เข้าสู่ระบบElisabeth rentra chez elle avec le latte encore chaud entre les mains, la tasse en carton diffusant une vapeur vanillée qui se mêlait à l’air frais de l’après-midi. La rue Maple Lane était toujours aussi tranquille, les feuilles d’automne craquant sous ses pas comme des promesses brisées. Elle poussa la porte d’entrée, posa son manteau sur le crochet près du hall, et se dirigea directement vers le bureau improvisé qu’elle avait installé dans la petite pièce du rez-de-chaussée une table en bois clair, son ordinateur portable, une pile de livres de référence en vietnamien et en anglais, et une lampe de bureau qui projetait une lumière chaude et concentrée.
La maison était silencieuse, presque trop. Pas de bruits de voisins bruyants comme à Boston, pas de klaxons lointains ou de sirènes hurlantes. Juste le tic-tac discret d’une horloge murale qu’ils avaient achetée dans une brocanteur local. Elisabeth s’assit, ouvrit son ordinateur, et se plongea dans son travail. Elle était traductrice freelance, spécialisée dans les documents légaux et littéraires du vietnamien vers l’anglais contrats pour des entreprises internationales, poèmes d’auteurs diasporiques, essais sur l’histoire post-coloniale. Aujourd’hui, c’était un rapport sur les droits des migrants pour une ONG. Les mots dansaient sur l’écran, familiers et exigeants, et pour la première fois depuis le déménagement, elle se sentit ancrée. Le travail l’absorbait, effaçant temporairement les échos de la matinée : la dispute avec James, la porte refermée un peu trop fort, les murmures des trois femmes dans la salle d’attente.
La journée fila à une vitesse surprenante. Les heures s’enchaînèrent : un paragraphe traduit, une note de bas de page vérifiée, un e-mail envoyé à son client pour une clarification. À un moment, son téléphone vibra un message de Claire, la réceptionniste : « Madame Hartley, votre fiche a été examinée. Le Dr Laurent propose plusieurs créneaux pour une première séance de couple. Demain matin à 10h ? Répondez pour confirmer. » Elisabeth fixa l’écran un instant, le cœur battant. Demain ? Si tôt ? Elle tapa un rapide « Oui, merci. » avant de retourner à son écran. Pas le temps de ruminer. Le travail était son refuge, un filet de sécurité contre les incertitudes du mariage.
Le soir tomba comme un rideau lourd, le ciel virant au violet profond. Elisabeth leva les yeux de son ordinateur : 18h45. James rentrerait bientôt ou du moins, elle l’espérait. Malgré la dispute, elle ne pouvait pas imaginer le laisser rentrer dans une maison vide et froide. Elle se leva, étira ses épaules endolories, et se dirigea vers la cuisine. Un repas rapide, se dit-elle. Pas de grande cuisine ce soir juste quelque chose de simple, réconfortant. Elle fouilla dans le frigo : des pâtes, une sauce tomate maison qu’elle avait préparée le week-end précédent, du parmesan râpé, une salade verte. Elle mit l’eau à bouillir, versa la sauce dans une poêle, et ajouta une pincée de basilic séché. L’odeur familière emplit la pièce, chassant un peu la tension accumulée.
James rentra à 19h15, la clé tournant dans la serrure avec un clic fatigué. Il posa sa sacoche près de la porte, enleva ses chaussures un rituel qu’il avait adopté depuis Boston pour ne pas salir le sol et entra dans la cuisine. Ses cheveux étaient en bataille, sa chemise légèrement froissée, mais ses yeux noisette s’illuminèrent en la voyant.
« Ça sent bon ici. »
Elisabeth remua la sauce sans se retourner. « Pâtes à la tomate. Simple, mais ça remplit l’estomac. »
Il s’approcha, hésitant, et posa une main sur son épaule. Elle ne se raidit pas, mais ne se tourna pas non plus.
« Liz… pour ce matin, je suis désolé. J’étais stressé pour le boulot. Premier jour et tout. »
Elle hocha la tête, versa les pâtes dans l’eau bouillante. « Moi aussi. Allons manger. »
Ils s’assirent à la table de la salle à manger encore entourée de cartons à moitié déballés et mangèrent en silence au début. Les fourchettes cliquetaient contre les assiettes, un bruit amplifié par le calme de la maison. Puis Elisabeth posa sa fourchette.
