ログインLe gala de charité annuel du groupe Moreau se tenait dans les jardins du Ritz, une débauche de lumières dorées et de champagne millésimé. Camille portait une robe que Nathan avait fait envoyer sans un mot d’explication bleu nuit, simple mais visiblement coûteuse, comme tout ce qui l’entourait désormais.
— Souriez, murmura Nathan à son oreille en la guidant à travers la foule, une main possessive dans le bas de son dos. On nous observe. — Je sais sourire, Nathan. J’ai eu deux ans de pratique à vos côtés. Un fantôme de sourire traversa ses lèvres presque authentique, cette fois. Depuis la confrontation avec Élise trois jours plus tôt, quelque chose avait légèrement changé entre eux. Pas de la confiance, pas encore, mais une trêve fragile. C’est alors qu’elle le vit. Julien Lambert, traversant la salle avec l’aisance nonchalante qu’elle connaissait si bien, un verre de champagne à la main et ce sourire charmeur qui l’avait autrefois fait chavirer. Il ne l’avait pas encore repérée. Camille sentit son estomac se nouer. — Quelque chose ne va pas ? demanda Nathan, percevant la tension soudaine dans son corps. — Mon ex, dit-elle simplement. Je ne savais pas qu’il serait là. Nathan suivit son regard, sa mâchoire se contractant légèrement. — Julien Lambert. Il travaille pour un de nos concurrents maintenant. Je ne savais pas que vous vous connaissiez. — Cinq ans, avoua Camille. Il m’a quittée quand les problèmes financiers de ma mère ont commencé. Il a dit qu’il ne pouvait pas “porter ce poids” avec moi. Quelque chose de dur passa dans le regard de Nathan, une réaction qu’il tenta immédiatement de masquer. — Quel lâche. Le commentaire, inattendu, surprit Camille. Avant qu’elle ne puisse répondre, Julien les avait repérés et se dirigeait déjà vers eux, son sourire s’élargissant. — Camille ! Ça alors, je n’en croyais pas mes oreilles. Fiancée à Nathan Moreau ? — Julien, dit-elle froidement. — Tu as l’air resplendissante. Le mariage te réussit, on dirait ou peut-être est-ce simplement l’argent des Moreau ? La pique, à peine voilée, fit tressaillir Camille. Nathan resserra sa prise autour de sa taille, son regard se durcissant. — Je crois que vous confondez ma fiancée avec les femmes que vous fréquentez habituellement, Lambert, dit Nathan d’une voix glaciale. Camille n’a jamais eu besoin d’argent pour briller. Julien cligna des yeux, visiblement pris au dépourvu par la défense inattendue. — Je ne voulais pas offenser, se reprit-il. Camille et moi avons une histoire, c’est tout. On était ensemble pendant cinq ans. — C’était il y a longtemps, Julien, coupa Camille. Et tu m’as clairement fait comprendre que tu ne voulais pas de cette histoire quand les choses sont devenues difficiles. — J’ai fait une erreur, dit-il, sa voix se radoucissant soudainement, ses yeux cherchant les siens avec une sincérité qui la troubla malgré elle. Une grosse erreur. Je pense souvent à toi, Camille. Un silence inconfortable s’installa. Camille sentit le regard de Nathan sur elle, observateur, analysant sa réaction avec cette froideur calculatrice qui le caractérisait. — Je pense qu’il est temps de nous excuser, dit Nathan finalement, sa main guidant fermement Camille loin de Julien. Nous avons d’autres invités à saluer. Alors qu’ils s’éloignaient, Camille sentit le regard de Julien la suivre à travers la salle, et une inquiétude sourde s’installa en elle le passé qu’elle croyait enterré refaisait surface au pire moment possible. — Vous devriez rester loin de lui, dit Nathan une fois qu’ils furent hors de portée de voix, sa voix tendue. — Vous n’avez pas à vous inquiéter, Nathan. Julien fait partie du passé. — Ce n’est pas ce que son regard laissait entendre, rétorqua Nathan, une pointe de quelque chose de la jalousie, peut-être ? perçant dans sa voix. Camille le dévisagea, surprise par la remarque. — Seriez-vous jaloux, Monsieur Moreau ? — Ne soyez pas ridicule, dit-il trop rapidement, détournant le regard. Je protège simplement les intérêts de cet arrangement. Mais son regard, quand il croisa à nouveau le sien, disait tout autre chose et pour la première fois depuis le début de cette comédie forcée, Camille se demanda si le contrat entre eux commençait à devenir quelque chose de bien plus compliqué.Le temps s’écoula avec la douceur particulière des jours heureux, transformant progressivement Éléonore d’une petite fille en une enfant vive et curieuse de cinq ans, sa personnalité affirmée mélangeant harmonieusement la détermination de sa mère et la profondeur réfléchie de son père.— Maman, pourquoi le ciel est bleu ? demanda Éléonore un matin, sa curiosité insatiable illuminant le petit-déjeuner familial désormais animé par ses questions constantes sur le monde qui l’entourait.— C’est une excellente question, dit Camille en souriant, échangeant un regard amusé avec Nathan par-dessus la tête de leur fille. Ça a à voir avec la façon dont la lumière du soleil se disperse dans l’atmosphère.L’entreprise du groupe Moreau avait continué de prospérer sous la direction de Nathan, désormais reconnue internationalement comme un modèle d’intégrité corporative, tandis que le cabinet de consultation de Camille s’était considérablement développé, employant maintenant une équipe de douze perso
