MasukJames rentra peu après, à 18h45, l’air fatigué mais joyeux, sa sacoche jetée près de la porte avec un bruit sourd qui résonna dans le hall encore vide de souvenirs personnels. Il secoua ses cheveux blonds humides de la bruine extérieure, laissant tomber quelques gouttes sur le sol en bois ciré, et huma l’air avec une expression de pur délice. L’odeur du phở accueillit comme une étreinte familière, emplissant la maison d’une chaleur épicée qui contrastait avec la fraîcheur automnale dehors. Ses yeux noisette s’illuminèrent, chassant momentanément les rides de fatigue creusées par sa journée au bureau. “Waouh, ça sent le paradis vietnamien ici. T’as cuisiné pour un régiment ? Ou c’est juste pour me faire oublier que je viens de passer huit heures à pitcher des slogans pour des pilules contre l’arthrite ?”Elisabeth, qui remuait le bouillon une dernière fois sur la plaque, se tourna vers lui avec un sourire forcé, masquant le tourbillon intérieur qui l’agitait depuis son retour du manoir
Soudain, son téléphone sonna une mélodie familière, celle qu’elle avait assignée à ses parents des années plus tôt, un tintement doux mais insistant qui fit sursauter Elisabeth dans le silence de la cuisine. L’écran s’alluma : “Maman ”. Elle posa le couteau avec précaution sur la planche à découper, essuya ses mains sur le torchon accroché à son épaule, et appuya sur le bouton du haut-parleur. La voix de sa mère jaillit immédiatement, chaude, inquiète, enveloppante comme une couverture qu’on vous pose sur les épaules par une soirée froide.« Ma chérie, c’est maman. Je t’appelle juste pour prendre des nouvelles. Comment s’est passé l’emménagement ? Tu es bien installée ? La maison te plaît ? Tu manges au moins correctement ? »Elisabeth sourit malgré elle, un sourire teinté de tendresse et de culpabilité. Elle s’adossa au comptoir, croisant les bras comme pour se protéger de l’émotion qui montait déjà. La voix de sa mère avait ce pouvoir : elle pouvait la ramener instantanément à l’enf
Elle s’engouffra dans la Honda CR-V, claquant la portière un peu trop fort, comme pour chasser les fantômes de la conversation. Le moteur ronronna à la vie, et elle s’inséra dans la circulation fluide de Willow Creek, les essuie-glaces balayant rythmiquement le pare-brise embué. Dans la voiture, isolée du monde par le cocon de métal et de verre, son esprit repassa en boucle les questions de Gabriel. “Vous en êtes sûre ?” avait-il demandé, son regard gris perçant la transperçant comme une lame. Et elle avait répondu oui, sous la pression de ce charisme magnétique, de cette intensité qui l’avait déstabilisée au point où elle s’était sentie petite, exposée, vulnérable. Était-ce vraiment le fantasme de James ? Ou l’avait-elle projeté pour justifier sa propre curiosité ? La culpabilité l’envahit, acide et brûlante : James n’était pas là, il travaillait dur pour eux, et elle avait signé un contrat qui engageait leur intimité sans même le consulter. “Impulsive,” se reprocha-t-elle, serrant l
Elle bégaya, les mots se bousculant dans sa gorge sèche, son esprit cherchant désespérément une échappatoire. « Eh bien... des problèmes d’ordre intime. Ça affecte notre vie sentimentale tout entière. On est mariés depuis trois ans, et... le feu s’est éteint. Petit à petit, sans qu’on s’en rende compte au début. Les disputes s’accumulent, le quotidien nous étouffe, et... on a décidé de tester de nouvelles expériences. Au début, on était dubitatifs James surtout, il a claqué la porte chez le Dr Laurent hier. Mais... pourquoi pas ? Peut-être que ça pourrait nous aider à retrouver ce qu’on a perdu. » Ses mains tremblaient plus fort maintenant, et elle les serra l’une contre l’autre pour les calmer, sentant une vague de vulnérabilité l’envahir. Admettre ça à voix haute, face à cet homme charismatique et impassible, la faisait se sentir exposée, nue émotionnellement, comme si elle livrait un secret qu’elle n’avait même pas pleinement avoué à elle-même.Gabriel hocha la tête lentement, son
Seule, Elisabeth observa la pièce, intriguée malgré elle. Les murs étaient ornés de peintures érotiques subtiles des nus artistiques, des corps entrelacés dans des poses sensuelles, inspirées de Klimt ou d’Egon Schiele, avec des touches de modernité. Des étagères remplies de livres : des traités de psychologie sexuelle (Freud, Kinsey), des romans érotiques classiques (Anaïs Nin, le Marquis de Sade), des volumes plus ésotériques sur le tantra et le BDSM philosophique. Sur une table d’appoint, des statues en bronze : une femme alanguie, un couple enlacé, des objets plus chelous un masque vénitien en cuir, une plume d’autruche noire, un fouet en soie tressée qui semblait décoratif mais évoquait des promesses interdites. Elisabeth se leva, attirée comme par un aimant. Elle effleura du bout des doigts une statue froide et lisse, son esprit vagabondant : qu’est-ce que tout ça signifiait ? Était-ce un piège esthétique pour mettre les clients à l’aise... ou pour les séduire ? Elle était telle
Le lundi arriva comme une vague inévitable, balayant les doutes et les rires du week-end avec une réalité brutale et excitante. Elisabeth s’éveilla tôt, avant même que l’alarme de James ne sonne, son corps tendu par une anticipation qu’elle n’arrivait pas à définir un mélange de curiosité brûlante et d’appréhension glacée qui lui nouait l’estomac. La chambre était baignée d’une lumière grise et diffuse, filtrant à travers les rideaux tirés, le ciel de Willow Creek couvert de nuages bas qui promettaient une pluie fine. Elle resta allongée un moment, écoutant le souffle régulier de James à ses côtés, son bras jeté en travers du matelas comme pour la retenir dans ce cocon de normalité. Mais la normalité avait fui depuis la veille ; la décision prise dans l’euphorie nocturne pesait maintenant comme une promesse lourde de conséquences.James remua enfin, grognant en éteignant son alarme. Il se tourna vers elle, ses yeux noisette encore embrumés de sommeil, et l’embrassa sur l’épaule un bai







