Beranda / Romance / Le pari dangereux / Chapitre 6 : Premier échange verbal

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Chapitre 6 : Premier échange verbal

Penulis: Clara Wynter
last update Terakhir Diperbarui: 2025-12-08 03:38:40

La lumière du matin avait cette douceur cruelle qui révèle tout sans jamais demander la permission. Dans le café où Alexie avait trouvé refuge, les tables étaient encore à moitié vides, le bruit discret des tasses et des conversations légères formait une bulle rassurante. Rien à voir avec le lounge de la veille.

Un endroit où le cerveau aurait dû se calmer.

Elle était venue là pour se reposer.

Ou plutôt, pour fuir son propre reflet mental depuis la nuit dernière.

Elle avait dormi… deux heures, peut-être trois. Ses pensées ne s’étaient jamais arrêtées.

Le regard d’Ethan était resté imprimé sous ses paupières, brûlant les fragments de sommeil.

Elle remua son café avec un automatisme las, le parfum intense du grain fraîchement moulu s’élevant dans l’air froid de la salle.

Ce n’était qu’un pari.

Elle se le répétait depuis l’aube.

Comme un mantra.

Comme un mensonge.

L’intérieur du café était décoré avec goût : briques apparentes, plantes tombantes, quelques tableaux abstraits. La musique était douce, acoustique, presque trop apaisante pour ce qu’elle ressentait. Ce décalage la mettait encore plus mal à l’aise.

Elle consulta machinalement son téléphone.

Un message de Sarah : « Bien dormi ? :) »

Alexie soupira. Que répondre ?

« Oui, j’ai rêvé que le diable avait des yeux noirs et me fixait toute la nuit »

Pas idéal.

Elle reposa le téléphone face contre table, comme pour empêcher les mots de s’échapper.

Elle porta sa tasse à ses lèvres. Le café était brûlant, presque agressif.

Elle s’accrocha à cette douleur familière, tangible.

Juste un pari.

Juste une blague entre amis.

Alors pourquoi son cœur battait-il encore à l’idée de le revoir ?

Pourquoi scrutait-elle inconsciemment chaque entrée du café depuis qu’elle était arrivée ?

Parce qu’une part d’elle — celle qu’elle n’aimait pas beaucoup — espérait le revoir.

Et l’autre… en avait une peur viscérale.

Tu dois gérer ça, Alexie.

Cette obsession ridicule.

Cette curiosité dangereuse.

Elle ferma les yeux quelques secondes.

Puis un bruit à l’entrée la fit relever la tête bien trop vite.

Juste un couple.

Normal.

Sans conséquence.

Elle relâcha un souffle qu’elle ne savait pas avoir retenu.

C’était épuisant, cette attente.

Et absurde.

Elle avait une vie avant ce gars.

Il allait falloir la retrouver.

Elle ouvrit son ordinateur portable, histoire de se convaincre qu’elle pouvait réfléchir à autre chose. L’écran refléta brièvement son visage : yeux fatigués mais allumés, peau encore rosée par le froid du matin.

Elle tapota quelques mots au hasard, effaça aussitôt.

Impossible.

Son regard glissa une nouvelle fois vers l’entrée du café.

Personne.

Elle se détesta un peu à cet instant.

Arrête de le chercher.

Elle soupira et se concentra sur son café. Les minutes passèrent, lourdes, lentes.

Elle commençait enfin à croire qu’elle pourrait reprendre sa journée à zéro…

…lorsque son ventre se serra brutalement.

Elle n’avait pas entendu le bruit de pas.

Ni le son de la porte.

Mais elle savait.

Son corps savait avant même de regarder.

Quelqu’un s’arrêta près d’elle.

Son cœur fit un bond suicidaire dans sa poitrine.

Elle leva les yeux.

Et l’univers réduit à une seule silhouette.

Lui.

Ethan.

Simplement vêtu : un manteau sombre, une chemise anthracite, les cheveux légèrement décoiffés comme si le vent avait tenté de le dompter — sans succès.

Le décor du café, les voix alentours, le bruit des cuillères… tout disparut.

Ses yeux noirs se posèrent sur elle.

Et elle sut que rien dans ce café — ni dans cette journée — ne serait simple.

Il n’avait pas le regard du bar.

Il n’avait pas cette froideur glaciale de la veille.

Mais il n’avait rien de rassurant non plus.

Ce regard était… plus vif.

Plus attentif.

Plus conscient d’elle.

Il fit un pas dans sa direction, lentement.

