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Chapitre 7

last update Petsa ng paglalathala: 2026-08-08 03:06:08

Chapitre 7

Naelys

La porte de mon appartement est entrouverte et cette fente minuscule, cette brèche dans la sécurité de mon sanctuaire, déclenche en moi une alarme plus stridente que toutes les sirènes de la ville.

Je pousse le battant du bout des doigts, le cœur suspendu à un fil qui menace de se rompre à chaque millimètre de bois qui cède, et le spectacle qui s'offre à moi est un poing qui se referme sur ma gorge. Mon salon, mon refuge, mon espace de silence et d'ordre, n'est plus qu'une plaie ouverte. Les tiroirs du secrétaire ancien que ma mère m'a légué pendent comme des langues mortes, les dossiers qui s'y trouvaient éparpillés sur le parquet en une constellation de papier froissé. Les coussins du canapé ont été éventrés, leur rembourrage blanc répandu en flocons lugubres. Les livres de ma bibliothèque gisent au sol, ailes brisées, pages cornées.

Je reste debout sur le seuil, incapable d'avancer, incapable de reculer, prisonnière de ce viol silencieux. L'odeur est la première chose qui m'assaille vraiment : mon parfum d'intérieur, ce jasmin nocturne qui flotte toujours dans l'air comme une signature olfactive, est maintenant mêlé à une odeur étrangère, masculine, un mélange de cuir rêche, de transpiration acide, de tabac froid. Quelqu'un a respiré mon air, a touché mes objets, a souillé mon intimité de sa présence indésirable. Mon estomac se soulève, mes mains deviennent moites, un voile glacé descend le long de ma nuque.

Je fais un pas, puis un autre, mécanique, absurde, comme si j'entrais dans la scène d'un crime dont je serais à la fois la victime et l'enquêtrice. Mes talons crissent sur des éclats de verre — le cadre photo de ma remise de diplôme, brisé, le sourire de la jeune femme que j'étais piétiné par une semelle anonyme. Je m'agenouille, le tissu de ma jupe se tend sur mes cuisses, et je ramasse ce sourire brisé avec des doigts qui ne tremblent pas encore mais qui vont trembler, je le sais, dès que le choc se dissipera pour laisser place à la terreur.

Je me relève et commence l'inventaire des dégâts, cet inventaire que toute victime de cambriolage dresse avec une minutie désespérée pour reprendre le contrôle. Mes bijoux sont toujours dans leur écrin de velours sur la commode, le collier de perles, les boucles d'oreilles en diamant héritées de ma grand-mère, rien n'a été volé. Mon ordinateur portable est resté sur le bureau, écran ouvert, aussi intact que si je venais de le quitter. La télévision, les tableaux, l'argenterie, tout est à sa place, tout est intact, et c'est précisément cette intégrité qui me glace le sang bien plus qu'un appartement vidé de ses richesses.

Parce que seuls les documents ont disparu. Mes copies du dossier Draxen, mes notes d'enquête, les transcriptions de mes entretiens avec Marcus Rell, le rapport balistique que j'avais obtenu par des canaux officieux, les photos des scènes de crime, les relevés téléphoniques, tout ce qui concernait l'affaire, absolument tout, a été méthodiquement collecté, rassemblé, emporté. Rien d'autre ne manque. Pas un bijou, pas un objet de valeur, pas une babiole. Le message est sculpté dans le vide laissé par ces papiers absents : on ne veut pas mon argent, on ne veut pas mes biens, on veut mon silence.

Je m'assois sur le canapé éventré, les jambes soudain trop faibles pour soutenir le poids de cette découverte, et je laisse le silence retomber sur l'appartement comme un linceul. Ma respiration est courte, saccadée, je la sens qui gratte ma gorge, qui se bloque dans ma poitrine, qui refuse de descendre jusqu'à mes poumons. Je suis avocate, j'ai l'habitude des menaces, des lettres anonymes, des regards appuyés, des sous-entendus qui promettent des représailles. Mais ceci est d'un autre ordre. Ceci est une intrusion dans ma chair, une violation de mon espace le plus sacré, la preuve que quelqu'un connaît mon adresse, mon emploi du temps, mes habitudes, et que ce quelqu'un peut entrer chez moi quand il le veut, comme il le veut, sans laisser d'autre trace que l'absence.

La solitude s'abat sur moi à cet instant précis, non pas comme une vague progressive mais comme un couperet, une guillotine émotionnelle qui sectionne tous les fils qui me reliaient au monde. Je n'ai pas de famille proche, ma mère est morte il y a cinq ans et mon père s'est dissous dans le chagrin comme un sucre dans l'eau amère, je n'ai pas d'amant, je n'ai pas d'amis assez intimes pour que je les appelle à minuit sans prétexte, j'ai des collègues qui me jalousent, des concurrents qui me méprisent, des clients qui me tolèrent. La seule personne qui s'intéresse à moi en ce moment, la seule présence qui plane au-dessus de ma vie comme un ange gardien ou un démon surveillant, c'est Kyrel Draxen, l'homme que je suis censée défendre, l'homme dont le nom seul a suffi à transformer mon appartement en scène de crime.

Je me lève, les jambes flageolantes, et je marche jusqu'à la fenêtre. Le rideau de lin blanc que j'ai choisi pour sa transparence légère est maintenant un voile funèbre qui me sépare de la nuit hostile. Je l'écarte du bout des doigts, juste assez pour glisser un regard vers la rue déserte, vers les lampadaires qui projettent leurs cônes de lumière orange sur le bitume mouillé, vers les voitures garées en file indienne. Rien ne bouge, rien ne cloche, et pourtant je sais, je sens, je perçois avec une acuité presque douloureuse que des yeux sont braqués sur mes fenêtres, que je suis épiée, traquée, cataloguée.

Ce n'est plus une enquête que je mène, c'est une guerre dans laquelle j'ai été enrôlée sans mon consentement, une guerre dont les batailles se livrent dans l'ombre, hors des prétoires, hors des règles que j'ai passé ma vie à défendre. Je pose mon front contre la vitre froide et je ferme les yeux, et pour la première fois depuis que j'ai prêté serment, depuis que j'ai enfilé cette robe noire qui était mon armure, je me sens nue, seule, terriblement seule, avec pour unique certitude que la vérité que je cherche est assez dangereuse pour qu'on veuille la brûler avant que je ne la trouve, et que la prochaine fois, ce ne seront peut-être pas seulement mes dossiers qu'on emportera.

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