Je regarde Enzo couper le poisson ; la lame glisse sans bruit, il porte le morceau à ses lèvres, il mâche lentement, très lentement, et pendant ces trois secondes je vieillis d'un an ; il pose sa fourchette ; il pose son couteau, à plat, croisés presque, et je connais déjà la suite parce que je la connais par cœur depuis qu'Isabella existe .— C'est bon, dit-il, d'une voix forte, une voix de table, il n'y a pas de mal ; mais tu sais, Maya, mon amour, Isabella fait un turbot, ça, un turbot...Il s'arrête, il sourit à ses convives, un sourire d'homme qui donne un spectacle et qui attend les rires comme on attend des applaudissements ; il tourne vers moi ce visage décontracté, ouvert, aimable, le visage qu'il réserve aux groupes d'hommes, et il ajoute, en me tapotant la main à plat sur la nappe, ce petit tapotement-là, ce geste de patron qui console un employé .— Elle me le fait avec une sauce à l'estragon, tu devrais lui demander la recette, non, je plaisante, tu ne peux pas lui demand
Last Updated : 2026-10-19 Read more