je cachais mes petits trésors dedans.
— Vous croyez que… ?
— Je ne sais pas. Mais c’est possible.
À cet instant, la porte s’ouvre. Ethan entre.
Il me jette un regard perçant.
— Tu as l’air d’avoir fait une découverte.
— Oui. Je dois retourner chez mon oncle.
— Pourquoi ?
— Pour récupérer quelque chose. Un objet de mon enfance.
— Trop dangereux.
— C’est peut-être la seule preuve qui reste.
Il s’approche, contrarié.
— Et si c’est un piège ?
— Alors nous serons prudents.
— Nous ?
— Oui. Vous et moi.
Il me fixe longuement. Puis un sourire se dessine sur ses lèvres.
— Tu ne doutes jamais, n’est-ce pas ?
— Pas quand il s’agit de venger mes parents.
Il hoche la tête.
— Très bien. Nous partirons ce soir.
— Pas ce soir. Maintenant.
— Tina…
— Chaque heure compte. Et si Viktor apprenait que je suis ici ?
— Il le sait déjà.
Un frisson me parcourt.
— Alors il viendra.
— C’est pour ça que je t’entraîne.
Je serre les poings.
— Je ne veux pas attendre qu’il vienne. Je veux le prendre de vitesse.
Ethan se tourne vers Lya.
— Tu es sûre de vouloir rester ici ?
— Je ne peux pas partir, répond-elle. Mon fils…
— Je vais m’en occuper.
Elle écarquille les yeux.
— Vous feriez ça ?
— Tu as aidé Tina. C’est une dette.
Les larmes coulent sur ses joues.
— Merci, maître.
— Ne m’appelle plus comme ça. Appelle-moi Ethan.
Elle hoche la tête, émue.
Puis il se tourne vers moi.
— Prépare-toi. Nous partons dans une heure.
Je monte dans ma chambre, le cœur battant. J’enfile une tenue sombre, des chaussures solides. Je prends le carnet de ma mère et le glisse dans mon sac.
Je suis prête.
Pas seulement pour récupérer un objet. Mais pour affronter mon passé. Et pour faire un pas de plus vers la vérité.
Quand je redescends, Ethan m’attend près de la voiture noire.
— Tu as peur ? demande-t-il.
— Oui. Mais j’y vais quand même.
Il ouvre la portière.
— Alors c’est que tu es déjà plus forte qu’hier.
Je monte. La voiture démarre. La grille s’ouvre. La route défile, bordée d’arbres nus et de brume.
Et dans ma poitrine, une petite voix me répète :
“La vérité est proche. Plus proche que tu ne le crois.”
Je ferme les yeux.
Je me souviens du visage de mon père. De ses mains calleuses qui construisaient des maisons de poupée. De sa voix grave qui me disait :
“Un jour, ma chérie, tu comprendras que les secrets protègent autant qu’ils détruisent.”
Aujourd’hui, j’ai l’impression d’entrer dans un tunnel sombre.
Et au bout de ce tunnel, il y a peut-être la lumière.
Ou le feu.
Mais je n’ai plus peur de me brûler.
CHAPITRE 13 — Le piège se dessineTinaL’aube n’est pas encore levée, mais je suis déjà réveillée.Je me tiens près de la fenêtre de la petite chambre que Malik m’a prêtée, les bras croisés, le regard perdu dans la forêt sombre. Mon corps est épuisé, mais mon esprit refuse de s’éteindre.Tout ce que j’ai vu hier tourne en boucle dans ma tête. Les images. Les noms. Les trahisons. Et surtout, le visage de mon père sur cette vidéo, digne, même face à la menace.Je serre les poings.Il ne méritait pas ça. Ni lui, ni ma mère.Alors je me promets que ce que nous allons faire, je le ferai jusqu’au bout.La porte s’ouvre doucement. C’est Ethan.— Tu as dormi ? demande-t-il.— Un peu.— C’est faux.— Peut-être.Il s’approche, s’assied sur le bord du lit.— Moi non plus, je n’ai pas dormi.— Vous pensez à quoi ?— À tout ce qui peut mal tourner.— Ce n’est pas rassurant.— Je ne suis pas là pour te rassurer. Je suis là pour te préparer.Je me tourne vers lui.— Croyez-vous vraiment qu’on peut l
CHAPITRE 13 — Le piège se dessineTinaL’aube n’est pas encore levée, mais je suis déjà réveillée.Je me tiens près de la fenêtre de la petite chambre que Malik m’a prêtée, les bras croisés, le regard perdu dans la forêt sombre. Mon corps est épuisé, mais mon esprit refuse de s’éteindre.Tout ce que j’ai vu hier tourne en boucle dans ma tête. Les images. Les noms. Les trahisons. Et surtout, le visage de mon père sur cette vidéo, digne, même face à la menace.Je serre les poings.Il ne méritait pas ça. Ni lui, ni ma mère.Alors je me promets que ce que nous allons faire, je le ferai jusqu’au bout.La porte s’ouvre doucement. C’est Ethan.— Tu as dormi ? demande-t-il.— Un peu.— C’est faux.— Peut-être.Il s’approche, s’assied sur le bord du lit.— Moi non plus, je n’ai pas dormi.— Vous pensez à quoi ?— À tout ce qui peut mal tourner.— Ce n’est pas rassurant.— Je ne suis pas là pour te rassurer. Je suis là pour te préparer.Je me tourne vers lui.— Croyez-vous vraiment qu’on peut l
