ログインRoman Kael, PDG aussi brillant qu'impitoyable, s'accorde une parenthèse avec Sofia Vance, sa directrice financière. Une liaison éphémère, aussitôt enterrée par un protocole d'oubli. Mais quand Sofia découvre qu'elle est enceinte, Roman ne lui laisse aucun choix : elle doit disparaître ou faire disparaître l'enfant. Sofia refuse. Elle garde l'enfant, tait sa grossesse et continue d'exercer ses fonctions avec la même rigueur, jusqu'à ce que leur secret éclate au grand jour. Les marchés sanctionnent, les actions chutent . Pour sauver son empire, Roman sacrifie Sofia en public, niant tout en bloc. Humiliée, elle s'efface. Trois ans plus tard, le hasard les confronte à nouveau. Sofia a rebâti sa vie : elle dirige sa propre entreprise, rayonnante, et tient par la main une petite fille prénommée Liv. Son regard croise celui de Roman, et elle lui glisse, avec un calme dévastateur : — J'ai la seule arme que tu ne pourras jamais cacher . Roman encaisse le choc. Il comprend alors, trop tard, que la seule chose qu'il n'avait pas prévue au tableau de bord, c'était l'amour. Et qu'en voulant tout contrôler, il a tout perdu . Il regarde cette belle petite fille qu'il veut maintenant assumer mais Sofia lui dit qu'il est trop tard .
もっと見るSofia Vance
Le réveil sonne à six heures. Toujours à la même heure. Pas une seconde d'avance, pas une seconde de retard. C'est un rituel, une religion que je me suis imposée depuis des années. Avant même d'ouvrir les yeux, la journée se déploie mentalement comme un échiquier dont je connais chaque case : les chiffres à vérifier, les rapports en attente, la réunion avec les équipes Asie, l'appel inévitable de son bureau.
Je me lève dans le silence de mon appartement. Pas de bruit, pas d'imprévu. C'est ainsi que je fonctionne. La précision est une armure. Une armure que j'ai forgée trait pour trait, année après année, comme on cisèle une sculpture dans un marbre récalcitrant. Je ne suis pas née avec cette froide élégance, je l'ai construite à la force de volonté, de nuits blanches, de sacrifices silencieux. Parce qu'avant, il y avait une autre fille. Une fille qui doutait, qui rougissait, qui baissait les yeux. Je l'ai enfermée quelque part. Elle essaie encore de sortir, parfois. Je la repousse.
Mes pieds nus sur le parquet ciré. Dans la salle de bains, la lumière crue du néon m'accueille sans indulgence. J'observe mon reflet dans le miroir avec la même objectivité que j'appliquerais à un bilan financier. Mais aujourd'hui, comme tous les jours, la comptable en moi trouve des erreurs.
Le chiffre tourne dans ma tête ce matin. Pas trop jeune pour être à ce poste, mais assez pour que certains, dans les réunions, me regardent encore comme une anomalie. Assez pour que je doive travailler deux fois plus, me montrer deux fois plus dure, deux fois plus impeccable.
Mes cheveux châtain foncé glissent sur mes épaules, libres encore pour quelques minutes. Ils ont une texture soyeuse que je dompte chaque matin, les tirant en un chignon strict, si serré que le cuir chevelu tire légèrement. Pas un fil ne dépasse. Cette coiffure sévère cadre un visage aux traits nets, trop sérieux peut-être, que certains jugent sévère mais que je préfère appeler concentré. Le front haut, lisse, sans ride malgré les années de pression. Les sourcils naturels, légèrement arqués, que je ne touche jamais. Le nez droit, fin, aux narines délicates. La bouche aux lèvres pleines mais toujours pincées dans une expression de retenue, comme si laisser échapper un sourire serait une faille dans la cuirasse.
Je les regarde longtemps, trop longtemps. Ils ont appris à ne rien trahir, c'est vrai. On y lit parfois une lueur ambrée sous certaines lumières, mais cette chaleur est aussitôt éteinte par le contrôle que j'exerce sur eux. Des yeux de stratège. Pourtant, ce matin, je cherche quelque chose dedans. Une étincelle, une preuve que je suis vraiment celle que je prétends être. Je ne la trouve pas toujours.
Je détourne le regard.
