LOGINÉlise Moreau arriva au penthouse comme une tempête, ses talons claquant sur le marbre avec la détermination d’une femme habituée à obtenir ce qu’elle voulait. Grande, élégante, le regard aussi perçant que celui de son frère, elle toisa Camille de haut en bas avant même de lui dire bonjour.
— Alors c’est vous, la fameuse fiancée. — Camille Rousseau, dit Camille en tendant la main. Élise l’ignora, préférant s’adresser directement à Nathan qui venait d’entrer dans le salon. — Tu es devenu fou. Il y a trois semaines à peine, tu me disais vouloir enquêter sur cette femme, et maintenant tu l’épouses ? — Élise, pas maintenant. — Si, maintenant. Papa nous a caché des versements pendant quinze ans, et la première chose que tu trouves à faire, c’est épouser la fille de la bénéficiaire ? Tu réalises à quel point ça sonne suspect ? Camille sentit son visage s’enflammer, un mélange de honte et de colère qu’elle peinait à contenir. — Je suis dans la pièce, dit-elle d’une voix ferme. Vous pouvez me parler directement. Élise se tourna enfin vers elle, surprise par le ton. — Très bien. Que savez-vous exactement des versements de mon père à votre mère ? — Rien, avoua Camille. Rien du tout, jusqu’à ce que votre frère me le révèle il y a trois jours, en même temps qu’il me proposait ce mariage forcé. — Forcé ? répéta Élise en haussant un sourcil, se tournant vers Nathan. Nathan se raidit, visiblement mal à l’aise que Camille ait révélé la nature réelle de leur arrangement. — C’était un accord mutuel, corrigea-t-il. — Un chantage, Nathan, appelons les choses par leur nom, rétorqua Camille, ne baissant pas les yeux malgré la tension qui montait dans la pièce. Un silence pesant s’installa. Élise regardait alternativement son frère et Camille, quelque chose changeant dans son expression moins d’hostilité, plus de calcul. — Intéressant, murmura-t-elle finalement. Vous n’avez pas peur de lui tenir tête. La plupart des gens qui travaillent pour Nathan n’osent même pas le regarder dans les yeux. — Je n’ai plus rien à perdre, Madame Moreau. Ma mère se meurt, votre père lui versait de l’argent en secret pendant quinze ans, et je viens d’apprendre que mon existence entière est liée à un scandale que je ne comprends même pas. Alors non, je n’ai pas peur de votre frère. Élise esquissa un sourire, le premier depuis son arrivée. — Elle me plaît, dit-elle à Nathan, comme si Camille n’était plus dans la pièce. — Élise. — Quoi ? Tu voulais quelqu’un capable de tenir la comédie devant la presse et le conseil d’administration. Elle a plus de cran que ta dernière fiancée, en tout cas. Une ombre passa sur le visage de Nathan à la mention de son ex, et Camille nota la réaction, rangeant l’information dans un coin de son esprit. — Ce n’était pas une comparaison nécessaire, dit-il sèchement. — Peut-être pas, concéda Élise, mais nécessaire ou non, c’est la vérité. Elle se tourna à nouveau vers Camille, son regard plus doux mais toujours vigilant. — Je vais découvrir ce que mon père cachait, avec ou sans votre aide. Si vous êtes vraiment innocente comme vous le prétendez, vous devriez m’aider à trouver la vérité plutôt que de jouer les victimes silencieuses. — Je ne joue pas les victimes, dit Camille. Je survis. Il y a une différence. Élise hocha lentement la tête, un respect nouveau perçant dans son expression. — On verra bien, Camille Rousseau. On verra bien. Elle quitta la pièce aussi brusquement qu’elle était arrivée, laissant Nathan et Camille seuls dans un silence chargé de questions sans réponses. Dehors, la pluie s’était mise à tomber sur Paris, martelant les fenêtres comme un écho au tumulte qui grondait entre eux.Le travail commença cette fois de façon plus abrupte, Camille ressentant ses premières contractions intenses alors qu’elle assistait à une réunion importante avec son équipe de consultation, la forçant à quitter précipitamment le bureau sous le regard inquiet mais efficace d’Amélie qui s’empressa d’appeler Nathan.— C’est plus rapide que la dernière fois, haleta Camille alors que Nathan la conduisait vers l’hôpital avec une urgence contrôlée, se souvenant des longues heures de travail pour la naissance d’Éléonore.— Respirez, dit Nathan, sa propre expérience acquise lors du premier accouchement lui permettant de rester remarquablement calme malgré l’urgence évidente de la situation.En effet, contrairement aux douze heures de travail pour Éléonore, Antoine sembla pressé de rejoindre le monde, Camille arrivant à peine installée dans sa chambre d’accouchement que le Docteur Vasseur annonça déjà qu’il était temps de pousser.— Ce petit homme est impatient, dit la médecin avec un sourire,