« J’ai été en ville aujourd’hui. Au cabinet du Dr Laurent. »
James leva les yeux, intéressé. « Ah ouais ? Comment c’était ? »
Elle raconta : l’adresse sur Main Street, la salle d’attente cosy avec sa fontaine murmurante, la réceptionniste nommée Claire. « Ils ne fixent pas de rendez-vous direct. Il faut remplir une fiche d’abord des questions sur nous, notre relation, nos… problèmes. J’ai rempli la mienne sur place. C’était bizarre, un peu intrusif, mais pas trop. Des trucs comme la fréquence des disputes, la satisfaction globale. Et pour l’intimité… »
James sourit et s’approcha avec Elisabeth.« On essaie de se rappeler qu’il existe une vie en dehors du travail et des dîner insolites . » Marie eut un rire un peu hésitant. La soirée chez elle n’était visiblement pas oubliée. Depuis qu’ils étaient partis avant la fin du dîner, Elisabeth avait parfois repensé à leurs visages, à ces regards échangés autour de la table et à la manière dont la conversation avait progressivement glissé vers des propositions qu’elle n’avait jamais imaginé entendre de la bouche de personnes qu’elle connaissait depuis des mois.Claire sembla comprendre ce qui leur traversait l’esprit.« Je voulais vous dire que j’espère que vous ne vous êtes pas sentis obligés de vous justifier l’autre soir. On s’est peut-être un peu laissés emporter par la conversation. »« Ce n’est pas grave », répondit Elisabeth, même si elle cherchait encore la bonne manière de parler de cette soirée sans donner l’impression de juger qui que ce soit. « On a simplement été surpris. Ce n’
Le samedi matin, James entra dans la chambre avec deux tasses de café et cette expression faussement innocente qui, autrefois, annonçait presque toujours une mauvaise idée.« Avant que tu me dises que tu as du travail, que tu dois ranger l’appartement ou que tu préfères passer la journée en pyjama, j’aimerais te proposer quelque chose. »Elisabeth, encore enfouie sous la couette, entrouvrit un œil.« Tu as préparé un discours pour me convaincre de sortir de mon lit ? »« J’y ai consacré une bonne partie de la matinée. J’ai même envisagé de faire une présentation PowerPoint, mais je me suis dit que ça risquait de gâcher le romantisme de l’instant. »Elle eut un petit rire et se redressa pour récupérer sa tasse.« Je t’écoute, alors. »James s’assit au bord du lit, son café entre les mains. Il avait l’air sincèrement enthousiaste, ce qui lui faisait du bien à voir. Depuis quelques semaines, leurs sorties se résumaient surtout à des dîners chez les voisins, des rendez-vous dont ils parla
Le lendemain matin, James partit avant sept heures.Elisabeth resta quelques minutes dans le lit après son départ, les yeux fixés sur la lumière pâle qui filtrait entre les rideaux. Elle n'avait presque pas dormi. Son cerveau semblait avoir décidé que la nuit était le moment idéal pour lui rappeler toutes les choses qu'elle essayait de ne pas penser.À huit heures, elle était assise à son bureau.Le poème de Nguyễn Quang Thiều l'attendait toujours, accompagné d'un courriel de son client lui demandant si elle pouvait livrer une première version avant la fin de la semaine.Elle relut trois fois la même phrase.Puis elle ouvrit un autre onglet.Elle consulta ses courriels, répondit à Linh qui lui avait envoyé une photo de son déjeuner, regarda les nouvelles de Boston, puis revint à sa traduction.Au bout de vingt minutes, elle n'avait pas avancé d'une seule ligne.Elle se leva pour faire du café.La maison lui parut immense.À Boston, elle avait toujours vécu dans un appartement où le br
James rentra un peu après dix-huit heures trente.Elisabeth l'entendit chercher ses clés dans l'entrée, jurer à mi-voix, puis refermer la porte avec son pied. Elle était dans la cuisine depuis presque une heure, occupée à préparer le dîner. Le bouillon du phở mijotait doucement sur la plaque, et la vapeur avait embué une partie de la fenêtre au-dessus de l'évier.— Je suis rentré !— J'avais remarqué.— C'est froid comme accueil. Je peux repartir si tu préfères.Elle sourit malgré elle en l'entendant approcher. James apparut dans l'encadrement de la porte, sa sacoche encore sur l'épaule, sa cravate desserrée et les cheveux légèrement aplatis d'un côté. Il avait cette mine fatiguée qu'il prenait les jours où son travail lui avait demandé de faire semblant de trouver intelligentes des décisions qu'il jugeait absurdes.Il s'approcha d'elle pour l'embrasser.— Ça sent incroyablement bon.— Tu dis ça parce que tu as faim.— Je dis ça parce que j'ai passé ma journée à manger des sandwichs d
Ils marchèrent côte à côte dans les allées. Gabriel prenait parfois un article au hasard une boîte de tomates pelées, un paquet de riz basmati et le mettait dans son panier. Il parlait d’une voix calme, légère, comme s’ils étaient de vieux amis. « Vous savez, je trouve que cette ville a quelque chose de particulier. Les gens y sont polis, discrets… mais sous la surface, il y a une vraie soif de vivre. De sensations. Vous l’avez senti aussi, non ? » Elisabeth rougit. Elle fixait les étiquettes des sauces sans les voir. « Je… je ne sais pas. On vient d’arriver. » Il rit doucement. « Vous êtes trop modeste. Vous avez déjà vu plus de choses en quelques semaines que la plupart des habitants en dix ans. » Il s’arrêta près du rayon des épices, prit un flacon de curcuma, le regarda, puis le reposa. Son bras effleura le sien un contact bref, mais suffisant pour que sa peau picote. « Détendez-vous, Elisabeth. Ici, personne ne sait qui je suis vraiment. Pour eux, je suis juste un homme qui
Elle venait de s’arrêter devant les flacons de safran, hésitant entre la marque espagnole et la marque iranienne, quand une silhouette attira son attention dans son champ de vision périphérique. Un homme, à trois mètres d’elle, de dos. Grand, large d’épaules, vêtu d’un pull noir à col roulé qui épousait parfaitement sa musculature. Des cheveux noirs mi-longs, légèrement ébouriffés, comme s’il avait passé la main dedans quelques instants plus tôt.Son cœur cessa de battre une fraction de seconde.Elle connaissait cette silhouette. Elle l’avait vue ailleurs, dans un contexte totalement différent, dans la pénombre tamisée d’une maison où les règles habituelles ne s’appliquaient pas. Elle avait senti ce corps peser sur le sien, ces bras l’enlacer, ces mains explorer chaque parcelle de sa peau avec une lenteur méthodique et dévastatrice.Gabriel Voss.Il était là, dans ce supermarché banal, en train d’examiner un bocal de safran comme le ferait n’importe quel habitant de Rivemont un jeudi