Je passe une main sur ma pommette saillante, ma mâchoire fine. Mon corps est mince, presque anguleux. Pas la minceur fragile des mannequins, mais celle affûtée par des heures immobiles derrière un bureau, la station assise permanente, la discipline alimentaire qui frôle l'ascétisme. Mes clavicules dessinent une ligne nette sous la peau. Mes poignets sont fins, presque fragiles en apparence, mais capables de tenir un stylo pendant des heures sans trembler.
Ma silhouette est élancée, longiligne, sans courbes superflues. Des seins menus qui se passent souvent de soutien-gorge sous les chemisiers de soie. Une taille marquée quand même, naturelle, que je souligne avec des ceintures fines. Des hanches larges, des jambes longues qui semblent interminables dans les pantalons taillés sur mesure.
Rien de superflu. Je suis un outil de précision.
— Café noir sans sucre.
Je me parle parfois à moi-même. Une voix posée, mesurée, presque mélodieuse malgré tout. Une façon d'ordonner le monde, de le maintenir à distance. Une façon aussi de me rappeler que j'existe, que je suis là, que je tiens bon. La machine grésille dans la cuisine, seule réponse à ma déclaration. L'odeur puissante emplit l'appartement. Je bois debout devant la fenêtre, regardant la ville s'éveiller sans vraiment la voir. Mes doigts longs serrent la tasse blanche. La chaleur traverse la porcelaine.
Je regarde l'eau ruisseler sur mes épaules, le long de ma colonne vertébrale, sur mes fesses fermes, mes cuisses fuselées dans la douche . Je ferme les yeux. Je pense à lui. Je pense toujours à lui dans ces moments-là. À ce que ce serait si ses mains remplaçaient l'eau. Je chasse l'image aussitôt. C'est dangereux. Puis je bascule soudain sur l'eau glacée. Un choc violent qui coupe le souffle, réveille chaque nerf, chaque terminaison. Je sors frissonnante, la chair de poule, mais l'esprit parfaitement clair. La douleur volontaire, le choc maîtrisé : c'est ainsi que je me prouve chaque matin que je contrôle mon corps, donc ma vie. Même si je ne contrôle pas mon cœur.
Le rituel du maquillage est précis. Une base légère pour unifier ce teint de porcelaine que la nature m'a donné. Un correcteur sous les yeux, minutieusement estompé du bout de l'annulaire pour effacer les nuits trop courtes, les rêves trop présents. Du mascara seulement, pas de fard, mes cils sont déjà longs et fournis. Un baume à lèvres incolore. Rien qui puisse couler, baver, trahir une émotion. Mon visage doit rester une page blanche où les autres projettent ce qu'ils veulent, jamais ce que je ressens.
Mais je sais ce qui se cache en dessous. Une femme qui a peur de ne pas être à la hauteur. À vingt-huit ans, diriger les finances d'une multinationale, c'est porter une cible dans le dos. Chaque réunion, chaque présentation, chaque instant passé près de lui, c'est le même combat : faire taire la petite voix qui murmure "tu n'es pas légitime", "ils vont découvrir que tu es trop jeune", "il va voir que tu n'es qu'une imposture".
SofiaLe printemps est revenu sur Newcastle. Les arbres de Grey Street bourgeonnent, les terrasses des cafés se remplissent, et les étudiants de l'université traversent les rues en riant, leurs cartables sur le dos. Après des mois de grisaille et de pluie, la ville respire à nouveau, et je respire avec elle.Aujourd'hui, c'est une journée particulière. Aujourd'hui, nous organisons un pique-nique dans le parc, tous les trois. Roman, Liv et moi. Un pique-nique de parents, pas d'amants. Un pique-nique de reconstruction, pas de retrouvailles.Je prépare les sandwiches dans la cuisine, pendant que Liv sautille autour de moi, impatiente.— Papa, il va venir quand ? demande-t-elle pour la dixième fois.— Bientôt, ma chérie. Il a dit onze heures.— Et Gabriel, il vient aussi ?La question me prend au dépourvu. Liv ne sait rien de mes tourments, de mes choix, de mes hésitations. Elle sait juste que Gabriel et Roman sont deux personnes importantes dans sa vie, et qu'elle les aime tous les deux.