Comme s’il s’assurait qu’elle ne s’enfuie pas.

Elle resta immobile, malgré ses jambes qui menaçaient de flancher.

La proximité n’était pas encore là.

Mais la tension, elle, remplissait déjà l’air entre eux.

Il s’arrêta à une distance respectueuse, mais chaque centimètre semblait chargé :

— Tu me suis.

Sa voix.

Grave.

Sobre.

Un constat sans panique, sans sourire.

Pas une accusation.

Mais une vérité.

Désarmante.

Alexie cligna des yeux, surprise, déstabilisée.

— Quoi… Non… C’est toi qui… euh… je suis venue ici parce que leur cappuccino est bon.

Bravo Alexie.

Poésie pure.

Un silence délicatement tendu s’installa.

Il l’examinait, encore.

Pas comme hier.

Aujourd’hui, son regard cherchait quelque chose.

— Est-ce que tu viens ici souvent ?

Il posa la question comme on teste une hypothèse.

Elle sentit un frisson lui glisser dans le dos.

— C’est mon café préféré, répondit-elle, en se demandant pourquoi parler devenait aussi compliqué.

Il acquiesça très légèrement.

Comme si cette information avait du sens dans son esprit.

— Je comprends.

Puis, sans avertir, il tira la chaise en face d’elle.

Et s’assit.

Calmement.

Naturellement.

Comme si c’était l’endroit le plus logique où être.

Alexie sentit sa respiration devenir trop consciente, trop bruyante à son goût.

Elle posa sa main sur sa tasse pour se donner une contenance.

Il croisa ses doigts devant lui, ancré dans une posture impénétrable.

Puis il demanda :

— Est-ce que tu as repris ton souffle ?

Elle resta muette.

Question trop directe.

Trop lucide.

Alors… il avait remarqué.

Ce que son regard lui avait fait hier.

Ce que sa présence lui faisait maintenant.

Il voyait tout.

Et ça la terrifiait autant que ça l’attirait.

Elle soutint son regard tant qu’elle put.

Puis lâcha dans un souffle :

— Pas complètement.

La réponse jaillit, fragile, honnête.

Beaucoup trop honnête.

Et un imperceptible sourire, presque invisible, effleura ses lèvres.

Pas un sourire plein d’assurance.

Pas de séduction non plus.

Juste…

une reconnaissance.

Ou une première victoire.

Elle était piégée.

Et elle le savait.

Le silence entre eux n’avait rien de gênant.

Il était dense. Chargé.

Un silence qui parlait trop.

Ethan maintenait ce regard profond sur Alexie, celui qui la dépouillait de ses défenses une à une. Elle tenta de s’accrocher à son café comme à un bouclier.

— Donc… tu me suis, répéta-t-il avec une pointe d’ironie douce.

Ses mots flottèrent dans l’air, légers mais précis, comme une flèche tirée sans effort.

Alexie se redressa, un peu vexée qu’il ait deviné ce qu’elle refusait d’admettre.

— Absolument pas. Je flâne. Je déguste. Je… vis ma vie.

Elle marqua une pause.

— Et c’est toi qui viens t’asseoir à ma table.

Elle haussa les sourcils.

— Si quelqu’un suit quelqu’un dans cette histoire…

Ethan l’interrompit avec un calme déstabilisant :

— Peut-être qu’on se suit tous les deux.

Un frisson lui parcourut la nuque.

Elle tenta de détourner la tension par un sarcasme maladroit :

— Tu sais… c’est terrifiant comme phrase.

— C’est pourtant ce qui semble se passer, répondit-il posément.

Il ne souriait pas.

Mais quelque chose dans sa voix… vibrait.

Alexie se sentit soudain trop observée.

Elle baissa les yeux vers sa tasse, puis releva rapidement la tête.

— Tu viens souvent ici ? demanda-t-elle pour reprendre la main sur la conversation.

— Pas avant aujourd’hui.

Elle cligna des yeux.

— Donc tu m’as suivie.

Cette fois, un vrai sourire effleura ses lèvres.

Infime.

Mais réel.

— Je n’ai fait que marcher.

Il posa ses avant-bras sur la table.

— Et je t’ai trouvée.

Elle se redressa, les mains crispées sur son café.

— On dirait une phrase de stalker…

— Ou de quelqu’un qui tombe sur une coïncidence intéressante.

La façon dont il prononça « intéressante » changea complètement la température du café.

Elle tenta de respirer normalement.

Il observa son trouble.

Il ne s’en moquait pas.