Alors que le dossier du Bangladesh continuait de progresser favorablement, forçant l’entreprise textile à accepter des réformes substantielles sous supervision internationale, la vie familiale de Camille et Nathan retrouva un rythme plus paisible, ponctué par les petites joies quotidiennes d’observer Éléonore grandir et développer sa personnalité unique.Un après-midi, alors que Nathan triait de vieux documents dans les archives personnelles d’Antoine, transférées au penthouse après la vente définitive de la maison familiale, il tomba sur une boîte qu’il n’avait jamais remarquée auparavant, cachée au fond d’un placard depuis des années.— Camille, venez voir ça, appela-t-il, une note d’urgence particulière dans sa voix.Camille le rejoignit, trouvant Nathan assis par terre, entouré de lettres et de photographies anciennes qu’il examinait avec une expression mélangeant curiosité et émotion profonde.— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle, s’asseyant à ses côtés.— Des lettres, dit Nath
L’enquête sur les conditions de travail au Bangladesh révéla une réalité bien plus complexe et urgente que Camille ne l’avait initialement anticipée, la poussant à envisager un voyage sur place pour évaluer directement la situation, une décision qui souleva immédiatement des questions logistiques et émotionnelles concernant Éléonore.— Je dois y aller personnellement, expliqua-t-elle à Nathan un soir, après avoir passé des heures à examiner les rapports préliminaires d’Amélie. Les descriptions à distance ne suffisent pas pour un dossier de cette gravité. J’ai besoin de voir la situation de mes propres yeux, de parler directement aux travailleurs concernés.Nathan resta silencieux un moment, les souvenirs de leur séparation précédente lors du forum à Genève probablement présents dans son esprit, mais cette fois avec des enjeux émotionnels différents face à un voyage plus long et potentiellement plus risqué.— Combien de temps ? demanda-t-il finalement.— Une semaine, peut-être dix jour
Les mois suivants virent Camille développer progressivement son activité de consultante indépendante en parallèle de ses responsabilités au sein du groupe Moreau, un équilibre délicat mais gratifiant qui lui permettait d’étendre son impact au-delà des frontières de l’entreprise familiale.— J’ai reçu une demande d’une entreprise textile, annonça-t-elle un soir à Nathan, feuilletant les documents qu’elle venait de recevoir. Ils ont des allégations de conditions de travail douteuses dans leurs usines à l’étranger et cherchent à mettre en place un véritable programme de transparence et de responsabilité.— C’est exactement le genre de défi qui vous passionne, dit Nathan avec un sourire encourageant, désormais familier avec cette étincelle particulière dans les yeux de Camille quand elle abordait un nouveau projet significatif.Éléonore, maintenant âgée de dix-huit mois et développant une personnalité de plus en plus affirmée, trottina vers sa mère avec un livre d’images, réclamant une hi
La vie familiale continuait son cours harmonieux, ponctuée par les petites victoires quotidiennes d’Éléonore qui commençait maintenant à faire ses premiers pas hésitants, quand un événement inattendu vint rappeler à Camille que certains chapitres du passé n’étaient peut-être pas aussi définitivement clos qu’elle ne l’avait cru.Elle croisa Julien par hasard dans un café près de son nouveau bureau, une rencontre fortuite qui la figea sur place l’espace d’un instant avant qu’elle ne décide de l’affronter directement plutôt que de l’éviter.— Camille, dit-il, visiblement surpris et mal à l’aise en la voyant, un changement notable transformant son attitude habituellement assurée. Je ne m’attendais pas à te croiser ici.— Julien, dit-elle avec un calme qui la surprit elle-même, mesurant le chemin parcouru depuis leur dernière confrontation houleuse. Comment vas-tu ?— Honnêtement ? Pas très bien, admit-il avec une vulnérabilité inattendue. Lefèvre Group m’a licencié après l’échec de la mis
Six mois après le lancement du département de Camille, une invitation inattendue arriva qui allait ouvrir un nouveau chapitre professionnel pour elle, testant à nouveau l’équilibre soigneusement établi entre leur vie familiale et leurs ambitions respectives.— Un forum international sur l’éthique des affaires, à Genève, annonça Camille un soir, l’invitation encore à la main alors qu’elle rejoignait Nathan dans le salon. Ils veulent que je présente notre modèle de transparence corporative comme étude de cas exemplaire.— C’est une reconnaissance extraordinaire, dit Nathan avec une fierté sincère, mais Camille perçut une hésitation sous-jacente dans sa voix.— Le forum dure trois jours, continua-t-elle prudemment. Ça signifierait être loin d’Éléonore pour la première fois depuis sa naissance.Nathan resta silencieux un moment, visiblement partagé entre son soutien inconditionnel pour la carrière de Camille et une inquiétude naturelle concernant cette première séparation.— Je pense que







