INICIAR SESIÓNCHAPITRE 10 — Retour aux cendres
Tina
La voiture file à travers les routes étroites, bordées d’arbres sombres et de villages silencieux.
Je ne dis rien. Ethan non plus. Le silence entre nous est lourd, habité par des pensées qu’aucun de nous n’ose formuler. Je regarde défiler le paysage par la vitre, et chaque kilomètre me rapproche un peu plus de mon passé.
Du sang.
De la peur.
De cette maison où tout a basculé.
Nous arrivons en fin de matinée. Le ciel est blanc, éteint, comme s’il attendait la pluie. Les ruelles du village semblent désertes. Quelques regards curieux, quelques fenêtres qui se referment. Mon oncle doit déjà savoir que je viens.
— Reste près de moi, dit Ethan.
— Je n’ai pas l’intention de m’éloigner.
La voiture s’arrête devant l’ancienne demeure de mes parents. Ou ce qu’il en reste.
Les murs noircis par l’incendie se dressent encore, décharnés, comme un squelette. Le toit s’est effondré. Les fenêtres sont vides. L’odeur de brûlé imprègne encore l’air, même après tout ce temps.
Mon cœur se serre. Mes jambes tremblent.
— On peut y aller, dis-je.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Je descends. Ethan me suit, silencieux. Ses gardes restent en retrait.
Je pousse le vieux portail. Il grince, et ce bruit me traverse comme un cri.
Le jardin est retourné. Les fleurs de ma mère ont disparu. L’arbre où je grimpais est fendu, mort. La fontaine est noircie par les flammes.
Je m’avance, les yeux brûlants.
— C’est là que tout a brûlé, dis-je d’une voix étranglée.
— Je suis désolé.
Je ravale mes larmes.
— Ne soyez pas désolé. Aidez-moi à retrouver ce que je cherche.
Nous contournons la maison. Je me souviens que ma chambre était à l’étage, mais l’escalier n’existe plus. Tout est effondré, calciné. Pourtant, je continue. Mes pieds s’enfoncent dans les cendres.
— Où se trouvait ta chambre ? demande Ethan.
— Là-haut, à gauche.
— C’est effondré.
— Je sais.
Mais je ne m’arrête pas. Je fouille les décombres avec mes mains, sans réfléchir. Je soulève des poutres, des morceaux de murs, des tissus réduits en poussière. Rien. Toujours rien.
Puis soudain, mon doigt heurte quelque chose de dur.
Je creuse. Mes ongles se cassent. Mon cœur s’accélère.
C’est la maison de poupée.
Brisée, noircie, mais encore là. Mon père l’avait construite dans un bois si solide qu’il disait qu’elle survivrait à tout. Il avait raison.
Je la tire des décombres, tremblante. Ethan s’agenouille près de moi.
— C’est ça ?
— Oui.
— Ouvre-la.
Je soulève le petit toit. À l’intérieur, des meubles miniatures, des tissus, des souvenirs. Et là, sous le lit miniature, une petite boîte en métal, à peine visible.
Je la saisis. Elle est froide. Fermée par un minuscule cadenas rouillé.
— Il faut l’ouvrir, dis-je.
— Ici, non. Rentrons à la voiture.
Je hoche la tête.
Nous retournons au véhicule, la maison de poupée dans les bras. Je serre la boîte contre ma poitrine comme un trésor.
À l’intérieur, je frotte le cadenas avec un couteau que me tend Ethan. Quelques secondes plus tard, il cède.
Je l’ouvre.
À l’intérieur, une clé USB noire, usée. Et un petit mot plié en quatre.
Mes mains tremblent en dépliant le papier.
« Tina, si tu lis ceci, c’est que je suis mort. Cette clé contient tout. Va voir ta marraine. Elle saura quoi faire. Ne fais confiance à personne. Sauf au loup blessé. Je t’aime. Papa. »
Je relis trois fois. Mon souffle se coupe.
— Le loup blessé… je murmure.
Ethan se tend.
— Quoi ?
— Mon père a écrit : “Sauf au loup blessé.”
