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Chapitre 5 : Les observateurs

ผู้เขียน: Clara Wynter
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2025-12-07 08:15:46

Alexie retourna vers ses amis avec l’aisance d’un chat qui essaie de prétendre qu’il n’a pas renversé le vase du salon. Ses jambes étaient presque flexibles, ses yeux presque normaux, ses pensées presque raisonnables.

Presque.

Les trois paires d’yeux rivées sur elle parlaient d’elles-mêmes :

Ils savaient. Ils avaient tout vu.

Sarah posa les coudes sur la table, sourire carnassier.

— Alors… premier contact, premier échange, première étincelle. Bravo.

Puis elle fronça les sourcils.

— On travaille encore l’atterrissage, mais c’est prometteur.

Alexie leva les yeux au ciel, essayant d’ignorer la chaleur encore vissée dans son sternum.

— On récapitule, déclara Malik comme un présentateur télé.

Il compta sur ses doigts :

— Un regard brûlant, un compliment foireux, une réponse sarcastique, une fuite parfaitement calibrée.

Il fit un geste de la main comme un chef d’orchestre.

— C’est l’art du flirt maladroit. Tu maîtrises la partition.

— Le flirt maladroit, murmura Alexie, ironique. Je vais faire fortune avec cette technique.

Camille, elle, observait Alexie avec une douceur inquiète :

— Dis-moi honnêtement… tu vas bien ?

Alexie inspira un peu trop fort.

— Je vais bien. Très bien. Je suis la définition vivante de la personne qui gère parfaitement la situation.

Elle marqua une pause.

— C’est mon pouls qui n’a pas reçu le mémo.

Sarah rit doucement. Mais son regard restait attentif.

— On ne va pas te juger… enfin… pas trop fort. Surtout parce qu’on adore ce qui se passe.

Malik acquiesça avec un sérieux exagéré.

— Nous sommes le comité de surveillance. Le moindre faux pas est immédiatement analysé, critiqué et potentiellement moqué.

Il brandit son téléphone.

— Et consigné dans le journal officiel des catastrophes sentimentales d’Alexie.

Elle haussa un sourcil.

— Je ne sais pas si je dois te frapper ou te remercier.

— Tu peux faire les deux, proposa-t-il avec bonne volonté.

Camille détourna un instant son attention vers Ethan, puis vers Alexie :

— Tu as vu comme il t’a regardée… encore ?

Alexie baissa rapidement les yeux, prise en flagrant délit de ne pas vouloir trop espérer.

— C’était un regard de psychopathe. Ou de sociologue. Ou les deux.

Elle marqua un temps.

— Et apparemment, je suis son objet d’étude.

Sarah se rapprocha, conspiratrice :

— S’il t’étudie… c’est que tu l’intéresses.

Elle sourit.

— Ces hommes-là ne gaspillent jamais leur temps.

Alexie fronça doucement les sourcils.

Ces hommes-là.

Elle n’en connaissait aucun réellement.

Mais elle comprenait ce que Sarah voulait dire.

Les hommes qui ne cherchent pas l’attention.

Les hommes qui l’inspirent malgré eux.

Les hommes dont l’histoire ne se dévoile qu’en lambeaux.

Ceux-là… ne jouent pas.

Ils choisissent.

Ils sélectionnent.

— Ce n’est qu’un pari, rappela Alexie comme pour se protéger.

— Pour toi, oui, répondit Sarah.

Pour lui… on n’en sait rien.

Cette phrase se planta dans l’esprit d’Alexie comme un hameçon invisible.

Ne pas savoir.

C’était terriblement dangereux.

Et encore plus excitant.

Elle inspira longuement. Puis fit défiler la scène encore une fois dans sa tête.

Le refus qu’il avait opposé à la femme au bar.

Le regard qu’il avait posé sur elle.

La tension serrée autour de sa mâchoire…

Une conclusion s’imposa malgré elle :

— Il n’est pas du genre… sociable.

— Il est du genre “ne t’approche pas si tu n’es pas sûre de survivre”, compléta Malik, l’air sérieux pour une fois.

Alexie esquissa un sourire nerveux.

— Et moi, qu’est-ce que je fais ? J’y vais avec mon petit cocktail rose et mon assurance en papier mâché.

Sarah posa une main sur son bras.

