MasukChapitre 35
Chloé
Le cauchemar m'a réveillée à l'aube, la noyade, toujours la noyade, l'eau qui emplit mes poumons, la voix qui m'appelle, ce prénom que je ne retiens jamais au réveil, ce prénom qui reste coincé dans ma gorge comme une arête. Je me suis redressée dans mon lit, le cœur battant à tout rompre, la sueur qui perlait sur mon front, les doigts crispés sur le drap comm
Chapitre 40BéatriceLa chapelle du manoir est une petite pièce voûtée, nichée dans l'aile est, loin des salons d'apparat, loin des chambres, loin des regards indiscrets. On y accède par un couloir étroit que les domestiques eux-mêmes évitent, par superstition ou par respect, et c'est pour cela que je l'ai choisie, pour cela que j'y viens tous les matins avant que le soleil ne se lève, avant que les premiers bruits du domaine ne viennent troubler le silence sacré. Les murs sont en pierre apparente, humides et froids, couverts par endroits de plaques de salpêtre qui dessinent des cartes d'un monde inconnu. Un vitrail représentant la Vierge à l'Enfant filtre la lumière grise de l'aube, projetant sur le sol dallé des taches rouges, bleues, dorées, comme des confettis de cathédrale.Je m'agenouille sur le prie-Dieu en
Chapitre 39AdrienLa porte s'est refermée derrière elle avec un claquement sourd qui résonne encore dans ma poitrine, qui se répercute contre mes côtes comme une balle perdue. Je suis resté là, debout au milieu de la chambre, nu, vulnérable, les bras ballants, le cœur en charpie, incapable de faire un geste, incapable de la rappeler, incapable de courir après elle pour la supplier de revenir. Le soleil du matin entre à flots par la fenêtre, il inonde le parquet ciré, les draps de lin froissés, les oreillers en désordre qui portent encore l'empreinte de sa tête, et il fait briller quelque chose sur la table de chevet, un éclat métallique qui attire mon regard comme un aimant.L'alliance. Son alliance. Celle que je lui ai passée au doigt il y a quelques jours à peine, dans le petit salon,
Chapitre 38ChloéJe me réveille dans ses bras, et pendant un instant, un instant suspendu entre le sommeil et la conscience, tout est parfait. La lumière du matin filtre à travers les rideaux de soie et dessine des rayons dorés sur le parquet ciré, sur les draps de lin blanc froissés par notre nuit, sur sa peau nue contre la mienne. Ma tête repose sur sa poitrine, mon oreille contre son cœur, et j'écoute ce cœur qui bat, qui bat calmement, régulièrement, paisiblement, un rythme lent et rassurant qui me berce et qui m'ancre dans le réel. Il dort, il dort profondément, ses bras m'entourent comme une forteresse, ses doigts sont entrelacés aux miens, et son souffle est chaud contre mes cheveux, régulier, apaisé.Je ne bouge pas, je ne veux pas bouger, je veux rester là pour toujours, dans cette bulle de chaleu
Chapitre 37AdrienIl n'y a plus de mots. Les mots ont disparu, dissous dans la chaleur du feu qui meurt dans la cheminée du petit salon, engloutis par la nuit qui nous enveloppe de son manteau de velours, emportés par le torrent d'émotions qui a balayé toutes les digues que j'avais construites pendant ces sept années de solitude. Il n'y a plus que des souffles, des respirations qui s'accélèrent, qui se répondent, qui se mêlent dans l'air saturé de désir et d'attente. Il n'y a plus que des larmes, des larmes qui coulent sur ses joues, sur les miennes, des larmes qui se confondent, qui ne sont plus ni de joie ni de peine mais les deux à la fois, un mélange indissociable d'émotions trop longtemps contenues, trop longtemps réprimées, trop longtemps enterrées sous le poids du deuil et de l'absence.Je la porte dans mes bra
Chapitre 37AdrienIl n'y a plus de mots. Les mots ont disparu, dissous dans la chaleur du feu qui meurt dans la cheminée du petit salon, engloutis par la nuit qui nous enveloppe de son manteau de velours, emportés par le torrent d'émotions qui a balayé toutes les digues que j'avais construites. Il n'y a plus que des souffles, des respirations qui s'accélèrent, qui se répondent, qui se mêlent dans l'air saturé de désir et d'attente. Il n'y a plus que des larmes, des larmes qui coulent sur ses joues, sur les miennes, des larmes qui se confondent, qui ne sont plus ni de joie ni de peine mais les deux à la fois, un mélange indissociable d'émotions trop longtemps contenues, trop longtemps réprimées, trop longtemps enterrées sous le poids du deuil.Je la porte dans mes bras, je la soulève comme je la soulevais autrefois, co
Chapitre 36ChloéLa soirée s'étire, douce et silencieuse, le manoir s'est endormi autour de nous, les domestiques sont montés se coucher, les gardes patrouillent dans le parc, et il n'y a plus que nous deux dans le petit salon qui jouxte la bibliothèque. C'est une pièce intime, bien plus intime que la salle à manger d'apparat ou le grand salon de réception, une pièce où l'on se réfugie quand on veut échapper au monde, quand on veut être seul avec quelqu'un. Les murs sont tapissés de livres anciens aux reliures de cuir qui sentent le papier et la poussière, les canapés sont profonds, couverts de coussins de velours vert bouteille, et un feu crépite dans la cheminée en marbre, un feu qui danse, qui crépite, qui projette des ombres mouvantes sur les murs et qui emplit la pièce d'une chaleur douce et enveloppante.