Il l’étudiait.

— Tu es toujours aussi nerveuse ? demanda-t-il calmement.

— Je ne suis pas nerveuse.

— Tu vas renverser ton café si tu continues à serrer la tasse comme ça.

Elle regarda ses doigts, blanchis par la pression.

Elle relâcha aussitôt.

— Ce n’est pas toi… C’est le café, répondit-elle, mauvaise comédienne.

Il laissa planer un silence, juste assez pour qu’elle regrette chaque mot prononcé.

— Tu n’étais pas nerveuse hier, dit-il.

Elle faillit s’étrangler.

— Hier, j’avais du liquide anti-nerfs appelé alcool.

Il hocha la tête doucement, l’air de prendre note.

— Tu avais aussi du courage.

Une phrase qui sonna un peu trop juste.

Alexie fixa ses yeux sombres une seconde de trop.

— Tu dis ça comme si j’avais fait quelque chose d’impressionnant.

— Tu es venue me parler.

— Et ?

— Et tu n’avais pas l’air d’avoir peur.

Il laissa un temps.

Puis ajouta plus bas :

— C’est rare.

Alexie sentit sa poitrine se serrer.

Il parlait comme quelqu’un qui connaissait les regards qui jugent.

Les gens qui veulent, exigent, possèdent.

Elle osa une question :

— Beaucoup de gens t’approchent… et tu les repousses ?

Il soutint son regard, sans détourner.

— Beaucoup approchent.

Sa voix baissa légèrement.

— Peu continuent.

Elle comprit.

Ce n’était pas un homme qui faisait du charme.

C’était un homme qui se protégeait.

Et pourtant…

il s’était approché d’elle.

Elle ne sut quoi dire alors. Les mots devinrent des obstacles, trop encombrants, trop risqués.

Il l’observa encore un instant.

Puis ses yeux descendirent vers son ordinateur oublié, ouvert sur une page blanche.

— Tu écris ? demanda-t-il.

Elle se dépêcha de fermer l’écran, l’air coupable.

— J’essayais.

— Tu n’y arrives pas.

— C’est compliqué avec… le bruit.

Mensonge.

Ce n’était pas le bruit.

C’était lui.

Il inclina légèrement la tête.

— Je veux bien être discret, si tu préfères.

— Non ! répondit-elle trop vite. Je veux dire… tu peux rester. Si tu veux.

Il posa ses coudes sur la table, mains jointes, regard vissé au sien.

— Ce n’est pas que je veux rester.

Silence.

— C’est que je ne veux pas partir.

Elle retint son souffle.

Trop.

C’était trop.

Alors elle détourna les yeux.

Vers la fenêtre.

Vers les gens dehors.

Vers n’importe quoi.

Ethan, lui, resta parfaitement immobile.

Puis, comme s’il avait lu chacun de ses doutes, il ajouta calmement :

— Tu peux me poser une question, si tu veux.

Alexie se tourna vers lui, prudente.

— Pourquoi ?

— Parce que je veux voir ce que tu choisis de savoir.

Son cœur fit un énorme bruit dans sa poitrine.

Une question.

Une seule.

Mais laquelle ?

Elle sentit le monde se réduire à cette table, à cette tasse, à ces yeux noirs qui avaient l’air de pouvoir tout changer.

Elle inspira profondément.

Et demanda, la voix à peine stable :

— Pourquoi tu me regardes… comme ça ?

La réponse tomba, sans détour.

— Parce que tu fais semblant d’être forte.

Il pencha très légèrement la tête.

— Et je veux savoir ce qu’il y a derrière.

Les mots la transpercèrent.

Pas violents.

Justes.

Beaucoup trop justes.

Elle n’eut pas le temps de répondre.

Une serveuse arriva pour prendre la commande.

— Quelque chose pour vous, monsieur ?

Ethan posa son regard sur Alexie avant de répondre.

— La même chose qu’elle.

Puis il se tourna à nouveau vers elle.

— Tu étais en train de répondre, je crois.

Alexie ouvrit la bouche…

mais rien ne sortit.

Et le silence fit tout le travail.

La serveuse repartit, laissant derrière elle l’odeur de café chaud et une question en suspens.

Ethan n’avait toujours pas détourné les yeux.

Il ne semblait pas vouloir laisser Alexie s’échapper du silence qu’il avait créé.

Elle tenta de respirer normalement, sans succès.

Sa poitrine était devenue trop étroite pour contenir quoi que ce soit.

— Tu n’as pas répondu, murmura-t-il.

