ログインLe retour de l'épouse disparue Après un accident en mer, Chloé est déclarée morte. Son mari Adrien, anéanti, tente de reconstruire sa vie. Sept ans plus tard, lors d'une conférence internationale, il aperçoit une femme identique à Chloé. La vérité est incroyable : victime d'un trafic d'identité, elle a vécu sous un autre nom sans aucun souvenir de son passé. Alors que leur amour renaît, ceux qui ont profité de sa disparition sont prêts à tout pour empêcher la vérité d'éclater.
もっと見るChapitre 1
Adrien
La soie ne sent plus rien. Je passe mes doigts dessus, encore et encore, comme si la caresse pouvait réveiller un parfum endormi. Rien. Le tissu est froid, lisse, mort. Comme tout le reste dans cette chambre que je n'ai pas ouverte depuis sept ans. Comme moi.
Mes doigts s'attardent sur la manche, là où une petite tache de vin avait résisté au nettoyage, souvenir d'un dîner où elle avait ri trop fort en renversant son verre. Elle avait ri, et j'avais ri aussi, parce que son rire était contagieux, parce qu'il remplissait ma vie. Maintenant la pièce est silencieuse et ma vie est un tombeau.
La robe est étendue sur le lit, exactement comme elle l'avait laissée ce matin-là en partant pour le port. Je n'ai jamais permis qu'on la range. Les domestiques savent, ils n'entrent plus dans cette aile du manoir. Ils ont peur, peut-être. Ou pitié. Les deux me conviennent. Je préfère qu'on me craigne ou qu'on me plaigne plutôt que de devoir expliquer pourquoi je passe mes nuits à errer dans des couloirs vides en murmurant un prénom que plus personne n'ose prononcer.
Dehors, le monde me croit puissant. Adrien de Montreuil, magnat de l'hôtellerie de luxe, héritier d'un empire, visage impassible sur les couvertures des magazines. Ils voient le costume, la fortune, les poignées de main fermes. Ils ne voient pas l'homme qui s'effondre à genoux devant une robe vide chaque soir quand les portes sont fermées. Ils ne voient pas le veuf qui supplie les vagues de la lui rendre.
Sept ans. Sept années de nuits blanches à fixer le plafond, de matins où je me réveille en cherchant sa chaleur avant que la mémoire ne me frappe. Le pire, ce sont ces quelques secondes d'oubli au réveil, quand mon bras cherche son corps et que mon esprit n'a pas encore compris. Ces secondes sont un paradis, et l'enfer qui les suit immédiatement est une noyade quotidienne.
Chloé. Son prénom est une lame dans ma gorge. Je le prononce à voix basse, pour moi seul. Chloé, Chloé, Chloé. Elle aimait la façon dont je disais son prénom, elle disait que ma voix changeait, qu'elle devenait plus grave, plus douce. Elle seule savait que j'étais capable de douceur.
Je traverse la chambre. Chaque objet est un poignard. La brosse à cheveux sur la coiffeuse, quelques cheveux blonds encore prisonniers des poils. Un flacon de parfum à moitié vide, le jasmin qui m'a hanté pendant des années. Je le respire parfois, les yeux fermés, et pendant un instant elle est là. Puis l'instant passe et je suis seul.
Je m'arrête devant la fenêtre. La vue donne sur la mer. C'est elle qui avait choisi cet emplacement, cette chambre avec vue sur l'horizon. Elle aimait l'océan, elle disait que l'eau était son élément. Quelle ironie. L'eau l'a prise, l'eau l'a gardée, l'eau ne me l'a jamais rendue. Pas de corps, pas de cercueil, pas de tombe à fleurir. Juste un vide immense.
Je pose la main sur la vitre. Dehors, les vagues s'écrasent contre les rochers avec une régularité monotone. Je les hais, ces vagues. Je les hais comme on hait un assassin impuni. Chaque fois que je les entends, c'est elle que j'entends crier.
– Pourquoi je ne me suis pas jeté à l'eau ce jour-là ?
Je n'étais pas là. J'étais à Paris, en réunion, à signer des contrats. Pendant qu'elle coulait, je paraphais des pages. J'ai bâti un empire pendant que ma vie s'effondrait à trois cents kilomètres de moi.
Je marche jusqu'à la penderie, j'ouvre la porte. Des robes, des dizaines de robes, alignées comme des soldats. Des soies, des velours, des cotons légers. Des couleurs qui n'existent plus. Elle avait un goût exquis, elle savait exactement ce qui mettait en valeur sa silhouette. Elle était élégante sans effort, belle sans artifice. Elle était tout ce que je ne suis pas : lumineuse, spontanée, vivante.
Je sors une robe bleue nuit. Elle la portait le soir de notre cinquième anniversaire de mariage. Les boucles d'oreilles en saphir, le champagne millésimé, le slow sur la terrasse sous les étoiles. Ses lèvres contre mon oreille.
– Je t'aime, Adrien. Je t'aimerai toujours.
Je froisse le tissu entre mes doigts. La promesse résonne encore. Elle m'aimait, et elle est morte, et je n'ai pas pu l'empêcher. J'ai sacrifié un week-end en mer pour un contrat. J'ai sacrifié ma femme pour un empire que je donnerais tout entier pour une heure de plus avec elle.
Le téléphone sonne. Mon assistant. Je ne réponds pas. Qu'ils attendent tous. Rien n'a d'importance depuis sept ans.
