Mag-log inChapitre 35
Ilarya
La signature est le point final d'une longue guerre silencieuse.
Je suis assise à la table de conférence de mon bureau, une plume en main, et je contemple le contrat qui repose devant moi, un document de trente-sept pages qui scelle la première grande victoire d'Obsidienne sur l'empire Veyrenc. La lumière de cette fin d'après-midi filtre à travers les baies
Chapitre 75IlaryaLa plume est lourde entre mes doigts, plus lourde encore que le jour où j'ai signé les papiers du divorce dans cette chambre qui n'était pas la mienne, et pourtant je ne tremble pas, je ne vacille pas, je trace les mots avec une lenteur appliquée, comme si chaque lettre était une pierre que je posais sur le chemin de ma propre survie.Je suis assise dans la petite pièce que Cassian a mise à ma disposition au sein de l'aile indépendante, un bureau modeste mais élégant, aux murs tendus de soie grise, éclairé par une lampe à huile qui diffuse une lumière douce et mouvante sur le sous-main de cuir où s'étalent les feuilles de papier que j'ai fait venir de chez mon avocat. Dehors, la nuit est tombée sur Maëlancourt, et par la fenêtre entrouverte me parvient le grondement lointain
Chapitre 74CassianJe la regarde, assise en face de moi dans ce fauteuil de cuir fauve où se sont succédé tant de visages, tant de négociateurs, tant d'adversaires venus défendre leurs intérêts avant de repartir avec un accord ou une défaite. Aucun d'eux n'a jamais compté, aucun d'eux n'a jamais eu le pouvoir de me faire trembler, de me faire douter, de me faire espérer comme elle le fait en cet instant précis, dans ce bureau où la lumière déclinante du soir s'accroche à ses cheveux sombres, à sa peau pâle, à ses yeux qui me fixent avec cette intensité qui me brûle et me glace à la fois.Elle n'a pas bougé depuis qu'elle a posé ses conditions, elle est restée droite, fière, inébranlable, une reine en exil qui dicte ses lois à un roi d&ea
Chapitre 73IlaryaLa chaise que Cassian m'a désignée est en cuir fauve, profonde, élégante, mais je ne m'y enfonce pas comme le ferait une invitée soumise venue négocier une reddition. Je m'assieds au bord du siège, le dos droit, les chevilles croisées, les mains posées à plat sur les accoudoirs, et je laisse le silence s'installer entre nous comme un troisième adversaire, un arbitre muet qui observe notre duel et qui attend de voir lequel des deux flanchera le premier. Le bureau est immense, écrasant, chargé d'une odeur de cuir, de papier ancien et de cire d'abeille, et la lumière du crépuscule filtre à travers les hautes fenêtres, découpant des rectangles d'or pâle sur le marbre noir du sol.Cassian est assis en face de moi, de l'autre côté de sa table de travail, un rempart d
Chapitre 72IlaryaLe palais Veyrenc se dresse devant moi comme une montagne de verre et d'acier, et je franchis le seuil de cette forteresse qui a été ma prison pendant six ans avec la démarche glacée d'une reine qui revient d'exil pour réclamer sa couronne, non plus en suppliante, non plus en épouse effacée, mais en ennemie victorieuse que l'on n'a pas eu la décence d'inviter et qui s'impose par la force de sa seule présence.Le hall est exactement comme dans mes souvenirs, immense, écrasant, baigné d'une lumière dorée qui tombe des lustres de cristal et qui se réfléchit sur le marbre noir veiné de blanc comme sur un miroir liquide. Les colonnes de marbre montent jusqu'au plafond voûté, les portraits des ancêtres Veyrenc me suivent du regard de leurs yeux d'ambre, et l'air sent la cire d'ab
Chapitre 71CassianJe n'ai pas dormi de la nuit, trempé jusqu'aux os, les yeux fixés sur cette porte qui n'a pas bougé, sur cette fenêtre derrière laquelle les lumières se sont éteintes une à une, et quand l'aube s'est levée sur Khalmyre, grise et sale comme toujours, j'ai pris la décision qui s'imposait avec une évidence brutale. Alixia ne m'ouvrira pas sa porte, pas aujourd'hui, pas demain, pas volontairement, et si je veux lui parler, si je veux négocier, si je veux seulement avoir une chance de la reconquérir, je dois la forcer à venir à moi.Le téléphone que je tiens dans ma main est trempé, mais il fonctionne encore, et je compose le numéro de mon directeur des opérations sans quitter des yeux la façade de brique rouge qui abrite ma femme et ma fille, cette façade
Chapitre 70CassianLa pluie est glacée sur mon visage, glacée dans mon cou, glacée dans mes os, mais je ne la sens pas, ou plutôt je la sens sans y prêter attention, comme un bruit de fond, comme une musique lointaine qui ne mérite pas qu'on s'y arrête. Ce qui compte, ce n'est pas le froid, ce n'est pas l'inconfort, ce n'est pas l'absurdité de ma situation, debout sous l'averse devant une maison qui n'est pas la mienne, dans une ville qui n'est pas la mienne, à attendre une femme qui ne veut plus de moi.Ce qui compte, c'est qu'elle est là, derrière cette porte, avec notre fille, et que je ne repartirai pas sans elles.L'eau ruisselle sur mon front, dans mes yeux, le long de mes joues, et je cligne des paupières pour chasser les gouttes qui brouillent ma vision, mais je ne bouge pas, je ne recule pas, je n
Chapitre 1AlixiaL'orage ne crève pas.Je me tiens devant la baie vitrée de ma chambre, les deux paumes posées à plat sur le verre froid, et je regarde les nuages s'enrouler autour des flèches de la cité comme des serpents de fumée noire. Maëlancourt scintille sous les éclairs, suspendue entre le
Chapitre 5AlixiaJe cherche Cassian pendant trois heures.Le palais Veyrenc est un labyrinthe de marbre et de verre qui s'étend sur sept niveaux reliés par des escaliers monumentaux et des ascenseurs privés. Je connais chaque recoin, chaque couloir dérobé, chaque alcôve où l'on peut se cacher. J'a
Chapitre 4AlixiaLe jardin d'hiver est désert à cette heure de la matinée, et c'est pour cela que je m'y réfugie.Les murs de verre montent jusqu'au plafond voûté, laissant entrer une lumière laiteuse qui se diffracte sur les feuillages tropicaux et les orchidées suspendues. L'air est chaud, humid
Chapitre 3AlixiaLa salle à manger est une cathédrale de marbre et de cristal.Les murs s'élèvent sur trois étages, recouverts de panneaux de marbre noir veiné de blanc, et le plafond est une verrière immense qui laisse passer la lumière pâle du soir, filtrée par des lustres de cristal suspendus c







