Home / Romance / Le maître dominateur / Le donneur de leçons

Share

Le donneur de leçons

Author: Anatory
last update publish date: 2026-07-16 01:38:06

Elle rougit légèrement, mais continua. « Pendant que j’attendais, j’ai entendu des femmes parler. Des patientes, je suppose. Elles discutaient de… je ne sais pas exactement, mais ça avait l’air de fonctionner pour elles. Elles disaient que depuis qu’elles suivaient les conseils du Dr Laurent, leur couple allait mieux. Elles parlaient d’un “secret” ou quelque chose comme ça, d’expériences qui ravivaient la flamme. C’était flou, mais elles avaient l’air excitées, heureuses. Peut-être que ça marchera pour nous. »

James mâcha lentement, réfléchissant. « Ça sonne bien. Et le rendez-vous ? »

« J’ai reçu un message cet après-midi. Ils proposent demain matin à 10h. Tu peux te libérer ? »

Il posa sa fourchette, un sourire sincère aux lèvres. Pour la première fois depuis des jours, il avait l’air enthousiaste, comme l’ancien James, celui qui organisait des surprises improvisées pour la faire rire. « Absolument. Je peux décaler une réunion. On y va. Je veux arranger les choses, Liz. Vraiment. »

Ils finirent le repas sur une note plus légère, parlant de son premier jour au boulot des collègues sympathiques, du bureau avec vue sur la vallée et de son travail à elle. Pas de disputes, juste une trêve fragile. Ils allèrent se coucher tôt, dos à dos comme d’habitude, mais avec une lueur d’espoir dans l’air.

Le lendemain matin, ils arrivèrent au cabinet dix minutes en avance. Le soleil filtrait à travers les feuilles roussies, projetant des motifs dansants sur le trottoir. Elisabeth gara la voiture, et ils entrèrent ensemble. Claire leva les yeux de son ordinateur, son sourire professionnel intact.

« Rebonjour, Madame Hartley. Et vous devez être Monsieur Hartley. Comment allez-vous ? Installez-vous, le Dr Laurent sera à vous dans un instant. »

Ils s’assirent dans la salle d’attente, côte à côte sur les fauteuils en velours. James feuilletait un magazine distraitement ; Elisabeth fixait la fontaine, son murmure hypnotique rappelant les bribes de conversation de la veille. Elle n’avait pas tout dit à James pas les détails flous sur l’équipe, les scénarios. C’était trop vague, trop intrigant pour être partagé sans contexte.

La porte du bureau s’ouvrit enfin. Le Dr Sophia Laurent apparut : une femme d’une quarantaine d’années, élégante sans effort, avec des cheveux châtains coupés en un bob structuré, des yeux verts perçants derrière des lunettes à monture fine, et un tailleur pantalon bleu marine qui soulignait sa silhouette athlétique. Elle avait l’air d’une professeure d’université plutôt que d’une thérapeute intelligente, directe, avec une aura de confiance qui imposait le respect immédiat.

« Elisabeth, James. Entrez, je vous en prie. »

Ils la suivirent dans le bureau : une pièce spacieuse, murs crème, un canapé en cuir beige face à deux fauteuils, une table basse avec un bloc-notes et un verre d’eau. Des étagères remplies de livres sur la psychologie du couple, des diplômes encadrés PhD de l’Université de Yale, spécialisation en thérapie sexuelle et relationnelle. Une fenêtre donnait sur un jardin clos, où un érable rougeoyait sous le soleil d’automne.

« Asseyez-vous confortablement, » dit-elle d’une voix ferme mais chaleureuse. « Je suis le Dr Laurent. Appelez-moi Sophia si vous préférez. J’ai une méthode particulière : je suis très directe. Je ne vais pas par quatre chemins. On gagne du temps comme ça, et les résultats sont meilleurs. D’accord ? »

Ils hochèrent la tête, un peu intimidés.

« J’ai lu votre fiche, Elisabeth. Intéressant. Vous êtes mariés depuis trois ans, pas d’enfants, déménagement récent pour le travail de James. Vous notez une satisfaction à 4/10, des tensions sur les différences de caractère toi farceur et extraverti, James ; Vous calme et réservée, Elisabeth. Et l’intimité physique… rare. Moins d’une fois par mois, c’est ça ? »

James rougit. « On doit vraiment entrer dans les détails comme ça ? »

Sophia sourit légèrement. « Oui. C’est le cœur du problème pour beaucoup de couples. Mais d’abord, parlons. James, exprimez-vous. Qu’est-ce qui vous frustre ? »

James se lança : le déménagement, son nouveau job excitant mais stressant, le sentiment que Elisabeth ne s’adaptait pas. « Elle est distante. Comme si je l’avais forcée à venir ici. »

Elisabeth rétorqua : « Tu m’as forcée ! Tu as décidé pour nous deux. Et tes blagues constantes… ça m’épuise. J’ai besoin de profondeur, pas de superficialité. »

Ils s’embrouillèrent un peu, les voix montant, Sophia les observant sans intervenir, notant des choses sur son bloc.

