Se connecterLE PRIX DE SA TRAHISON Je m'appelle Maya. Pendant trois ans, j'ai été la femme d'Enzo Vitale, le parrain le plus craint de la côte. J'ai appris à marcher dans l'ombre, à sourire quand il rentrait avec l'odeur d'une autre sur la peau. Isabella. La fragile. La manipulatrice. Celle qu'il protégeait pendant que je me saignais pour lui. Le jour où Isabella a commis l'irréparable, Enzo n'a pas hésité. Il m'a répudiée devant ses hommes, sans un regard. J'ai signé les papiers. J'ai emporté mon secret. Et je suis partie. Ce qu'Isabella a fait : Elle a volé le carnet noir d'Enzo (le livre qui contient tous les secrets de son empire). Elle a tué une servante pour couvrir son crime. Elle a maquillé la scène pour faire accuser Maya : foulard, fausse lettre, arme cachée. Enzo, manipulé, a cru Maya coupable. Il l'a répudiée sans procès. Ce que Maya cache : Elle est enceinte. Elle se tait pour protéger son bébé. Elle part. Elle survit. Elle se reconstruit. Elle devient une femme d'affaires redoutable. Ce qu'Enzo découvre : Trop tard. Isabella l'a manipulé depuis le début. Maya était innocente. Elle le protégeait en silence. Rongé par les regrets, il se lance à sa recherche. Mais lorsqu'il la retrouve, Maya n'est plus la femme soumise d'autrefois. Elle est devenue une femme d'affaires redoutable et courtisée par un homme plus puissant que lui. Enzo devra tout risquer pour reconquérir celle qu'il a brisée.
Voir plusLa première fois je l'ai supplié, c'était en mars, il y a de ça presque une année, je m'en veux encore du mot supplié, du son que ça a dans ma bouche, du genou qui a failli toucher le marbre ; il avait répondu en riant, un rire bref, dépourvu de méchanceté, ce qui était pire, un rire d'homme qui essuie une mouche : la méchanceté suppose que vous existez
La deuxième fois je n'ai rien dit, j'ai passé deux jours à laver les draps moi-même, à les frotter jusqu'à ce que mes ongles saignent aux cuticules, et l'eau du lavabo était rose, et j'ai trouvé ça juste, quelque part, une purification qui coûtait au moins du sang . La troisième fois, j'ai appris . Apprendre, pour une femme de ce monde, tient en trois leçons ; la première : ne jamais demander, la question donne à l'autre le pouvoir de la réponse ; la deuxième : observer, tout noter, tenir les comptes comme une banquière parce qu'un jour, peut-être, les comptes se soldent ; la troisième : dormir seule avec le dos droit, toujours le dos droit, parce qu'une femme courbée invite le mépris et que le mépris, dans nos familles, finit toujours par un enterrement Deux heures du matin ; l'horloge du hall a sonné et le son est remonté jusqu'à moi comme une bulle d'air dans l'eau noire ; je me lève, je débarrasse, je couvre le plat de papier d'aluminium, mes mains font les gestes et ma tête fait un autre travail : elle tourne la page d'un registre imaginaire, elle inscrit les entrées du jour, le parfum inconnu aperçu sur une chemise il y a trois semaines, le dîner d'affaires qui n'en était pas un, le téléphone posé face contre table même quand il croit que je dors ; je note tout ; je ne sais pas encore à quoi servira ce registre, mais je note tout, et cette écriture invisible me tient debout mieux que les talons Dehors, les projecteurs du parc découpent des rectangles jaunes dans le noir, les cyprès dressent leurs flammes immobiles, et la grille du domaine finira par s'ouvrir sur un phare qui balaye les murs ; je connais le scénario par cœur : le ronflement grave de l'Aston Martin, le crissement des graviers, la portière lourde, deux voix d'hommes pour la relève des gardes, puis ses pas ; ses pas sont les seuls que je reconnaisse les yeux fermés, un rythme lent qui traîne très légèrement du pied gauche, le pas d'un homme fatigué d'être puissant, le pas d'un roi qui rentre de sa chasse Trois heures dix ; la voiture n'est pas là ; je m'assois dans le grand fauteuil du hall, celui en cuir vert bouteille qui garde encore son odeur de fumée froide, et je ramène mes genoux contre ma poitrine comme quand j'étais petite et que mes parents se disputaient en bas ; le cuir craque sous moi, un bruit de vieille peau, et je me surprends à penser que ce fauteuil et moi vieillissons ensemble dans le même salon, à attendre le même homme .