— Parce que tu es la seule dans cette pièce qui ne veut rien lui demander…

et c’est exactement pour ça qu’il te regarde.

Alexie écarquilla les yeux.

— Quoi ?

— Les gens le désirent probablement pour les mauvaises raisons, expliqua Camille.

Pouvoir. Charisme. Intrigue.

Tu n’as rien demandé, toi.

Tu l’as juste… regardé.

Malik claqua des doigts.

— Boum. Carte maîtresse.

Sarah ajouta, malicieuse :

— Et il n’a pas su la jouer à son avantage. Alors il revient.

Alexie sentit un frisson glisser le long de son échine.

Oui.

Il revenait.

Toujours.

Même quand elle se croyait à l’abri.

Elle osa un regard discret vers l’endroit où il se trouvait.

Pas pour longtemps.

Juste une seconde.

Mais il n’y était plus.

Un nœud se forma dans son ventre.

Elle scanna la salle — rapidement, sans se lever, essayant de ne pas avoir l’air désespérée.

Rien.

Cette disparition eut un effet étrange.

Comme un manque.

Et un constat brutal :

— Il est parti.

Les trois amis se tournèrent pour vérifier.

Malik fit mine de regarder sous les tables.

— Peut-être qu’il s’est téléporté.

Sarah soupira, un air de frustration sincère.

— Il a dû sentir que tu reprenais le contrôle.

Elle se tourna vers Alexie.

— C’est ce qu’ils font, ces hommes-là. Ils avancent, ils reculent. Ils donnent une piste, puis l’effacent.

Alexie avala, sans rien dire.

Parce qu’au fond… elle savait maintenant que ce jeu-là n’avait rien d’amusant.

C’était un pari qui commençait à lui glisser entre les doigts.

Impossible de savoir si elle l’attirait réellement…

ou s’il jouait déjà bien mieux qu’elle.

Elle décida de porter son verre à ses lèvres.

La première gorgée était froide.

La seconde brûlante.

Comme lui.

Elle murmura, plus pour elle-même que pour les autres :

— Ce mec… va me rendre folle.

Sarah répliqua immédiatement :

— Oui. Et c’est pour ça que tu vas gagner.

Alexie sourit malgré elle.

Parce que pour la première fois…

elle n’était plus tout à fait sûre que gagner était le but du jeu.

Alexie ne parvenait plus à rester assise.

Elle se leva une nouvelle fois, prétextant qu’elle avait besoin d’air, alors qu’en réalité ce dont elle avait besoin… c’était de reprendre le contrôle de son propre esprit.

Elle s’éloigna de la table, sans aller bien loin. Ses pas la portèrent à la limite du lounge, juste assez pour ne plus entendre clairement les commentaires chuchotés derrière elle.

Elle posa ses mains sur la rambarde, ses doigts serrés comme si elle devait physiquement empêcher ses pensées de s’enfuir.

Son cœur n’avait toujours pas retrouvé son rythme normal depuis qu’il était parti.

Quelle idée stupide.

Un regard.

Quelques mots.

Et elle devenait une version… amplifiée d’elle-même.

Elle ferma les yeux.

Ce pari avait commencé comme une blague.

Une manière de prouver qu’elle pouvait jouer à ce jeu-là.

Celui de la séduction légère, sans conséquences.

Sauf qu’il venait de devenir… autre chose.

Un glissement invisible.

Un changement silencieux dans la dynamique.

Parce que ce n’était plus à propos de gagner.

C’était à propos de comprendre.

Elle resta là, figée, les yeux sur le vide.

Si un inconnu pouvait la déstabiliser autant avec si peu…

Que se passerait-il s’il décidait d’aller plus loin ?

Elle sentit un frisson remonter le long de sa colonne.

Peut-être qu’elle n’était pas prête à le découvrir.

Le parfum du bar, mélange d’agrumes et de bois brûlé, flottait autour d’elle. Elle inspira encore, essayant de se raccrocher à quelque chose de réel…

Mais chaque sensation la ramenait à ce moment.

Son regard.

Sa voix.

Sa façon de se déplacer sans effort, comme une ombre trop réelle.

Elle serra les lèvres.

Elle finit par murmurer :

— Je suis en train de perdre la tête.