Puis elle leva la main. « Stop. Respirez. Maintenant, une question directe : vous faites l’amour combien de fois par semaine ? »

Ils se figèrent. Elisabeth balbutia : « Vraiment ? C’est nécessaire ? »

« Absolument. L’intimité est la colle du couple. Allez-y. »

James murmura : « Presque jamais. Peut-être une fois tous les deux mois. »

Sophia hocha la tête. « Classique. Selon une étude de l’Institut Kinsey en 2019, 45 % des couples mariés depuis plus de deux ans rapportent une baisse significative de la fréquence sexuelle, souvent due au stress et aux routines. Mais voici le twist : des recherches montrent que introduire de nouvelles expériences sexuelles peut inverser ça. Une étude de l’Université de Chicago en 2022 indique que 62 % des couples qui explorent le libertinage consensuel trios, voyeurisme, échanges voient leur satisfaction grimper de 30 %. Le non-monogame éthique booste la dopamine, renforce la confiance, ouvre la communication. Ce n’est pas pour tout le monde, mais ça sauve des mariages. »

Elisabeth écarquilla les yeux. James fronça les sourcils.

« Attendez, vous suggérez quoi ? Du libertinage ? »

Sophia rit doucement. « Pas forcément. Mais explorer des fantasmes. Vous en avez, non ? Tout le monde en a. Dites-m’en un. »

Ils bégayèrent. Elisabeth secoua la tête. James bredouilla : « C’est ridicule. Vous voulez que je voie ma femme se faire… par un autre ? Et vous croyez que ça arrange un couple ? »

Sophia pencha la tête. « Ce n’est pas moi qui l’ai dit. C’est votre fantasme, James ? Le cuckolding ? C’est courant : 58 % des hommes l’admettent dans des sondages anonymes. »

James pâlit, se leva d’un bond. « C’est n’importe quoi ! Quelle thérapeute êtes-vous ? »

Sophia resta calme. « Attendez. Avant de partir, une question : Elisabeth, pourquoi n’avez-vous pas pris le nom de James ? Hartley-Tran ? »

Elisabeth expliqua : « Pour des raisons professionnelles. Je suis traductrice, je travaille avec des clients vietnamiens. Garder Tran me donne une crédibilité, une indépendance. C’est pas contre lui. »

James grogna : « Ouais, indépendance. C’est tout le problème. »

Sophia nota. « Intéressant. Maintenant, écoutez : je connais quelqu’un en ville. On l’appelle le Donneur de Leçons. Il réalise des fantasmes sur mesure, en toute sécurité. Contrats, consentement. Pensez-y. »

James attrapa sa veste. « J’en ai assez. » Il sortit en claquant la porte.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Le maître dominateur   Une de vos voisines a disparu avant-hier soir

    La sonnette retentit à 9 heures 12 très précisément.Elisabeth le sait parce qu’elle venait de jeter un coup d’œil à l’horloge murale de la cuisine, celle qui avait appartenu à ses grands-parents et qui faisait un bruit de ferraille fatiguée chaque fois que l’aiguille des minutes avançait. Le timbre de la sonnette un carillon à deux notes, aigu puis grave déchira le silence de la maison avec une brutalité incongrue.James fronça les sourcils, reposa sa tasse.« T’attends quelqu’un ? »« Non. Personne. »Il se leva, traversa le hall d’un pas rapide, et elle l’entendit ouvrir la porte, puis le silence, puis sa voix qui disait « Oui ? » sur un ton méfiant.Elle se leva à son tour, s’approcha de l’entrée sans bruit, et resta dans l’ombre du couloir à observer la scène par-dessus l’épaule de James.Deux hommes se tenaient sur le perron. Leurs uniformes étaient impeccables bleu sombre, badges brillants sur la poitrine, ceinturons noirs cirés avec cette précision militaire qui en impose. Le

  • Le maître dominateur   On évite les dîners futurs

    La question lui vint sans prévenir, acérée comme une lame. Depuis leur arrivée dans cette maison, depuis la première séance chez Sophia Laurent, depuis la signature du contrat, depuis Gabriel, depuis la soirée chez Marie, tout s’était accéléré, emmêlé, brouillé. Les repères qu’elle avait mis des années à construire la fidélité, la stabilité, la prévisibilité du couple s’étaient fissurés les uns après les autres, et elle ne savait plus très bien si c’était une catastrophe ou une libération.Elle entendit James descendre avant même de le voir. C’était ce bruit particulier qu’il faisait dans l’escalier deux marches rapides, une pause, deux marches rapides comme s’il comptait les degrés sans y penser. Il apparut dans l’embrasure de la porte, les cheveux en bataille, le tee-shirt froissé, les yeux encore gonflés de sommeil. Il s’arrêta un instant sur le seuil et la regarda, et dans ce regard il y avait tout à la fois de la tendresse, de l’interrogation, et cette prudence nouvelle qui s’éta

