FAZER LOGINChapitre 48
Béatrice
La nuit est tombée sur le manoir, une nuit sans lune, sans étoiles, une nuit d'encre qui engloutit les contours du parc et transforme les fenêtres en miroirs noirs. Je n'ai pas dormi, je n'ai même pas essayé, je suis restée assise dans mon fauteuil, près de la cheminée éteinte, à regarder les braises refroidir, à écouter le silence, à peser le poids
Chapitre 48BéatriceLa nuit est tombée sur le manoir, une nuit sans lune, sans étoiles, une nuit d'encre qui engloutit les contours du parc et transforme les fenêtres en miroirs noirs. Je n'ai pas dormi, je n'ai même pas essayé, je suis restée assise dans mon fauteuil, près de la cheminée éteinte, à regarder les braises refroidir, à écouter le silence, à peser le poids de ma conscience. Et puis je me suis levée, j'ai enfilé une robe de chambre, j'ai traversé les couloirs obscurs, et je me suis arrêtée devant sa porte, la porte de cette femme que j'ai haïe, que j'ai persécutée, que j'ai laissé détruire par ma propre fille.Je frappe, doucement, trois coups légers à peine audibles. Le bois est froid sous mes doigts, le couloir est plongé dans l'obscurit&e
Chapitre 47BéatriceJe les observe, assise à ma place habituelle au centre de la table, le dos droit, les mains croisées sur mes genoux, le visage impassible que j'ai appris à porter comme un masque depuis mon entrée dans cette famille il y a plus de quarante ans. Le dîner se déroule dans un silence à peine troublé par le cliquetis des couverts en argent contre la porcelaine, et personne ne parle, personne n'ose parler, parce que l'air est chargé d'une tension si épaisse qu'on pourrait la couper au couteau.Je vois Chloé, assise à côté d'Adrien, qui picore dans son assiette sans appétit, qui boit de l'eau à petites gorgées, qui lève de temps en temps les yeux vers Hélène avec une expression que je ne lui connaissais pas. Ce n'est plus la femme brisée qui pleurait dans les bras de mon
Chapitre 46HélèneLe dîner est servi dans la salle à manger d'apparat, sous les lustres en cristal de Bohême qui diffusent une lumière dorée sur la table en acajou massif. Je suis en retard, comme toujours, parce que j'aime faire mon entrée, parce que j'aime sentir les regards se tourner vers moi, parce que j'aime être le centre de l'attention, même pour quelques secondes. Je porte une robe Chanel, un fourreau de soie noire rehaussé de perles et de dentelle, et mes escarpins claquent sur le marbre avec un bruit sec et satisfaisant.Ma mère est déjà assise à sa place habituelle, droite comme une icône, le visage impénétrable. Adrien est à l'autre bout de la table, le visage fermé, les traits tirés par le manque de sommeil. Et elle, elle est à côté de lui, dans une robe bleu p
Chapitre 45ChloéJe le retiens, je m'interpose entre lui et la porte, mes mains posées à plat sur sa poitrine, mes doigts qui sentent son cœur battre à tout rompre sous le tissu de sa chemise. Il est comme un taureau furieux, les narines dilatées, les yeux injectés de sang, les poings encore serrés, les jointures en sang qui maculent le plastron blanc de taches écarlates. Il veut sortir, il veut la trouver, il veut confronter Hélène, il veut lui faire payer ce qu'elle a fait, ce qu'elle a essayé de faire, ce qu'elle a réussi à faire. Et je le comprends, je le comprends mieux que personne, parce que la même rage coule dans mes veines, la même soif de vengeance brûle dans ma poitrine.– Pas maintenant, Adrien, je murmure, et ma voix est calme, étrangement calme, une voix que je ne me connaissais pas. Pas comme
Chapitre 44AdrienLes mots de Chloé résonnent encore dans la pièce, ils flottent dans l'air comme des oiseaux morts, ils s'accrochent aux murs, ils s'incrustent dans ma peau, ils s'enfoncent dans ma chair comme des éclats de verre. « J'étais enceinte, Adrien. Nous allions avoir un enfant. Et ta sœur le savait. » Chaque syllabe est une balle qu'on tire dans ma poitrine, chaque mot est un coup de poignard qu'on retourne dans la plaie. Je regarde le journal que je tiens entre mes mains, ce carnet de cuir rouge qu'elle a caché dans le parquet il y a sept ans, ce testament écrit dans l'urgence et dans la peur, et je lis, je relis, je ne peux pas détacher mes yeux de ces phrases qui hurlent la vérité.« Hélène m'a dit que ce bébé ne verrait jamais le jour. Hélène m'a dit que la mer était profonde. S
Chapitre 43ChloéLe carnet est serré contre ma poitrine, je le tiens à deux mains comme on tient une relique ou une bombe, et je traverse le manoir sans voir les portraits d'ancêtres qui me regardent de leurs yeux morts, sans entendre le tic-tac de l'horloge comtoise qui égrène les secondes dans le hall, sans sentir le poids des tapisseries centenaires qui m'entourent. Mes pas résonnent sur le parquet ciré, un bruit sourd et régulier qui scande ma marche funèbre, et je ne sais pas où je vais, je ne sais pas ce que je vais faire, je sais seulement que je dois le lui dire, que je dois lui montrer, qu'il doit savoir.Le bureau d'Adrien est au bout du couloir est, une pièce immense tapissée de livres anciens et de cartes marines, avec un bureau en acajou massif qui a appartenu à son arrière-grand-père. La porte est entrouverte,







