Mag-log inIl y a un silence. Puis il dit la chose que je suis venue chercher depuis trois mois sans le savoir.— Votre mari savait que vous n'aviez pas tué cette fille.— Non.— Il te l'a dit. Le matin, dans le bureau, devant le corps. Il a dit : je sais que tu ne l'as pas tuée. Ce n'est pas la question.Le torchon est sur la table, avec mes deux mains dessus, et je regarde mes mains et je vois qu'elles ne tremblent pas, et c'est ça le plus étrange, c'est que je reçois cette chose dans le ventre sans trembler.— Il a signé dans la même matinée, dit Dimitri. Il t'a fait signer devant neuf hommes, il a payé la mère de la morte, il n'a pas ouvert d'enquête, et il n'a pas dit une seule fois, à personne, que tu étais coupable. Réfléchis à ça. Un homme qui croit sa femme coupable, il le dit. Ça rend la répudiati
MayaLe jeudi dix-neuf novembre, à quinze heures, il y a une voiture grise devant chez Bendinelli, et la trattoria est fermée entre les services.Je suis en train de nettoyer les tables avec un chiffon et du vinaigre, parce que le vinaigre enlève les traces de verre et que c'est une chose que m'a apprise une femme mal payée de la via delle Rondini.Je le vois entrer. Il a son manteau, la pluie sur les épaules, et il ne s'assied pas tout de suite. Il regarde la salle vide, les chaises retournées, et il dit :— Vous êtes revenue ici.— Oui.— Pourquoi ?— Parce que je ne voulais pas être une femme qui ne travaille plus.Il hoche la tête, lentement, et il y a dans son visage une chose que je n'attendais pas : de la fatigue. Il a l'air d'un homme qui a passé trois nuits à décider quelque chose.Il s'assied à la tab
Maya— Eh bien, ça vaut mieux que de me demander de l'argent, dit-il. Le tablier est sur le clou. Et il faudra que tu manges, parce que tu vas faire le service de midi avec une tête de femme qui n'a pas dormi.Je prends le tablier. Il est bleu avec des bretelles, il est trop grand, comme tout.— Gianni.— Quoi.— Si un jour je deviens une femme qui ne paie pas ses dettes, vous me jetez dehors.Il ne se retourne pas, il n'y a que le bruit de la plaque et de la moustache qui bouge.— Ma belle, dit-il, les femmes qui ne paient pas leurs dettes, elles ne demandent pas ça à un homme comme moi. Elles demandent une avance. Toi, tu demandes une porte. C'est bien. Ça veut dire que tu as encore les mains propres.Je fais le service de midi comme une machine bien huilée.Je sers vingt-deux couverts avec un ventre de sept mois et des chaussures qui prennent l'eau
MayaIl y a, ensuite, une chose que je ne m'attendais pas et qui me traverse de part en part : il parle. Pas des phrases de lit, pas ces choses qu'on dit parce qu'on croit qu'il faut les dire. Il dit mon nom, le vrai, celui que je n'ai pas donné à cette ville.— Maya.Il le dit deux fois. Et je me rends compte, à la deuxième, qu'il le dit comme un homme qui a dit ce nom dans sa tête plusieurs fois avant de le dire devant moi, et que c'est peut-être la chose la plus dangereuse qu'on m'ait faite depuis trois mois.Et il y a, surtout, le geste.Après. Dans le noir, avec la pluie sur les vitres et la petite lampe à huile qui n'a pas servi, il glisse sa main et il la pose à plat sur mon ventre.Le geste. Le même. La paume lourde, immobile, cette façon qu'ont certains hommes de poser la main comme s'ils cherchaient une chose à l'intérieur, et je reç
Jene dis rien. Je sors. Je descends la colline, je prends le bus de sept heures, et dans le bus, avec les vitres embuées et les gens qui rentrent du travail, je me dis la chose qui va me tenir encore deux semaines et qui est la seule chose juste de toute cette journée :Personne ne me dira jamais où est la porte de service de cette maison. Il faudra que je la trouve, et si je la trouve, c'est que je serai devenue une autre.Mon ventre remue, une petite chose très basse, comme un poisson. Je mets la main dessus.— Toi, je dis, tu ne travailleras pas dans une maison où il y a des carnets noirs.Le quatorze novembre, il pleut sur toute la côte, et je reste bloquée.Le bus de dix-neuf heures quarante est annulé — une route coupée, un arbre, un village sans lumière. Je suis dans la villa du haut, dans le grand salon blanc, avec mon manteau sur les épaules et mes feui
Je le découvre en arrivant à la maison de campagne pour la quatrième visite, à onze heures, un mardi de novembre, avec un ciel bas. Il y a un homme jeune à sa place, et l'homme jeune a des chaussures neuves et un sourire de première semaine, et quand je demande où est monsieur Alderisi, il me dit, avec l'aisance d'un garçon qui répète une phrase apprise : — Monsieur Alderisi a quitté la maison.Je sors. Je marche jusqu'au village. Je le trouve au bar de la place, à côté de la poste, avec un verre de vin blanc et une veste sur les épaules.Il me voit entrer et il me reconnaît tout de suite, ce qui me traverse comme une lame.— Ah, dit-il. La dame du mardi.Je m'assois. Je commande un café. Je ne sais pas quoi dire, et je m'entends dire une chose absolument idiote.— Je suis désolée.Il me regarde