— MayaVingt-huit ans, aujourd'hui, et la maison le sait avant moi, puisque Rosa a accroché dès six heures du matin les guirlandes de houx que ma belle-mère attachait autrefois aux montants de l'escalier, et puisque la cuisinière est arrivée à sept heures avec des langoustines dans un panier d'osier qui sent la mer et le froid ; vingt-huit ans, et le premier cadeau de la journée m'a été apporté par une servante, pas par un mariRosa pose le plateau du petit déjeuner sur la console du hall, un café serré, une brioche tiède, et elle me tend un petit paquet emballé dans du papier kraft, un paquet d'ouvrière, un paquet qui a coûté une heure de salaire ; elle ne me regarde pas quand je l'ouvre, elle essuie déjà la console avec son chiffon, elle a honte de son cadeau à côté des coffrets de soie qui m'arrivent d'ordinaire, et dedans il y a une broche, une petite broche d'argent en forme d'hirondelle, une broche d'occasion, je le vois au patine du métal, une broche achetée chez le brocanteur
Le corps fait le reste ; le corps est docile, le corps est un employé modèle, il répond aux pressions, il se cambre aux bons endroits, il serre les draps aux bons moments ; moi je suis au-dessus, en retrait, une spectatrice assise dans la dernière rangée d'un théâtre où se joue une pièce que je connais par cœur, et je pense, pendant qu'il me prend, à des choses absurdes, à la fuite du robinet de la buanderie, aux orchidées qu'il faudra tourner demain, au carnet de comptes qui attend sur ma table de nuit Il est rapide ce soir ; il est souvent rapide ; il ferme les yeux très fort, il appuie son front contre mon épaule, et je sais, sans le voir, sans entendre le moindre mot, quel prénom se cache derrière ses paupières closes ; les hommes croient fermer les yeux pour s'abandonner, ils ne font que visiter une autre chambre, et leur corps trahit l'adresse : les muscles du cou se tendent vers une gorge qui n'est pas la mienne, les mains cherchent des hanches plus larges, une cambrure que j
J'enlève la robe très soigneusement, je ne la froisse pas ; je la suspend à un cintre de velours, je la recouvre d'une housse de coton, et je la place dans l'armoire, à hauteur des yeux, à la place où je la retrouverai un jour ; il y a des objets qu'on garde parce qu'ils sont beaux et d'autres qu'on garde parce qu'ils sont des preuves ; celle-ci est des deux, et son heure viendra, ce n'est qu'une question de saison, de patience, de sang froid ; je ferme les deux battants de l'armoire, la robe disparaît derrière le bois clair, et je reste un instant la paume posée sur le panneau, comme on laisse la main sur une tombe qui va bien, une tombe neuve, bien entretenue, pleine de promesses.— MayaIl frappe à la porte de la salle de bains à vingt-trois heures quarante, deux petits coups fatigués, un code que nous avons inventé au début de notre mariage quand nous étions encore polis l'un avec l'autre, et je sais ce que le code veut dire avant même d'ouvrir, je le sais par le silence qui suit
Je repose la rouge, je la couvre, je reviens me glisser au bord du lit, et il bouge à peine, sa main fouille le drap, trouve ma hanche, s'y pose par réflexe de propriétaire, et il recommence à ronfler ; je reste immobile sous cette main lourde, je compte les battements de mon sang dans mes oreilles, et je me rendors sur une pensée de pierre : samedi, elle descendra l'escalier, cette robe, elle flottera dans un salon plein de monde, et chacun verra ce qu'il voudra, sauf lui, qui verra ce qu'il a faitSamedi, dix-huit heures, je m'habille lentement, en rituel ; je me lave aux lavandes, mes lavandes, je me défends, mon dernier territoire olfactif ; je fixe mes cheveux en chignon bas, sévère, espagnol ; je passe le rouge à lèvres le plus sombre de ma trousse, un rouge presque noir, un rouge de deuil fastueux ; et je glisse dans la soie comme on descend dans une eau dont on connaît la température .Devant la glace, le verdict est le même, encore plus net sous les lustres du soir : la robe






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