— Il parlait de moi.
Je le regarde, incrédule.
— Pourquoi “loup blessé” ?
— Parce que je l’étais. Autrefois.
— Vous m’expliquerez.
— Oui. Mais d’abord, cette clé.
— Vous savez ce qu’elle contient ?
— Des preuves. Mais je ne peux pas la lire ici. Trop risqué.
— Alors nous rentrons.
Il me regarde, surpris.
— Tu ne protestes pas ?
— Non. Mon père m’a dit de vous faire confiance.
Il baisse les yeux.
— Je n’ai pas toujours été digne de ça.
— Moi non plus. Mais on n’a plus le choix.
Il pose sa main sur la mienne.
— Alors faisons équipe.
— Vraiment ?
— Vraiment.
Et pour la première fois, je sens que nous sommes plus proches. Pas seulement par la peur ou le secret, mais par une confiance nouvelle, fragile, mais réelle.
La voiture repart. Le village s’éloigne. La maison de mon enfance disparaît dans le rétroviseur, mais je ne pleure pas.
Je viens de récupérer un fragment de vérité.
Et ce fragment me mène vers ma marraine.
Une femme que je croyais morte.
Mais qui, selon mon père, sait tout.
CHAPITRE 13 — Le piège se dessineTinaL’aube n’est pas encore levée, mais je suis déjà réveillée.Je me tiens près de la fenêtre de la petite chambre que Malik m’a prêtée, les bras croisés, le regard perdu dans la forêt sombre. Mon corps est épuisé, mais mon esprit refuse de s’éteindre.Tout ce que j’ai vu hier tourne en boucle dans ma tête. Les images. Les noms. Les trahisons. Et surtout, le visage de mon père sur cette vidéo, digne, même face à la menace.Je serre les poings.Il ne méritait pas ça. Ni lui, ni ma mère.Alors je me promets que ce que nous allons faire, je le ferai jusqu’au bout.La porte s’ouvre doucement. C’est Ethan.— Tu as dormi ? demande-t-il.— Un peu.— C’est faux.— Peut-être.Il s’approche, s’assied sur le bord du lit.— Moi non plus, je n’ai pas dormi.— Vous pensez à quoi ?— À tout ce qui peut mal tourner.— Ce n’est pas rassurant.— Je ne suis pas là pour te rassurer. Je suis là pour te préparer.Je me tourne vers lui.— Croyez-vous vraiment qu’on peut l
CHAPITRE 13 — Le piège se dessineTinaL’aube n’est pas encore levée, mais je suis déjà réveillée.Je me tiens près de la fenêtre de la petite chambre que Malik m’a prêtée, les bras croisés, le regard perdu dans la forêt sombre. Mon corps est épuisé, mais mon esprit refuse de s’éteindre.Tout ce que j’ai vu hier tourne en boucle dans ma tête. Les images. Les noms. Les trahisons. Et surtout, le visage de mon père sur cette vidéo, digne, même face à la menace.Je serre les poings.Il ne méritait pas ça. Ni lui, ni ma mère.Alors je me promets que ce que nous allons faire, je le ferai jusqu’au bout.La porte s’ouvre doucement. C’est Ethan.— Tu as dormi ? demande-t-il.— Un peu.— C’est faux.— Peut-être.Il s’approche, s’assied sur le bord du lit.— Moi non plus, je n’ai pas dormi.— Vous pensez à quoi ?— À tout ce qui peut mal tourner.— Ce n’est pas rassurant.— Je ne suis pas là pour te rassurer. Je suis là pour te préparer.Je me tourne vers lui.— Croyez-vous vraiment qu’on peut l
CHAPITRE 12 — La vérité dans le noirTinaLa nuit est tombée d’un coup, comme si le ciel voulait nous engloutir.Nous roulons à travers des routes de plus en plus étroites, bordées de silhouettes sombres. Hélène est assise à mes côtés, silencieuse, les mains croisées sur ses genoux. Ethan conduit, le regard fixe, les mâchoires serrées.Personne ne parle.Le silence est lourd, chargé d’une peur ancienne qui remonte à la surface.— Où allons-nous ? je demande enfin.— Voir un vieil ami, répond Hélène. Il s’appelle Malik. Avant, il travaillait dans un grand journal. Puis il a découvert des choses… trop dangereuses. Aujourd’hui, il vit caché, comme moi.— Vous croyez qu’il acceptera de nous aider ?— Il le doit à ton père.La voiture s’arrête devant une maison de bois sombre, sans lumière, perdue au milieu des arbres.Ethan descend le premier. Il observe les alentours, puis nous fait signe.Nous avançons jusqu’à une porte étroite. Hélène frappe selon un rythme précis. Trois coups, deux co