CHAPITRE 12 — La vérité dans le noirTinaLa nuit est tombée d’un coup, comme si le ciel voulait nous engloutir.Nous roulons à travers des routes de plus en plus étroites, bordées de silhouettes sombres. Hélène est assise à mes côtés, silencieuse, les mains croisées sur ses genoux. Ethan conduit, le regard fixe, les mâchoires serrées.Personne ne parle.Le silence est lourd, chargé d’une peur ancienne qui remonte à la surface.— Où allons-nous ? je demande enfin.— Voir un vieil ami, répond Hélène. Il s’appelle Malik. Avant, il travaillait dans un grand journal. Puis il a découvert des choses… trop dangereuses. Aujourd’hui, il vit caché, comme moi.— Vous croyez qu’il acceptera de nous aider ?— Il le doit à ton père.La voiture s’arrête devant une maison de bois sombre, sans lumière, perdue au milieu des arbres.Ethan descend le premier. Il observe les alentours, puis nous fait signe.Nous avançons jusqu’à une porte étroite. Hélène frappe selon un rythme précis. Trois coups, deux co
CHAPITRE 11 — Le chemin de la marraineTinaNous roulons depuis plusieurs heures.Le paysage change. Les collines s’effacent, remplacées par des forêts épaisses, des routes étroites, des villages fantômes. La pluie s’est mise à tomber, fine d’abord, puis lourde, frappant le toit de la voiture comme un tambour sourd.Je serre la clé USB dans ma main, comme si elle pouvait disparaître à tout instant.Ethan conduit en silence. Ses mains sont fermes sur le volant. Son regard fixe la route.— Vous savez où elle vit ? je demande enfin.— Je sais où elle se cache.— Depuis longtemps ?— Des années.— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ?— Parce qu’il fallait que tu sois prête.Je me tourne vers lui.— Et là, je suis prête ?— Tu l’es plus qu’hier.Je souris malgré moi.— C’est votre façon de me rassurer ?— Non. C’est la vérité.Je me renfonce dans mon siège. La pluie redouble. Les essuie-glaces peinent à dégager la vue. Mes pensées s’embrouillent.Ma marraine. Je ne me souviens d’e
CHAPITRE 10 — Retour aux cendresTinaLa voiture file à travers les routes étroites, bordées d’arbres sombres et de villages silencieux.Je ne dis rien. Ethan non plus. Le silence entre nous est lourd, habité par des pensées qu’aucun de nous n’ose formuler. Je regarde défiler le paysage par la vitre, et chaque kilomètre me rapproche un peu plus de mon passé.Du sang.De la peur.De cette maison où tout a basculé.Nous arrivons en fin de matinée. Le ciel est blanc, éteint, comme s’il attendait la pluie. Les ruelles du village semblent désertes. Quelques regards curieux, quelques fenêtres qui se referment. Mon oncle doit déjà savoir que je viens.— Reste près de moi, dit Ethan.— Je n’ai pas l’intention de m’éloigner.La voiture s’arrête devant l’ancienne demeure de mes parents. Ou ce qu’il en reste.Les murs noircis par l’incendie se dressent encore, décharnés, comme un squelette. Le toit s’est effondré. Les fenêtres sont vides. L’odeur de brûlé imprègne encore l’air, même après tout c
CHAPITRE 9 — L’aube des véritésTinaJe me réveille avant l’aube.Le corps encore lourd, les lèvres encore chaudes du baiser volé sous la lune. Je reste quelques minutes immobile, les yeux ouverts sur le plafond, à écouter les bruits lointains de la maison qui s’éveille.Tout semble calme. Trop calme.Et pourtant, en moi, un orage gronde.Je me lève, je me lave rapidement, et je descends dans la salle à manger. Les rideaux sont tirés. La table est dressée pour deux. Ethan n’est pas encore là.Je m’assois, les mains croisées sur la nappe. Mon estomac se serre. Je n’ai pas faim. Mais je sais qu’il faut tenir.Lya entre, pâle, les yeux cernés. Elle pose un plateau de fruits et de thé sans me regarder.— Merci, dis-je d’une voix douce.Elle sursaute, comme si ma gentillesse la brûlait.— Vous ne devriez pas me parler, murmure-t-elle.— Pourquoi ?— Parce que je vous ai trahie.— Vous avez eu peur. Ce n’est pas pareil.Elle lève enfin les yeux. Ils sont rouges, pleins de larmes.— Je ne mé