Pourtant, ce voyage à Singapour. Une conférence. Laurent insiste depuis des semaines. J'ai fini par accepter pour qu'il cesse de me harceler. Je partirai demain matin, je resterai deux jours, je reviendrai. Une formalité.
Je ne sais pas encore que cette parenthèse va détruire tout ce que j'ai construit. Je ne sais pas que Singapour va me rendre ce que la mer m'a pris. Je ne sais pas que demain, je vais voir un fantôme.
Je quitte la chambre, je referme la porte. Le couloir est sombre, silencieux. Le manoir est un immense tombeau doré. Je marche jusqu'à mon bureau, je m'assois dans le fauteuil de cuir.
– Je pars demain, Chloé. Une conférence. Tu détestais ça, les conférences. Tu disais que c'était un concours de cravates et d'ego. Tu avais raison.
Le silence est la seule réponse. Pourtant, ce soir, il me semble plus lourd que d'habitude, comme chargé d'une attente. L'air vibre, imperceptiblement. Quelque chose va changer. Je ne le sais pas encore, mais mon corps le pressent.
– Bonne nuit, mon amour. Dors bien, où que tu sois.
Je m'endors sur cette pensée absurde et réconfortante, le cœur lourd de tout l'amour que je n'ai jamais pu oublier.
Chapitre 5AdrienLe clavier crépite sous mes doigts, un staccato nerveux qui emplit le silence de la suite. Je n'ai pas dormi de la nuit, je n'ai pas mangé, je n'ai pas bougé de cette chaise. Les lumières de Singapour scintillent derrière la baie vitrée, la ville qui ne s'éteint jamais, mais je ne les vois pas. Je ne vois que l'écran, les lettres qui défilent, les résultats de recherche qui s'affichent et que je dévore avec une faim dévorante.Élise Moreau.Le prénom est apparu sur la liste des participants, extrait par Laurent au milieu de la nuit. Élise Moreau, architecte d'intérieur, basée à Paris. Je l'ai lu, et mon cœur s'est arrêté une seconde fois. Pas Chloé de Montreuil, pas mon épouse, pas la femme que j'ai épousée il y a douze ans. Élise. Un prénom d'emprunt, une identité de substitution, un masque derrière lequel elle vit sans le savoir.Mes mains tremblent sur le clavier pendant que je tape son nom sur le moteur de recherche. La connexion est rapide, les résultats s'affic
Chapitre 4AdrienLes portes coulissantes se referment sur elle avec un chuintement mécanique, et je reste là, planté au milieu de l'allée, les bras ballants, la bouche entrouverte, incapable de faire un pas, incapable de crier, incapable de faire quoi que ce soit d'autre que fixer le verre dépoli derrière lequel elle vient de s'évanouir. Mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes tempes, un martèlement sourd qui couvre le brouhaha de la salle. Mes jambes sont en coton, en plomb, en ciment, elles refusent de me porter, elles refusent d'obéir à l'ordre que mon cerveau hurle en boucle : cours, cours, rattrape-la, ne la laisse pas disparaître une seconde fois.Mais je ne cours pas, je ne bouge pas, je reste pétrifié comme un homme qui vient de recevoir une balle en pleine poitrine et qui n'a pas encore compris qu'il était mort. Le fantôme en tailleur crème a traversé la salle, a franchi les portes, et s'est dissous dans la foule de Singapour comme si elle n'avait jamais été là. Comme
Chapitre 3AdrienLe bruit de la salle s'éloigne d'un coup. Les conversations deviennent un murmure indistinct, mon champ de vision se rétrécit. Il n'y a plus qu'elle. Cette nuque fine et gracile, ce galbe parfait qui plonge vers des épaules que je connais par cœur. Elle se tient à une vingtaine de mètres, dos à moi, ses cheveux blonds relevés en chignon lâche d'où s'échappent des mèches folles.Je ne respire plus. Je suis pétrifié au milieu de l'allée, un homme en costume gris figé comme une statue. Les gens me contournent, mais je ne les vois pas. Je ne vois qu'elle, cette posture que j'ai vue des milliers de fois, que j'ai touchée, que j'ai embrassée. Mon cœur s'est arrêté, littéralement arrêté, une éternité suspendue dans le vacarme.Puis elle lève la main pour repousser une mèche qui lui tombe sur le front. L'index glissé derrière l'oreille, la mèche replacée en une courbe parfaite, les doigts qui s'attardent un instant sur la tempe. Ce geste, je le connais. Je l'ai vu mille fois
Chapitre 2AdrienLa serre est ma seule concession à la beauté. Je l'ai fait construire l'année de sa mort, quand le silence du manoir est devenu insupportable. Les roses sont arrivées une à une. Des blanches, ses préférées. Des rouges, pour la passion qui ne s'éteint pas. Des jaunes, pour l'amitié qui précédait l'amour. Toute une symphonie de pétales et d'épines qui ne console rien mais qui occupe les mains.Je passe mes matinées ici, avant que le monde ne se réveille. L'aube filtre à travers les vitres, la lumière est douce, presque irréelle. L'air sent la terre mouillée, le parfum entêtant des corolles ouvertes. C'est le seul endroit où je respire à peu près normalement.Je m'agenouille devant le massif central, j'examine les feuilles, je traque les pucerons, je coupe les fleurs fanées. Chaque rose est une excuse. Chaque épine est un remords. Pourquoi n'étais-je pas sur ce bateau ? La question tourne en boucle depuis sept ans. J'aurais pu la sauver, j'aurais pu plonger, j'aurais pu












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