  • Le maître dominateur   C’était donc ça, la vie secrète de Maple Lane

    Le lendemain matin se leva sur Maple Lane comme un vieillard fatigué, traînant derrière lui des nuages bas et lourds qui accrochaient la cime des arbres et promettaient une pluie tenace pour l’après-midi. La lumière qui filtrait à travers les persiennes de la chambre avait cette qualité grise et cotonneuse des jours où le ciel, indifférent aux affaires des hommes, garde ses distances et ses secrets. Elisabeth émergea du sommeil par à-coups, comme on remonte des profondeurs, chaque palier de conscience lui ramenant un peu plus le poids de la veille – cette soirée chez Marie, ces corps qui s’entrelaçaient avec une désinvolture calculée, cette fuite précipitée dans la nuit fraîche, et puis leur étreinte silencieuse, presque désespérée, comme pour se prouver qu’ils existaient encore l’un pour l’autre en dehors de tout cela.Elle resta immobile un long moment, les yeux ouverts sur le plafond où dansaient les reflets pâles du platane secoué par le vent. À côté d’elle, James dormait sur le d

  • Le maître dominateur    C’est quoi ce bordel ?

    Le dîner fut, contre toute attente, délicieux. Le rôti de bœuf, cuit à la perfection, fondait sous la lame du couteau. Les légumes grillés carottes, panais avaient cette saveur caramélisée que seul un four bien maîtrisé peut produire. Le plateau de fromages, généreux et varié, fit l’unanimité. Elisabeth, qui n’avait pas eu grand appétit de la journée, se surprit à manger avec entrain, portée par l’ambiance chaleureuse et les conversations légères.James, de son côté, se révéla brillant. Il raconta avec humour les affres de son nouveau poste le directeur financier qui changeait d’avis tous les quarts d’heure, l’open space où il était impossible de téléphoner sans être entendu de tous et fit rire toute la tablée. Paul, le mari de Claire, se découvrit une passion commune pour le golf, et ils échangèrent longuement sur les mérites comparés des clubs de la région. Même Laura, la belle statue au tailleur noir, se dérida légèrement lorsqu’il évoqua sa mésaventure avec un tableau Excel qui av

  • Le maître dominateur   Notre jardin secret

    Il la regarda longuement, son visage impassible mais ses yeux ces yeux qu’elle apprenait encore à déchiffrer après toutes ces années laissaient filtrer quelque chose. De la prudence ? De l’appréhension ? Ou simplement la même fatigue qui alourdissait ses propres épaules ?« Ouais, » dit-il enfin. « Peut-être. » Il but une longue gorgée d’eau, reposa la bouteille sur le comptoir. « Ecoute, Liz. Cette soirée, c’est pour être normaux. Juste normaux. On parle de la pluie et du beau temps, du boulot, du quartier. Pas de… » Il n’acheva pas sa phrase, mais le sous-entendu flottait dans l’air entre eux, épais et lourd.« Pas de Gabriel. Pas de thérapie. Pas de tout ça, » compléta-t-elle.« Oui. Pas de tout ça. » Il la regarda, et quelque chose dans son expression une vulnérabilité qu’il montrait si rarement lui serra le cœur. « Ça reste entre nous, d’accord ? Ce qu’on fait, ce qu’on explore… c’est notre jardin secret. Les voisins n’ont pas besoin de savoir. »Elle hocha la tête, traversa la c

  • Le maître dominateur   Une simple soirée de voisinage

    Elle répondit d’un simple OK suivi d’un émoticône sourire ce petit pictogramme jaune et idiot qui était censé résumer des océans d’émotions complexes et reposa le téléphone face contre le bois.La journée s’étira, longue et étrange, faite de gestes dénués de sens et de pensées qui tournaient en rond comme des lions en cage. Elle essaya de travailler un rapport sur les flux commerciaux entre Hô-Chi-Minh-Ville et Los Angeles, commandé par une chambre de commerce mais les chiffres dansaient devant ses yeux, les pourcentages se transformaient en regards gris, les tableaux Excel devenaient des corps enlacés. Elle abandonna au bout d’une heure, ouvrit la traduction du poème de Nguyễn Quang Thiều, la referma presque aussitôt. La brume qui montait des rizières, ce matin, n’était pas celle du Vietnam mais celle, plus opaque, plus entêtante, qui envahissait sa propre tête.Elle rangea. Elle plia le linge qui séchait sur l’étendoir les draps, les serviettes, les tee-shirts de James qu’elle align

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status