Sarah apparut à son côté, sans un bruit.

Elle observa Alexie, puis le vide qu’elle fixait.

Elle ne plaisantait plus.

Plus maintenant.

— Il t’intrigue… à un point qui n’est pas raisonnable, dit-elle doucement.

Alexie détourna le regard, prise de honte.

— Je sais. Et je déteste ça.

Sarah haussa légèrement les épaules.

— Ce n’est pas ta faute. Il ressemble au genre de danger qu’on n’évite pas.

Elle marqua un temps.

— Mais tu dois garder le contrôle. Pas lui.

Alexie émit un rire sans joie.

— C’est raté. Je crois qu’il m’a déjà prise de vitesse.

Sarah la regarda, attentive.

Puis posa une main ferme sur son bras.

— Alors va plus lentement.

Elle parla bas, presque au creux de l’oreille.

— Le mystère… ça se savoure, pas ça se dévore.

Alexie inspira, tentant d’ancrer ses pieds au sol.

Puis elles rejoignirent la table.

Malik et Camille arrêtèrent aussitôt de parler quand elles s’approchèrent.

Camille sourit, un peu tendue.

— Tu veux qu’on parte ? On peut finir la soirée ailleurs.

Elle avait cette voix qui cherchait à protéger sans étouffer.

Alexie hésita.

L’idée lui traversa l’esprit comme une bouée de sauvetage.

S’éloigner.

Couper court.

Reprendre le pouvoir.

Mais une seconde plus tard, une autre pensée s’imposa :

Et si en partant… elle laissait le jeu se refermer ?

Et si Ethan… ne revenait plus ?

Elle se surprit elle-même à poser la question en silence.

Elle se força à sourire :

— Non. Ça va. J’ai… juste besoin de m’habituer à l’idée que je suis peut-être un peu folle.

Malik leva le verre en sa direction.

— Tu n’es pas folle. Tu es… passionnée.

Il cligna de l’œil.

— C’est une maladie incurable, mais on survit.

Alexie roula des yeux, amusée malgré elle.

La musique reprenait possession de l’atmosphère, encore plus profonde, encore plus sensuelle.

Le saxophone semblait jouer ses nerfs.

Et l’absence d’Ethan devenait presque… palpable.

Comme une présence silencieuse.

Un poids qui manquait.

Elle le ressentait encore.

Elle savait qu’il avait laissé quelque chose en suspens.

Something unfinished.

Elle posa ses doigts sur le verre froid.

Puis prit une décision simple :

Juste respirer.

Juste rester encore un peu.

Juste ne pas fuir.

Le reste… on verrait.

Elle leva les yeux vers la salle.

Plus pour prouver à elle-même qu’il n’y avait plus aucune trace de lui.

Mais son regard se heurta à un endroit précis.

Un espace de silence au milieu du mouvement.

Elle sentit son cœur se contracter.

Parce que même invisible, Ethan occupait encore la pièce.

Comme une ombre qui refusait de disparaître.

Elle se pencha légèrement en avant.

Camille le remarqua aussitôt :

— Tu le cherches… sans vouloir l’avouer.

Alexie referma les yeux une seconde.

— Je ne sais pas ce que je cherche. Probablement une issue de secours.

Malik rit doucement.

— Laisse-moi deviner. Il a débranché toutes les sorties.

Alexie sourit. Tremblante.

Oui.

Voilà.

C’était ça qui l’angoissait.

Elle était entrée dans un jeu dont elle ne connaissait pas les règles.

Et l’adversaire avait déjà quelques longueurs d’avance.

Ce pari…

était en train de muter.

De quelque chose de drôle

à quelque chose de profondément risqué.

Et pourtant, chaque partie d’elle voulait voir ce qui viendrait ensuite.

La soirée touchait doucement à sa fin.

Les rires des autres clients étaient plus lourds, la musique plus lente, presque nostalgique.

Les lumières tamisées du lounge faisaient briller les verres vides sur les tables.

Alexie regardait son cocktail fondu, les glaçons réduits à des petites bulles d’eau.

Elle n’avait plus soif.

Elle avait trop pensé.

Camille étira ses bras au-dessus de sa tête.

— Je crois qu’il est temps pour moi d’aller dormir… avant de me transformer en citrouille.

Malik vérifia sa montre avec un air dramatique.