Les semaines suivantes furent consacrées à la question qui occupait maintenant toutes les conversations familiales : comment appeler ce petit garçon qui grandissait chaque jour un peu plus dans le ventre de Camille.— J’aimerais honorer quelqu’un d’important, dit Nathan un soir, alors qu’ils feuilletaient ensemble un livre de prénoms qu’Élise leur avait offert en plaisantant, mais qu’ils utilisaient finalement avec sérieux.— À qui pensez-vous ? demanda Camille, quoique elle devine déjà probablement la réponse.— Julien, dit Nathan doucement. Mon père biologique. Je sais que ça peut sembler étrange, vu les circonstances complexes autour de son souvenir, mais je pense souvent à cet homme que je n’ai jamais connu, qui aimait la photographie et rêvait de voyager. Peut-être que porter son prénom pourrait être une façon de lui rendre hommage, de garder vivante une partie de cette histoire.Camille réfléchit un moment, touchée par cette proposition chargée de sens. — Je trouve ça beau, dit
Le téléphone sonna un mardi après-midi ordinaire, Camille pliant du linge dans la chambre pendant qu’Éléonore faisait la sieste. Elle reconnut immédiatement le numéro du laboratoire médical affiché à l’écran, et son cœur se serra instantanément.— Nathan ! appela-t-elle, sa voix trahissant sa nervosité soudaine.Il arriva en quelques secondes depuis son bureau où il travaillait ce jour-là depuis la maison, s’asseyant immédiatement à ses côtés sur le lit alors qu’elle décrochait, sa main trouvant la sienne sans qu’elle ait besoin de le demander.— Madame Moreau, dit la voix posée du spécialiste à l’autre bout du fil, je vous appelle avec les résultats de votre amniocentèse.Camille ferma les yeux, retenant son souffle, sentant la pression de la main de Nathan se resserrer autour de la sienne, un geste silencieux qui disait tout ce qu’il ne pouvait exprimer à voix haute en cet instant.— Le bébé va très bien, annonça le médecin, un soulagement perceptible même dans sa voix professionnel
Quelques mois après l’incident scolaire, désormais résolu grâce à l’approche ouverte que Nathan et Camille avaient adoptée, une nouvelle qui allait transformer à nouveau leur dynamique familiale se présenta de façon inattendue lors d’une visite médicale de routine.— Félicitations, dit le médecin traitant de Camille avec un sourire, vous êtes enceinte, environ six semaines.Camille resta un moment silencieuse, un mélange de surprise et de joie progressive transformant son expression alors qu’elle assimilait cette nouvelle inattendue mais profondément bienvenue.— Nathan va être tellement heureux, dit-elle finalement, un sourire radieux illuminant son visage.Ce soir-là, elle choisit un moment particulier pour partager la nouvelle, préparant le plat préféré de Nathan et attendant qu’Éléonore soit couchée avant de lui révéler la surprise avec un petit paquet cadeau contenant une paire de chaussons de bébé miniatures.— Qu’est-ce que c’est ? demanda Nathan, curieux, en ouvrant le paquet.
Le premier jour d’école d’Éléonore arriva avec une combinaison d’excitation et d’appréhension qui semblait affecter Camille et Nathan presque autant que leur fille elle-même, tous deux se remémorant leurs propres souvenirs d’enfance en préparant méticuleusement le cartable et l’uniforme impeccable de leur fille de cinq ans.— Tu es prête, ma chérie ? demanda Camille, ajustant une dernière fois les couettes soigneusement tressées d’Éléonore devant le miroir de l’entrée.— Je suis prête ! annonça Éléonore avec une confiance qui fit sourire ses parents, bien que Camille perçoive une pointe de nervosité sous cette bravade enfantine.L’école privée qu’ils avaient choisie, reconnue pour son excellence académique mais aussi pour sa diversité sociale relativement importante pour ce type d’établissement, accueillit Éléonore avec la chaleur habituelle réservée aux nouveaux élèves, mais Camille remarqua immédiatement les regards curieux, parfois appuyés, de certains parents et enfants en apprena
Le temps s’écoula avec la douceur particulière des jours heureux, transformant progressivement Éléonore d’une petite fille en une enfant vive et curieuse de cinq ans, sa personnalité affirmée mélangeant harmonieusement la détermination de sa mère et la profondeur réfléchie de son père.— Maman, pourquoi le ciel est bleu ? demanda Éléonore un matin, sa curiosité insatiable illuminant le petit-déjeuner familial désormais animé par ses questions constantes sur le monde qui l’entourait.— C’est une excellente question, dit Camille en souriant, échangeant un regard amusé avec Nathan par-dessus la tête de leur fille. Ça a à voir avec la façon dont la lumière du soleil se disperse dans l’atmosphère.L’entreprise du groupe Moreau avait continué de prospérer sous la direction de Nathan, désormais reconnue internationalement comme un modèle d’intégrité corporative, tandis que le cabinet de consultation de Camille s’était considérablement développé, employant maintenant une équipe de douze perso







