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Chapitre 8 : Les cendres du passé

Author: Morgane CTS
last update Last Updated: 2026-02-08 13:25:26

Le silence qui suivit la menace glaciale de Julien dans son bureau était devenu insupportable, comme si l'oxygène s'était raréfié entre nous. Je voulais l'ignorer, rester là à le défier du regard pour lui montrer qu'il n'avait pas encore brisé ma volonté, mais une vibration stridente contre ma cuisse rompit le charme maléfique de notre face-à-face. Je sortis mon téléphone d'une main tremblante. L'écran affichait en lettres rouges capitales : "ALARME BOUTIQUE - DÉTECTION FUMÉE".

Mon cœur rata un bond, puis se mit à cogner contre mes côtes comme un animal en cage. La peur, une peur viscérale et brûlante, remplaça instantanément ma colère contre Julien.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Julien. Son ton avait changé en une fraction de seconde, perdant sa morgue pour une vigilance acérée en voyant la décomposition de mon visage.

— Ma boutique... le capteur de fumée vient de se déclencher, articulai-je, la voix étranglée par une angoisse soudaine.

Je n'attendis pas sa réponse, ni sa permission. Je me ruai vers la sortie du bureau, mes talons claquant frénétiquement sur le marbre des couloirs de la tour Castille. Julien me rattrapa avant même que les portes de l'ascenseur ne se ferment. Il avait récupéré sa veste et son regard était redevenu celui d'un général partant au combat.

— Je vous emmène. Mon chauffeur est en bas. Ne discutez pas, on gagnera du temps.

Le trajet fut un flou de lumières urbaines et de sirènes lointaines. Dans le cuir luxueux de sa berline, le contraste était insoutenable : Julien restait silencieux, le profil dur, tandis que je luttais pour ne pas éclater en sanglots. Quand nous déboulâmes enfin rue des Lilas, mon cri mourut dans ma gorge, étouffé par une vision de cauchemar.

Une fumée noire et épaisse s'échappait des fenêtres de la pâtisserie, souillant la façade autrefois si pimpante. L'odeur... cette odeur de sucre brûlé et de plastique fondu était une agression. Les pompiers étaient déjà là, déployant leurs lances, mais le mal était fait. La vitrine, où j'exposais mes créations avec tant de fierté, était brisée en mille morceaux qui scintillaient au sol comme des diamants sales. Mais le plus atroce, ce n'était pas le feu. C'étaient les tags rageurs, peints à la bombe noire sur les briques rouges : "Si je ne l'ai pas, personne ne l'aura".

Stan. Ce n'était pas un court-circuit. Ce n'était pas un accident dû à un four mal éteint. C'était une vengeance préméditée, une exécution.

Je m'effondrai sur le trottoir mouillé, les jambes en coton, ignorant les ordres des policiers qui nous demandaient de reculer. Tout ce que j'avais essayé de sauver — l'héritage précieux de ma grand-mère, mes efforts surhumains, mes nuits blanches à pétrir la pâte jusqu'à l'épuisement — tout partait en fumée sous mes yeux. À quoi bon avoir signé ce pacte avec un démon comme Julien si mon monde finissait par brûler quand même ?

Une main ferme, étonnamment chaude, se posa sur mon épaule. Je me raidissais, m'attendant à une remarque froide sur la perte de valeur immobilière ou sur le retard que cela causerait à son projet, mais Julien s'accroupit à mes côtés, ignorant la suie qui salissait son costume de luxe. Son regard parcourait les inscriptions haineuses avec une fureur contenue, une rage si sombre qu'elle semblait plus dangereuse que l'incendie lui-même.

— Il a fait ça parce que je suis avec vous... à cause de ce contrat... hoquetai-je entre deux spasmes de larmes. C’est ma faute, Julien. J'aurais dû rester loin de vous.

— Non, Victoria, dit Julien d'une voix sourde, presque inhumaine. C’est sa faute. Et il vient de commettre l'erreur fatale de s'en prendre à ce qui m'appartient.

Il se releva d'un bond et se tourna vers Marcus, l'un de ses hommes de sécurité qui venait d'arriver en renfort.

— Je veux Stan. Je veux savoir où ce rat se cache dans l'heure. Fouillez ses planques, ses comptes, harcelez ses contacts. Et appelez immédiatement mon équipe de rénovation d'urgence. Je veux que cette vitrine soit remplacée et les murs nettoyés avant l'aube. Personne ne doit voir ce gâchis demain matin. Paris doit croire que les Castille sont invulnérables.

Je levai des yeux embués et rougis vers lui, incapable de comprendre sa logique.

— Pourquoi vous faites tout ça ? Pourquoi dépenser une fortune pour réparer une façade que vous comptez démolir dans quelques mois ? Vous pourriez juste attendre que tout brûle pour construire votre complexe plus vite...

Julien s'arrêta et m'observa un long moment. L'incendie se reflétait dans ses yeux gris, les rendant presque incandescents, comme si deux brasiers y brûlaient.

— Parce que personne ne détruit ce que j'ai décidé de garder, Victoria. Pas même le feu. Et encore moins un homme de la trempe de Stan.

Il tendit la main et m'aida à me relever. Pour la première fois depuis notre rencontre, il ne me tint pas par le poignet comme une prisonnière ou une employée rebelle, mais glissa son bras autour de ma taille pour me soutenir, m'ancrant dans la réalité alors que mon monde s'effondrait.

— Rentrez au penthouse avec Marcus. Je m'occupe de Stan. Et je vous promets qu'il regrettera d'avoir touché à une seule brique de cette rue.

À cet instant, j'ignorais qui me faisait le plus peur : Stan et ses bombes de peinture, ou Julien et sa protection dévorante.

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