CHAPITRE 11 — Le chemin de la marraineTinaNous roulons depuis plusieurs heures.Le paysage change. Les collines s’effacent, remplacées par des forêts épaisses, des routes étroites, des villages fantômes. La pluie s’est mise à tomber, fine d’abord, puis lourde, frappant le toit de la voiture comme un tambour sourd.Je serre la clé USB dans ma main, comme si elle pouvait disparaître à tout instant.Ethan conduit en silence. Ses mains sont fermes sur le volant. Son regard fixe la route.— Vous savez où elle vit ? je demande enfin.— Je sais où elle se cache.— Depuis longtemps ?— Des années.— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ?— Parce qu’il fallait que tu sois prête.Je me tourne vers lui.— Et là, je suis prête ?— Tu l’es plus qu’hier.Je souris malgré moi.— C’est votre façon de me rassurer ?— Non. C’est la vérité.Je me renfonce dans mon siège. La pluie redouble. Les essuie-glaces peinent à dégager la vue. Mes pensées s’embrouillent.Ma marraine. Je ne me souviens d’e
CHAPITRE 10 — Retour aux cendresTinaLa voiture file à travers les routes étroites, bordées d’arbres sombres et de villages silencieux.Je ne dis rien. Ethan non plus. Le silence entre nous est lourd, habité par des pensées qu’aucun de nous n’ose formuler. Je regarde défiler le paysage par la vitre, et chaque kilomètre me rapproche un peu plus de mon passé.Du sang.De la peur.De cette maison où tout a basculé.Nous arrivons en fin de matinée. Le ciel est blanc, éteint, comme s’il attendait la pluie. Les ruelles du village semblent désertes. Quelques regards curieux, quelques fenêtres qui se referment. Mon oncle doit déjà savoir que je viens.— Reste près de moi, dit Ethan.— Je n’ai pas l’intention de m’éloigner.La voiture s’arrête devant l’ancienne demeure de mes parents. Ou ce qu’il en reste.Les murs noircis par l’incendie se dressent encore, décharnés, comme un squelette. Le toit s’est effondré. Les fenêtres sont vides. L’odeur de brûlé imprègne encore l’air, même après tout c
CHAPITRE 9 — L’aube des véritésTinaJe me réveille avant l’aube.Le corps encore lourd, les lèvres encore chaudes du baiser volé sous la lune. Je reste quelques minutes immobile, les yeux ouverts sur le plafond, à écouter les bruits lointains de la maison qui s’éveille.Tout semble calme. Trop calme.Et pourtant, en moi, un orage gronde.Je me lève, je me lave rapidement, et je descends dans la salle à manger. Les rideaux sont tirés. La table est dressée pour deux. Ethan n’est pas encore là.Je m’assois, les mains croisées sur la nappe. Mon estomac se serre. Je n’ai pas faim. Mais je sais qu’il faut tenir.Lya entre, pâle, les yeux cernés. Elle pose un plateau de fruits et de thé sans me regarder.— Merci, dis-je d’une voix douce.Elle sursaute, comme si ma gentillesse la brûlait.— Vous ne devriez pas me parler, murmure-t-elle.— Pourquoi ?— Parce que je vous ai trahie.— Vous avez eu peur. Ce n’est pas pareil.Elle lève enfin les yeux. Ils sont rouges, pleins de larmes.— Je ne mé