— Trop tard, tu as déjà des tendances potiron depuis minuit.

Camille lui donna un petit coup de poing dans l’épaule.

Sarah rit doucement en se levant.

— Allons-y. La soirée a déjà donné plus que prévu.

Plus que prévu…

Oui.

Bien trop.

Ils récupérèrent leurs affaires.

Alexie enfila son manteau très lentement, comme si chaque geste s’écoulait dans un temps suspendu.

Sur le chemin vers la sortie, elle jeta un dernier regard vers le bar.

Vide.

Plus aucune trace de lui.

Un vide qui la pinça au creux du ventre.

Elle avait espéré quelque chose.

Un signe.

Un nouvel échange.

Un hasard provoqué par le destin.

Mais il était parti.

Sans bruit.

Comme il était venu.

Une silhouette de l’ombre.

Ils sortirent dans l’air nocturne, plus frais que prévu.

Le vent joua avec ses cheveux, la ramenant brutalement dans la réalité.

L’humidité de la rue faisait miroiter les pavés sous les lampadaires.

La ville vibrait encore autour d’eux — vivante, indifférente.

Sarah attrapa le bras d’Alexie.

— Tu veux qu’on dorme ensemble ce soir ? Histoire d’éviter que tu dissèques mentalement chaque seconde du regard qu’il t’a lancé ?

Alexie sourit, même si son cœur n’était pas tout à fait raccord.

— Je dis toujours tout ce que je pense, tu me connais…

Pause.

— Mais là, je crois que je préfère être seule.

Sarah la détailla une seconde, puis hocha simplement la tête.

— D’accord. Fais attention à ta tête, pas trop à ton cœur.

Malik leva la main pour un check paresseux.

— Et si jamais tu veux qu’on kidnappe le gars pour l’interroger, tu m’appelles.

Camille, elle, serra Alexie dans ses bras un peu plus longtemps que d’habitude.

— Ne te perds pas dans cette histoire… ok ?

Alexie hocha la tête.

— Promis.

Mensonge léger.

Elle le sentit glisser entre ses lèvres comme un secret qu’elle préférait ne pas regarder en face.

Ils se séparèrent finalement, chacun prenant une direction différente.

Alexie marcha seule, ses talons claquant doucement contre les pavés.

Ses pensées, elles, galopaient beaucoup trop vite.

Elle repassait les scènes en boucle :

le regard d’Ethan,

son ton,

ce micro-rictus,

cette façon de la voir…

comme si elle avait quelque chose de précieux à lui voler.

Elle secoua la tête pour chasser ces émotions qui s’accumulaient dangereusement.

Mais une question insistait :

pourquoi elle ?

Elle passa devant une vitrine et aperçut son reflet.

Une fille plutôt jolie, un peu pâle, les yeux encore brillants du chaos intérieur.

Rien d’extraordinaire.

Rien qui explique qu’un homme comme lui l’ait fixée avec autant de… densité.

Elle continua d’avancer et, par réflexe, regarda par-dessus son épaule.

Personne.

Juste le vent nocturne et le cliquetis lointain d’un feu de circulation.

Pourtant…

son corps avait cette intuition étrange.

Cette certitude muette :

Elle n’était pas complètement sortie de son champ.

Elle accéléra un peu.

Pas par peur.

Par anticipation.

Elle finit par atteindre son immeuble, badgea l’entrée, monta les escaliers d’un pas rapide.

Sa clé trembla légèrement en ouvrant sa porte.

À l’intérieur : silence.

Ses affaires.

Son parfum d’orchidée.

Une normalité qui faisait presque mal.

Elle retira ses chaussures, s’assit sur le bord de son lit sans prendre le temps d’allumer la lumière.

Sa respiration oscillait entre tension et vertige.

Elle passa ses mains sur son visage.

— C’est juste un pari…, murmura-t-elle encore.

Mais son cœur répondit autrement.

Ce n’était pas juste un pari.

Ce n’était plus juste un jeu.

Le souvenir de ses yeux noirs restait collé sous sa peau, comme un contact qui n’avait jamais existé.

Elle ferma les yeux.

Et dans l’obscurité, ce qu’elle ressentait était limpide :

Il reviendra.

Et quand il reviendra…

rien ne sera simple.

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