SofiaLes semaines passent, et quelque chose a changé. Quelque chose de subtil, d'imperceptible, mais de profond. Un poids s'est levé de mes épaules, un poids que je portais depuis quatre ans sans même m'en rendre compte. La haine. La haine pour Roman, qui me rongeait de l'intérieur, qui m'empoisonnait le sang, qui m'empêchait d'avancer.Je ne l'avais pas sentie, cette haine. Je croyais l'avoir dépassée, l'avoir enterrée, l'avoir oubliée. Mais elle était là, tapie dans l'ombre, silencieuse et patiente, comme une bête immonde qui se nourrissait de mes souvenirs. Elle me réveillait la nuit, elle hantait mes rêves, elle contaminait mes joies.Et puis, en décidant de co-élever Liv avec Roman, en acceptant de lui faire une place dans nos vies, j'ai senti cette haine s'effriter, se fissurer, s'effondrer. Comme un mur que l'on croyait indestructible, et qui s'écroule au premier coup de pioche.Ce n'était pas encore le pardon. Le pardon, c'est autre chose. Le pardon, c'est un acte volontaire,
SofiaAprès le départ de Gabriel, je reste longtemps assise sur le canapé, à regarder le mur sans le voir. Ma décision est prise pour Gabriel, mais il reste Roman. Il reste cet homme qui a été mon amant, mon bourreau, mon fantôme. Il reste le père de ma fille, et cette réalité, personne ne peut l'effacer.Je prends mon téléphone, je compose son numéro. Il répond à la première sonnerie, la voix anxieuse, comme s'il attendait cet appel depuis des jours.— Sofia ? Tout va bien ?— Oui, tout va bien. Il faut qu'on parle, Roman. Tu peux venir ?— Maintenant ?— Maintenant.Il arrive une heure plus tard, le visage pâle, les traits tirés. Il n'a pas dormi non plus, cela se voit à ses yeux rougis, à ses gestes nerveux, à sa façon de triturer le col de sa chemise comme un écolier convoqué chez le directeur.Je le fais entrer, je lui offre un café qu'il accepte cette fois, et nous nous asseyons face à face. Comme avec Gabriel, mais tout est différent. L'atmosphère est plus lourde, plus chargée,
SofiaLe matin se lève sur Newcastle, gris et froid, mais mon cœur est plus clair qu'il ne l'a jamais été. Après cette nuit de réflexion, après ces heures de doute et de tourment, j'ai enfin trouvé ma réponse. Elle n'est pas simple, elle n'est pas évidente, elle n'est peut-être pas celle que j'espérais. Mais elle est mienne. Elle est vraie.Je dépose Liv à l'école, je l'embrasse sur le front, je lui promets de venir la chercher à la sortie. Puis je prends mon téléphone, et j'appelle Gabriel.— Sofia ? dit-il de sa voix grave et chaude. Tout va bien ?— Oui, tout va bien. Il faut qu'on parle. Vous pouvez venir chez moi ?— Maintenant ?— Maintenant. C'est important.Il arrive une demi-heure plus tard, le visage tendu, les yeux inquiets. Il porte un manteau sombre, une écharpe bleue, et il est si beau, si présent, si vivant que mon cœur se serre. Je le fais entrer, je lui offre un café qu'il ne boit pas, et nous nous asseyons face à face dans le salon.— Gabriel, dis-je en prenant une p
SofiaLe jour se lève doucement sur Newcastle, et les premiers rayons du soleil filtrent à travers les rideaux du salon. Je suis blottie contre Gabriel, ma tête posée sur son épaule, sa main dans la mienne. Nous n'avons pas dormi de la nuit, mais je ne me suis jamais sentie aussi reposée. Reposée p
SofiaLe silence qui suit la suspension d'audience est presque irréel. Les journalistes rangent leurs carnets, les avocats replient leurs dossiers, les greffiers s'affairent autour du bureau du juge. Et Roman reste assis, immobile, les poings serrés, le visage déformé par une rage qu'il ne cherche
Elle pose sa main sur la mienne, un geste léger, presque furtif, mais qui me parcourt comme une décharge électrique. Sa peau est douce, chaude, vivante. Et dans ce geste, il y a plus que de la gratitude. Il y a de l'affection, de la tendresse, peut-être même les prémices d'un sentiment plus profond
Je me rassois sur le canapé-lit. Je pose mes mains sur mon ventre. Ma fille se réveille doucement, bouge un peu. Je lui parle en silence, dans ma tête. Pardon, ma puce. Pardon pour tout ça. Pardon de ne pas pouvoir te donner la vie que je voulais te donner. P


















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