Elle déglutit difficilement.

— Je…

Elle chercha ses mots.

— Je ne fais pas semblant.

Son cœur contredisit instantanément la phrase.

Ethan reposa légèrement son dos contre la chaise, sans pour autant se relâcher. Sa présence restait tendue, comme un arc avant le tir.

— Tout le monde fait semblant, finit-il par dire.

— Toi aussi ?

Elle regretta la question aussitôt posée… mais trop tard.

Son regard ne changea pas.

Mais quelque chose derrière… vibra.

— Moi, je cache, répondit-il.

— Et ce n’est pas la même chose.

Alexie frissonna.

Il se tut un instant, observant les mouvements du café.

Une mère et son enfant.

Un homme absorbé par son journal.

Deux collègues qui discutaient chiffres et promotions.

Tous ces gens vivaient une réalité simple.

Et eux… quoi ?

Ethan revint à elle.

— Tu fais semblant d’être forte, Alexie.

Sa voix était basse, mais assurée.

Pas du tout une question.

— Au contraire…

Elle essaya un sourire ironique.

— Je suis la reine de la vulnérabilité, tu n’as pas remarqué ?

— Non.

Sa réponse claqua, nette.

— Tu te caches derrière des répliques et des gestes nerveux.

Un léger plissement de ses yeux.

— Tu joues très bien, d’ailleurs.

Alexie sentit une colère microscopique éclore.

Frustration.

Peur.

Fierté.

— Tu ne me connais pas, lâcha-t-elle.

Il hocha calmement la tête.

— Pas encore.

Un mot.

Un piège.

Une promesse.

La serveuse revint avec son café.

Ethan remercia d’un signe de tête, puis entoura la tasse de ses doigts.

Ses mains étaient grandes, élégantes, presque trop calmes.

Il observa la vapeur qui montait, comme s’il y trouvait des réponses. Puis :

— Qu’est-ce que tu veux ?

Alexie cligna des yeux.

— Pardon ?

— Tu sais ce que je veux savoir.

Il releva les yeux vers elle.

— Mais toi… qu’est-ce que tu veux de moi ?

La question la percuta comme un choc frontal.

Trop directe.

Trop vraie.

Son cerveau tenta d’analyser :

— gagner le pari ?

— comprendre qui il est ?

— survivre émotionnellement ?

Mais son cœur…

lui imposa un silence.

Elle sentit sa voix s’étouffer avant même de s’exprimer.

Ethan sourit très légèrement, comme s’il venait d’obtenir une réponse malgré son mutisme.

— Tu ne sais pas encore.

Il se pencha très subtilement en avant.

— Mais tu vas découvrir.

Elle détesta la façon dont son cœur répondit à cette phrase.

Une décharge électrique.

Une fièvre.

Elle posa sa main contre la table pour ne pas trembler.

— Pourquoi tu te rapproches ?

La question lui échappa.

Il sourit, cette fois un peu plus visible.

— Parce que tu ne pars pas.

Le silence s’allongea.

Danger.

Désir.

Curiosité.

Tout se mélangeait dans un espace trop petit.

Soudain, Ethan se redressa.

Français dans son élégance.

Décidé dans son mouvement.

— Je dois y aller.

Alexie eut l’impression de tomber en arrière mentalement.

Comme si une chaise invisible venait de disparaître sous elle.

— Comme ça ?

Son ton était presque… reproche.

Il acquiesça.

— Comme ça.

Il prit sa veste.

Se leva.

Chaque geste était fluide, calculé.

Il ajouta en posant quelques pièces sur la table pour payer sa consommation :

— Je ne suis pas quelqu’un qu’on apprivoise en une seule soirée.

Ou en un matin.

Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais il la précéda :

— Et tu n’es pas quelqu’un qu’on ignore.

Elle sentit une chaleur monter jusqu’à sa gorge.

Il s’éloigna de la table.

Un pas.

Deux.

Puis s’arrêta.

Sans se retourner, il dit :

— Je suis content que ton café préféré soit celui-ci.

Alexie resta figée.

Il se retourna alors, juste assez pour que leurs regards se retrouvent.

— À bientôt, Alexie.

Pas une question.

Une certitude.

Et il sortit.

Elle resta immobile longtemps après son départ.

Le bruit du café reprit sa place.

Les voix. Les rires.

La vie.

Elle porta le café à ses lèvres.

Il était froid.

C’était officiel.

Elle venait d’entrer dans une histoire où la raison avait déjà perdu.

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